Prix Nobel de la Pétoche!

Je réagis avec retard, mais, bon là, franchement je ne peux pas laisser passer ce magnifique Prix Nobel de la Paix 2012 attribué à l’Union européenne. L’éditorial du Monde à ce sujet m’a passablement exaspéré : en résumé, nous reconnaissons que tout va mal en pratique et en détails, mais tout de même, l’Europe, c’est notre foi depuis toujours, vive l’Europe!

Le Comité Nobel n’en rate décidément pas une. Le Prix Nobel de la Paix à B. Obama, peu après son entrée en fonction, était déjà bien peu avisé, pour ne pas dire risible : comme la suite l’a (trop) amplement montré, B. Obama n’a pas  radicalement changé la politique étrangère de son pays. D’excellents livres ont même été écrits ensuite sur les « guerres d’Obama » soulignant sa capacité à innover en matière d’usage de la force – le Comité Nobel n’a cependant pas eu le culot de lui enlever son Prix, ou de se dissoudre pour incompétence.  Et, pour ne prendre que cet exemple, le conflit israëlo-palestinien n’a pas avancé sous le mandat d’Obama d’un iota vers une solution acceptable par des deux parties… bien au contraire, il parait encore plus enkysté qu’avant.

L’attribution du Prix Nobel de la Paix à l’Union européenne me semble être encore moins avisé que celui à B. Obama. Le contexte de son attribution parait d’évidence désastreux : c’est rappeler au grand public européen cette vieille antienne selon laquelle « l’Europe, c’est la paix », le problème étant que cette assimilation, selon les sondages à notre disposition, séduit surtout les anciennes générations.  Bien au delà de la paix, le problème de l’Union européenne  est d’être bien incapable, surtout dans la zone Euro, de procurer l’aisance matérielle qui avait été promise aux citoyens ordinaires.  La double équation, « Europe = Euro » et  « Europe= Paix », ne fait que traduire du coup la peur qui devient progressivement l’ultima ratio de la politique européenne. Comme ne cesse de le répéter A. Merkel, « si l’Euro échoue, l’Europe échoue » : le Comité Nobel ajoute en choisissant bien son moment, « si l’Euro(pe) échoue, c’est de nouveau la guerre! ». Il me semble avoir déjà entendu un tel discours chez tel ou tel membre, un peu âgé, des élites européennes ou nationales. Cette fermeture de toute alternative autour de l’Euro en devient un peu ridicule tant elle est alarmiste. Car  une paix solide entre pays voisins ne dépend pas prioritairement de l’existence ou non d’une structure de droit international comme l’Union européenne, mais de l’existence ou non de motifs de conflits. Dans la mesure où l’Union européenne tend(rait) à faire disparaitre ces motifs de conflits, elle peut être un instrument de paix, mais cela même n’est pas complètement certain : il n’est que de s’interroger sur la situation belge. L’existence de l’Union européenne a-t-elle empêché jusqu’ici une évolution à la yougoslave du plat pays? Ou bien la prépare-t-elle pour le futur? Ou l’insertion de la Belgique dans l’Union européenne est-elle indifférente à l’évolution autonome des problèmes belges? Nul ne le sait vraiment pour l’instant.

En dehors de cet aspect conjoncturel lié à la crise de l’Euro, ce Nobel de la Paix m’a semblé en fait presque insultant  pour l’Union européenne.

D’une part, l’Union européenne n’a absolument rien fait d’important ces derniers temps pour assurer la paix dans le monde qui mérite d’être récompensé par un Prix de cette nature. Pourquoi ne pas l’avoir attribué à Madame Ashton pour faire vraiment rire le monde entier? Quel conflit international ou civil l’Union européenne a-t-elle contribué à régler pendant ces douze derniers mois? Je l’ignore, j’ai pourtant l’impression de me tenir au courant de l’actualité, et, d’ailleurs, le Comité Nobel se garde bien de faire une telle allusion. Par contre, le moins que l’on puisse dire par exemple, c’est que ses nombreuses initiatives dans la crise syrienne apparaissent comme vraiment remarquables de timidité… Les insurgés syriens – enfin ceux qui ne sont pas déjà morts…- attendent toujours une aide militaire de notre part. A moins que le Comité Nobel félicite ainsi les pays européens de leur pusillanimité, pour ne pas dire de leur immense pétoche face à la situation au Moyen-Orient.

D’autre part, si l’on se tourne vers le passé, énoncer sans rire que l’Union européenne est la source de la paix sur le continent européen depuis 1945, comme le prétend la mythologie européenne rappelée par un collègue historien,  revient à falsifier tout bonnement l’histoire. Sauf erreur de tous les manuels d’histoire des relations internationales, il se trouve que, depuis 1945-1949, il existe à l’ouest du continent européen un système de sécurité collective garanti par une grande puissance extra-européenne, les États-Unis d’Amérique. Sans cette dernière, de la fin des années 1940 aux années 1980, nous aurions été « ou rouges ou morts ». Pour le passé, ce contexte géopolitique a joué un rôle immense dans la pacification du continent. Mais, de fait, même si l’ère de la « Guerre froide » est finie depuis 1989-1991, nous vivons encore sous ce régime de surveillance atlantique – comme l’ont montré les guerres de l’ex-Yougoslavie lorsque les États-Unis signalèrent qu’il fallait en finir (en 1995, puis en 1999) ; ce n’est du coup que le jour où les États-Unis n’auront plus aucun rôle stratégique en Europe que l’on saura vraiment si les Européens, organisés par l’Union européenne, peuvent s’en sortir seuls du point de leur sécurité collective. Là encore, nul ne sait ce qui se passera.

Enfin, je ne peux que regretter que les mêmes élites qui prétendent faire de l’Europe une fédération (J. M. Barroso ou A. Merkel par exemple) se réjouissent de voir l’Union européenne recevoir, si j’ose dire, pour l’ensemble de son œuvre passée, un Prix Nobel de la Paix. En effet, si l’on veut compter sur la scène mondiale en se regroupant entre Européens, si l’on veut s’affirmer dans le jeu des puissances du XXIe siècle, n’est-ce pas contradictoire de se réclamer exclusivement de la paix? En effet, cette Europe-là aura ses propres intérêts à défendre, sinon à quoi bon? Laissons les autres, les « émergents », décider du sort du monde! Comme toute puissance, l’Europe  fera donc usage de tous les moyens à sa disposition pour atteindre ses objectifs, y compris de la contrainte physique à l’égard d’autrui, de la force militaire. Accueillir avec une joie béate ce Prix Nobel de la Paix revient à admettre qu’en fait, pour nos dirigeants actuels, il ne s’agit au mieux que de construire « la Suisse en grand », ou, pire encore, que l’on croit à sa propre mythologie d’une puissance inédite post-militaire, pacifique par essence. C’est  fort bien de penser ainsi, on vit fort bien en Suisse, mais l’influence de ce très pacifique pays sur le sort de la planète reste tout de même bien limité.

Enfin, mes étudiants sont dûment prévenus pour leur revue de presse de la semaine. Ne m’énervez pas avec ce Prix Nobel! L’Europe n’avait pas besoin de ce ridicule-là!

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8 réponses à “Prix Nobel de la Pétoche!

  1. Je crois sentir dans votre propos une forme de plaisir dans la gratuité de la critique, honneur des esprits libres et éclairés, qui pousse aussi parfois, hélas, dans les bras de l’excès.

    S’il est possible de résumer votre raisonnement en une seule phrase, je crois que ce serait celle-ci : l’Europe ne mérite pas le prix Nobel de la paix, car la paix aurait eu lieu même sans elle.

    Voilà qui en soi est discutable, non ? Le problème est que, vu d’Europe, la construction européenne est un objet politique et, par conséquent, prête à polémique sur son existence même, et de manière toujours croissante.

    Pour autant, elle est là, et elle fut là ! A-t-on, avant de remettre son prix à N. Mandela, posé la question de savoir si, ultimement, l’Afrique du Sud aurait changé sans lui ? Mon optimisme naturel me pousse à dire que oui, de la même manière que de nombreux conflits auraient été résolus sans les Nations Unies, elles aussi titulaires du Nobel. Et que ces mêmes NU n’ont pas réglé tous les conflits mondiaux.

    L’Europe n’a pas rien fait. Elle a échoué en Yougoslavie, certes ; elle a peu fait au Moyen-Orient. Mais elle a tout de même grandement contribué au démantèlement rangé de l’Europe de l’est. Il y avait certes l’OTAN et l’Amérique. Mais c’est l’Europe qui a assuré le travail de fond, dans les sociétés, il me semble que c’est indéniable. Et peut-être que cela aurait pu être fait sans elle ; n’empêche qu’elle l’a fait.

    Et, de la même manière, la paix en Europe aurait pu être assuré sans elle ; n’empêche qu’elle en a été le vaisseau, qu’elle a été pensée et légitimée ainsi.

    Les « et si » peuvent se retourner, M. Bouillaud. Je pense à la Hongrie, là, tout de suite : un argument que je pourrais structurer…

    Et, d’une certaine manière, le manque de prégnance des arguments consistant à affirmer que la fin de l’Europe mènerait au chaos, démontre très bien qu’il y a peu à peu un changement de légitimité dans le regard que l’on porte sur l’Europe. Changement que vous pressentez dans votre propre conclusion. L’Europe de la paix semble être mise en crise par l’Europe de la prospérité… Ce qui prouve que dans nos esprit à tous, à un moment où à un autre et quoique vous en pensiez, l’Europe fut notre paix.

    Vous avez un raisonnement rétrospectif, à mon avis.

    • @ BC49 : comme vous l’aurez noté, je ne dis pas que la construction européenne n’a pas joué de rôle dans la situation de paix que l’Europe a connu depuis 1945, mais que son rôle ne doit pas être surestimé (par rapport à celui de l’OTAN par exemple), et surtout que la mythologie européenne, dont vous vous réclamez d’évidence, ce qui est votre droit le plus strict, n’est pas conforme aux faits. La dissuasion nucléaire entre les deux camps a fait beaucoup plus pour la paix en Europe que l’existence même du projet européen.

      Bien sûr, si, pour vous, il suffit que l’Europe ait fait un peu quelque chose pour avoir le Prix Nobel de la Paix, à l’image d’un Mandela finalement pas si important que cela, vous avez raison, mais, si l’on s’interroge plus sérieusement sur les raisons de la paix en Europe, l’UE ne fait pas partie à mon sens de ce qui importe le plus. Je n’en dirais pas autant dans l’ordre économique, où là l’intégration européenne a été importante. Je n’ai pas cité dans mon post une autre raison probable de la paix après 1945 : l’immense déplacement de populations (« nettoyage ethnique »?) opéré en 1945-46, essentiellement aux détriments des Allemands des territoires de l’est, qui a réglé pour ainsi dire le problème des nationalités dans une bonne part de l’Europe. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que les conflits armés en Europe sont tous liés après 1990 à des régions où cette séparation des ethnies, décidée par les Alliés, n’avait pas eu lieu à l’époque (ex-Yougoslavie en particulier). La récente victoire électorale des séparatistes flamands s’enracine là aussi dans un compte non soldé de l’époque… Si les Belges résistants avaient « nettoyé » à l’époque tous les collaborationnistes et leurs familles, il n’y aurait pas eu de renaissance du mouvement flamand dans les années 1960.

      Enfin, pour vous donner une comparaison, en Asie du sud-est, il n’y a pas eu de procédure comparable à l’unification européenne, et, pourtant, il s’est passé là-bas à peu prés la même chose depuis les années 1950: intégration économique qui a fini par s’étendre aux pays « communistes » (Chine continentale, Laos, Vietnam hier, Corée du nord peut-être demain), s’opérant sous le coup d’une stabilisation géopolitique obtenue par la grande puissance tutélaire, les États-Unis. On a pu donc être en paix et commercer sans toute la mécanique de l’Union européenne.

      En Europe, sans doute, l’histoire est plus « passée » qu’hier grâce justement à la construction européenne, encore que les historiens soulignent l’absence d’une mémoire commune entre Européens.

  2. Je suis totalement d’accord. Cela dit, à la réflexion, je me suis demandé si ce prix Nobel ne pouvait pas avoir une vertu : justifier à l’avenir d’éventuelles interventions militaires de l’UE. Je m’explique : si on doit s’engager au Sahel (ce qui devient de plus en plus probable) ou dans le monde arabo-musulman d’une manière plus générale (ce qui est aussi un scénario qui risque de s’imposer), les Européens pourront s’abriter derrière ce nouveau label : nous ne venons pas en conquérants ou en colons puisque nous sommes les anges de la paix !

  3. Je ne suis pas d’accord avec la quasi-totalité de vos arguments, ce qui est assez rare pour être souligné…

    Tout d’abord, on a vu des personnalités et des groupes très différents recevoir ce Nobel: Arafat, Rabin, Kissinger, Phan Din Khai me semblent assez éloignés de Al Gore, Mandela ou la Croix Rouge sur leur vision de la paix. Ainsi, recevoir le Prix Nobel de la paix ne veut pas dire forcément qu’on n’est qu’un soft power et qu’on restera cantonné à cela. Ce n’est donc pas « insultant » (pour reprendre votre terme) de recevoir le prix Nobel, ça veut seulement dire que l’UE a contribué à la paix, et ça ne l’enferme pas dans un rôle de sous-puissance.

    Les dirigeants européens affichent en ce moment l’idée que Euro=Paix et Fin-de-l’Euro=Guerre, et l’attribution du Nobel a sans doute un lien avec cette situation. Mais il me semble que vous exagérez ce lien: dans son communiqué, le comité Nobel n’a pas d’intention politique (sur le fait de défendre l’Euro par exemple), et ne se prononce pas sur la situation actuelle. Il fait seulement un bilan de 60 ans de fonctionnement de l’UE, ce qui est plus vaste que la crise de 2008 à 2012.

    Autant je suis d’accord avec vous pour dire que l’attribution du Nobel à Obama n’avait pas de sens, autant la situation est très différente pour l’UE (et pourtant vous marquez un lien étroit entre ces deux attributions). Obama a été récompensé pour ses volontés de réalisations, et pas pour ce qu’il avait fait concrètement. L’UE est récompensée pour ce qu’elle a fait. Même si vous contestez que l’UE ait réellement fait quelque chose d’important pour la paix en 60 ans, vous ne pouvez pas dire que c’est du même ordre que le Nobel à Obama.
    C’est pourquoi écrire que l’attribution du Nobel à l’UE est encore moins avisé que l’attribution du Nobel à Obama me semble être très excessif.

    Un des points que vous mettez en avant (à juste titre) est le fait que l’UE n’a rien fait de particulier ces 12 derniers mois. Le Nobel est sensé récompenser une action particulièrement remarquable pour les 12 derniers mois. Mais cela, c’était dans les intentions premières d’Alfred Nobel. De fait, depuis 1 siècle, ça a rarement été le cas. Est-ce que les prix Nobel de Physique, d’économie, sont attribués pour les dernières découvertes ? Est-ce que Montagnier a eu le Nobel en 1983 ? C’est la même chose pour le Nobel de la paix, qui a souvent été attribué pour un ensemble d’actions et pas seulement pour une seule action.

    Pour entrer plus directement dans le vif du sujet, c’est-à-dire savoir si l’UE a joué un rôle dans la paix en Europe, je suis encore une fois en désaccord avec vous. En tout cas, vous m’accorderez que votre vision est contestable, de même que la mienne l’est, et donc que le choix du comité Nobel était au minimum légitime, puisqu’il s’appuyait sur un certain nombre de théoriciens qui pensent effectivement que l’UE a joué un rôle dans la paix en Europe. Dire que cette attribution est « ridicule » est donc inapproprié selon moi, car ça implique que tous ceux qui pensent que l’UE a joué un rôle dans la paix sont ridicules. Vous auriez pu dire que l’attribution est impropre à vos yeux, mais pas ridicule.

    Au fond, vous avez une vision réaliste des relations internationale et de la manière d’obtenir la paix: arme nucléaire, puissance des États-Unis… C’est une vision très convaincante, mais ce n’est pas la seule. Est-ce que la France et l’Allemagne, qui se sont fait la guerre 3 fois en 70 ans, ne l’ont plus fait depuis 70 ans seulement grâce aux États-Unis ? Je ne pense pas. On ne voit plus aujourd’hui l’Allemagne comme un ennemi potentiel, et on n’imagine pas lui faire la guerre. C’est une des choses qu’a apporté l’UE: percevoir ses voisins comme amis et non plus comme ennemi ou simple allié.

    Vous dites qu’il n’y a pas eu de guerre grâce aux déplacements de populations allemandes. C’est sans doute en partie vrai. Mais je ne vois pas pourquoi cela aurait suffi à interrompre le cycle de guerres entre France et Allemagne. On n’a pas déplacé les Alsaciens vers la RFA, que je sache…
    La guerre en Yougoslavie était en effet due à des conflits ethniques, mais la Yougoslavie ne faisait pas partie de l’UE. En Belgique, je ne pense pas qu’on se dirige vers une guerre armée. Vos exemples confortent plutôt le Prix Nobel attribué à l’UE: des conflits ethniques, il y en a, mais dans le cadre de l’UE, ça n’atteint pas l’état de guerre.
    Par ailleurs, les conflits à propos des nations ou des ethnies sont assez jeunes historiquement (les premiers vrais conflits de ce genre sont en Belgique et Grèce en 1830-1831, mais je ne suis pas omniscient en la matière). Il y avait des guerres en Europe avant les problèmes ethniques, donc ceux-ci n’expliquent pas tout.

    Quant à l’Asie du Sud-Est, il y a peut-être un début d’intégration économique. En tout cas, cela n’est pas suffisant pour supprimer les revendication territoriales entre Chine, Japon, Taïwan, et sûrement d’autres que je ne connais pas bien. Quelle revendication territoriale y a-t-il encore entre RU, Allemagne, France, Espagne, Italie ?

    • @ Champagne : en fait, nous ne sommes pas souvent d’accord sur l’Europe…

      Pour répondre à certains de vos arguments, je dirais d’abord que, pour le moment même de l’attribution par le Comité Nobel, au delà même des mots de ce Comité, est une preuve suffisante de la volonté de ce dernier de venir au secours des dirigeants européens actuels, et d’appuyer (implicitement) leur discours selon lequel la fin de l’Euro implique la fin de l’Europe, et donc la guerre. Mon énervement – qui est évident – tient à ce moment (mal) choisi pour venir au secours d’un discours sur l’Europe, qui se trouve en décalage avec les vrais problèmes de l’Union européenne, essentiellement socio-économiques. En admettant même que « l’Europe, c’est la paix », le problème majeur, telle n’est pas la question! Si l’Europe impliquait la stagnation économique pour les 10 ans à venir des pays de la zone Euro, et que cela se faisait dans un contexte de paix continentale, il me semble que cela resterait un échec majeur de l’Union européenne.

      Par ailleurs, les membres du Comité Nobel ne se rendent pas compte qu’en attribuant ce prix, ils soulignent involontairement que l’Union européenne n’a guère été activiste ces derniers temps pour résoudre des problèmes internationaux. Vous aurez remarqué d’ailleurs que personne n’a même parlé de C. Ashton. Vous avez raison sur les différences de qualité des personnes et/ou institutions ayant reçu ce prix, mais il reste que, sur le moment, ces derniers, parfois bien oubliés aujourd’hui ou n’ayant pas été des pacifistes très convaincants, semblaient avoir fait quelque chose de bien pour la paix dans le monde. Vous comparez l’attribution de ce prix aux différents domaines scientifiques du Nobel, la comparaison ne tient pas dans la mesure où, justement, le Prix Nobel de la Paix est lié par définition à l’actualité. Pour reprendre l’exemple d’Obama, il y avait au moins l’espoir que ce nouveau Président fasse enfin quelque chose sur le conflit israëlo-palestinien. A ma connaissance, il n’y a dans ce cas même pas l’espoir que l’UE fasse quelque chose de grand pour la paix dans le monde… sauf continuer à exister!

      Vous avez raison de souligner que je suis, au moins sur ce point (la « sécurité »), un réaliste en relations internationales. On peut parfaitement imaginer un continent européen en paix entre 1950 et 1989 sans la construction européenne telle que nous la connaissons, avec une simple zone de libre-échange à l’anglaise, mais avec l’OTAN, par contre, je ne crois pas qu’on aurait pu avoir le contraire : une intégration européenne sans la pax americana pour lui donner le temps de se déployer. De plus, le point décisif n’aurait pas tant été alors l’Europe en soi, que la « réconciliation franco-allemande », qui m’apparait elle un point bien plus décisif. Dans le fond, cette dernière aurait eu plus de légitimité à avoir ce prix que l’Union européenne en elle-même…

      Petit détail sur la situation alsacienne : en fait, en 1918, la France quand elle récupère l’Alsace-Lorraine opère déjà un tri de la population; toutes les familles arrivées après 1870, surtout les fonctionnaires du Reich, sont priées de partir, en fait, elles sont souvent déjà parties d’elles-mêmes. Idem en 1940-41, du côté nazi, avec des commissions d’expulsion des « Français ». En 1944-45, les résistants opèrent une épuration des collaborateurs pro-nazis les plus fanatiques. Bref, là aussi, le conflit entre la France et l’Allemagne est réglé aussi parce que ceux qui se sentaient allemands en Alsace sont partis, morts ou désireux de faire oublier leurs compromissions.

  4. Je vous recommande la lecture de cette publication :
    http://www.u-p-r.fr/actualite/france-europe/prix-nobel-union-europenne
    François Asselineau détaille d’ailleurs dans une nouvelle conférence (« La tromperie comme mode de gouvernement »), pendant la première heure, la composition du comité Nobel norvégien et ses relations plus qu’intimes avec le Département d’État américain. Cette conférence, à laquelle j’ai assisté à Marseille le 2 novembre, est absolument stupéfiante et devrait être diffusée prochainement sur internet.
    Juste une petite anecdote amusante à ce sujet : saviez-vous que les bâtiments du comité Nobel et de l’ambassade américaine à Oslo sont, très exactement, distants de 57 mètres l’un de l’autre ?

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