18 réponses à “Mariage gay : halte à Nathalie Heinich

  1. Pour une fois qu’un sociologue accepte de se situer dans ce qui, du sens commun, constitue la raison humaine et accepte avec modération de discuter réflexivement et point par point et de manière d’autant plus robuste qu’elle est a priori réfutable, les dénis de raison, et pas seulement les sophismes qui constituent le corps du projet de l’ainsi nommé « mariage pour tous », il y aurait plutôt à se réjouir qu’à prétendre l’écraser par de nouveaux sophismes appuyés sur la seule empirie perçue des minorités monopolisant les scènes de l’argent et du pouvoir..;
    Qu’une telle rupture avec l’idéologie de la rupture d’avec le sens commun en tant qu’il est raison commune puisse exister dans une sociologie disciplinaire malade de sectarisme idéologique, de soumission au sens commun dominant de la mondialisation et des mondialisés et de clôture oligarchique de tout échange d’égal à égal entre humains, ose s’affirmer est pour le sociologue que je dus être dans ma carrière universitaire, une des rares raisons d’espérer encore dans un redressement de la pensée sociologique qui se pose hégémoniquement comme « la science » close fétiche qui ne ne supposerait plus que des fonctionnaires techniciens d’une méthodologie violentant un réel a priori et abusivement re- « construit » pour s’intégrer au sociologisme. Tout ce projet est un acte de violence oligarchique d’un esprit de la mondialisation qui prétend réduire l’expérience humaine, non seulement à l’immanence relativiste, mais à une projection hors sol vers quel néant marchand et chosifié, séparée de ces deux socles qui seuls peuvent protéger de la folie : – la société réelle (ou les peuples si l’on préfère), comme volant d’inertie nécessaire des acquis immémoriaux mais hélas réversibles de l’humanisation, et – l’ascendance de nos propres ancêtres dont le déni équivaudrait à rejeter la quasi totalité de la culture (dans toutes ses acceptions et d’abord la plus haute) et des civilisations. Raison universelle incluant tous les mots humanisants, et sous les peuples, considérés avec respect, ou barbarie. Voilà la problématique. Nathalie Heinich a la prudence de ne pas aller jusqu’à cette formulation, la plus radicale, désormais la plus nécessaire. J’approuve son courage et sa probité, mais je récuse sa trop grande prudence conclusive. Car il y a vraiment le feu.
    Jacky Réault (Lestamp, Voir notamment notre dernier colloque de Juin 2012, pour le moins anticipateur, Des hommes des femmes, inerties et métamorphoses anthropologiques.)

    • @ Jacky Réault : le lien avec la mondialisation me parait un petit peu surprenant, mais, si je comprends bien votre argumentation, le « mariage pour tous » est un ineptie anthropologique dans la mesure où jamais cela ne fut pratiqué avant par l’humanité, et que nous trahirions nos ancêtres si nous nous laissions aller à cette idée.

    • Calme, calme.. Peut-être faudrait-il songer à apaiser votre fantasme torturé de dénaturation…

  2. Je lis depuis quelque temps et avec plaisir vos billets, mais deux points me chiffonnent dans celui-là.
    1. Vous commencez par affirmer que « la subjectivité des individus contemporains » a découplé la question du mariage de celle de la filiation, avant de dénoncer l’ostracisme social dont seraient victimes les couples sans enfants dans la société actuelle. Il faudrait savoir.
    2. Vous considérez que dans ce débat le terme « droit à l’enfant » désigne l’ensemble des politiques natalistes en vigueur. J’ai dû mal suivre, mais en ce qui me concerne j’avais plutôt compris qu’il s’agissait du principal argument avancé pour autoriser les couples homosexuels qui le désirent à adopter un enfant. C’est tout de même assez différent, et du coup j’ai un peu de mal à comprendre votre argumentation sur ce point.
    3. Vous avez raison de souligner l’écart grandissant dans nos sociétés entre la volonté de fonder les choix de vie sur les seuls désirs individuels hors de toute pression culturelle ou sociale, et ce que nous disent les sciences de la nature (d’où les controverse actuelles autour de la « théorie du genre »). Faut-il pour autant consacrer dans le droit ce divorce en distinguant radicalement filiation biologique et parenté d’éducation ? On pourrait aussi avancer qu’il est d’autant plus urgent de maintenir un pont entre les deux si nous voulons conserver une chance de rester des « animaux politiques ».

    • @ Damien :
      Désolé de vous décevoir, mais cela fait partie de la règle du jeu.

      1) Sur le point 1, il faudrait préciser que l’ostracisme, ou disons simplement l’étonnement, concerne les couples (hétérosexuels) en âge d’avoir des enfants. Dans une interaction sociale, il faut toujours donner une raison pour justifier de ne pas avoir encore d’enfants. Il est alors bien plus simple de mentir en alléguant une raison physique ou médicale de ne pas pouvoir avoir d’enfants, que de dire simplement qu’on ne veut pas d’enfants ni maintenant ni jamais pour une raison ou une autre. Dans le premier cas, on a droit à de la commisération (imméritée en l’espèce); dans le second cas, on entre dans une dispute au sens presque philosophique, avec des arguments comme l’égoïsme des non-parents, leur manque de maturité, la nécessité de transmettre le don de la vie, etc. Inversement, le fait de vouloir avoir des enfants n’a guère besoin de justifications dans notre société, cela va presque de soi – la patrie, les fabricants de jouets et les caisses de retraite vous en seront reconnaissants.

      En même temps, je maintiens que la société reconnait dans le mariage une « communauté de vie » qui va bien au delà de la reproduction sexuée de l’espèce dans le cadre de la filiation qui transmet biens matériels et valeurs spirituelles à travers le temps. Un couple prend tout de même sens sans qu’il doive se réduire obligatoirement à la filiation à venir. Un vieux couple sans enfants reste un couple aux yeux de tous.

      2) Sur le « droit à l’enfant », mon argument est qu’il existe dans notre société française une préférence fortement nataliste. Puisque, grâce à la science, il serait parfaitement possible d’éviter d’avoir des enfants tout en ayant une sexualité hétérosexuelle épanouie, il faut donc que les gens aient envie d’avoir des enfants. Or, grâce à une propagande aussi habile que pluri-décennale, presque tout le monde est sincèrement convaincu d’avoir envie d’enfants, au point que tout le monde a fini par y voir un « droit à l’enfant », y compris à mon avis les couples homosexuels, auxquels on ne saurait donc refuser ce que la société proclame comme un besoin essentiel des individus pour se réaliser. Puisqu’avoir un enfant fait partie du projet de vie de l’individu normal, il est logique que les homosexuels veuillent en avoir un aussi, que ce soit par l’adoption ou la PMA. Si avoir un enfant était vu comme une calamité (écologique, morale, etc.), la revendication des homosexuels n’aurait pas lieu d’être.

      3) Sur le troisième point de votre critique, il me semble qu’à travers leur revendication de la PMA, les homosexuels qui le demandent s’inscrivent justement dans ce mixte biologie/volonté, qui tend par ailleurs à se dissoudre. D’un point de vue conservateur, on pourrait donc en fait s’en féliciter.

  3. Moi, cet article ne m’a pas énervé, car il est plus fin et subtil que beaucoup d’autres « à la canonnière ». J’ai apprécié que l’on pose la question de la filiation induite, et qu’on n’en reste pas aux réflexions absolument démagogiques du style « ils ont droit aussi au mariage », en gommant la réflexion sur la filiation. Par contre, ce qui m’énerve, c’est de voir que 3 jours après son impression, Le Monde fait une certaine censure en ne permettant ni l’accès de cet article, ni même la mention de son existence, sur son site web. Que le lobby est fort. Alors que depuis 15 jours, un article d’une autre dame, aussi subtil et haineux « à la Lyssenko », est en permanence disponible en 1ère page du site web.

    • @ frederic dupont : que la question de la filiation induite se pose ne me dérange pas, c’est replier le « mariage pour tous » sur ce seul et unique aspect qui me choque.

      Vous avez entièrement raison : je ne comprends pas pourquoi le Monde ne donne pas accès à cet article en ligne. J’en suis d’autant plus gêné que je critique un texte qu’une partie de mes lecteurs ne peuvent donc avoir lu. J’ai bien peur que vous attribuiez à la ligne de ce journal plus de subtilité qu’il n’en a, je parie pour une simple astuce à but commercial, faire acheter la version papier, ou pour un problème de droit d’auteur quelconque.

  4. J’ai toujours trouvé étrange cette focalisation sur « la filiation ». Aux Etats-Unis, où j’ai effectué le terrain de ma thèse, la peur était, dans de rares cas : « Ne donnez pas l’adoption aux homosexuels, ils vont revendiquer le droit au mariage » (l’adoption, la PMA et la GPA ne suscitant pas de problèmes). En France, c’est « attention, l’accès au mariage va avoir des conséquences sur « la filiation » ». Placer ce concept juridique en position de vache sacrée, l’enfoncer dans une « vérité biologique »/ »vérité narrative », me semble bien plus problématique que de dire : ces deux personnes sont tes parents, pour ce qui relève de ton existence en tant que sujet de droit.

    • @ Pascale Laborier : merci. Cela donne déjà une idée du contenu, et cela me fait penser que j’ai été encore trop peu incisif… C’est du ligne à ligne que j’aurais dû faire. Le passage sur l’égalité que quelqu’un a remarqué aurait valu aussi sa réfutation.

  5. Nathalie Heinich a aussi écrit sur les femmes, le genre… et pas seulement l’art contemporain. Vous pouvez notamment voir ce livre :
    http://books.google.fr/books?hl=fr&lr=&id=fKQLxVe6QJsC&oi=fnd&pg=PT3&dq=Nathalie+heinich&ots=wtjyTsfzXX&sig=k618h_LCjJdXBT-GELnQRSLc13E&redir_esc=y

    Le fait qu’elle fréquente principalement des milieux académiques et artistes réduit sans doute à ses yeux le « devoir d’enfant » sociologique que vous évoquez (techniquement, on pourrait parler de séries d’incitations fiscales et sociales, la réprobation étant relativement faible). Comme toute « norme sociale » de ce type, sa démonstration empirique comme réalité sociale uniforme est problématique.

    En revanche, je partage entièrement les points sur la filiation sociale, il est temps que nous retournions au droit romain…

    • @ Toto Totoro : que la réprobation sociale soit faible, j’en conviens, nous ne sommes pas en dictature tout de même, mais je peux témoigner qu’elle existe tout de même, la famille avec enfants (y compris la très célébrée par les médias, « famille recomposée ») reste l’idéal de vie de l’immense majorité de la population – tout comme si j’ose dire l’accès à la propriété immobilière ou un poste de salarié en CDI. Étant complètement en dehors de cet idéal-là, je peux témoigner qu’il existe, en le voyant, si j’ose dire, de l’extérieur, en mesurant chaque jour tout ce que cela signifie dans l’organisation sociale.

  6. L’article de Nathalie Heinich est maintenant en ligne (que ceux, donc, qui crient à la censure reprennent leurs esprits). Pour répondre à la dernière question de cet article, Nathalie Heinich n’est même pas spécialiste d’art contemporain. Elle a travaillé au maximum sur 12 oeuvres d’art contemporain qui ont suscité, à des degrés variables, des rejets et elle a bâti ensuite un modèle très fragile en passant tout l’art contemporain à la moulinette d’une seule idée : la transgression. La preuve qu’elle n’est même pas spécialiste d’art contemporain, c’est qu’elle en fait un genre de l’art (au même titre que l’art moderne), mais passons.
    On ne peut pas dire non plus (comme le suggère Toto Totoro) que Nathalie Heinich aurait acquis une compétence sur ces questions de filiation parce qu’elle a écrit, je cite, « sur les femmes ». Qu’il s’agisse de Mères/filles (auquel il est fait allusion dans le lien) ou encore d’Etats de femmes, il n’est question dans ces deux ouvrages que de femmes imaginaires, et non de femmes réelles. Nathalie Heinich ne s’intéresse qu’aux personnages féminins dans la fiction occidentale (la femme célibataire, la femme mariée, la maîtresse, la prostituée, la femme divorcée, la veuve, la vieille fille), jamais aux femmes réelles, ce qui me semble tout de même assez différent. Elle a lu une centaine de romans où des personnages féminins sont mis en scène et elle en tire ensuite des généralités sur les femmes, sans jamais les confronter à la moindre enquête de terrain. Cette méthode, pour le moins discutable, a été ensuite étendue à l’art avec son livre paru en 2005, L’Elite artiste, où la statut de l’artiste est élucidé à la lumière des romans du XIXe mettant en scène des personnages artistes et bohèmes. D’où cette impression de « déréalité » ou de « déréalisation » (je ne sais pas comment dire) quand on se plonge dans ses ouvrages. C’est aussi pour cela que Lahire, et d’autres, parlent à son égard de « paresse empirique » : jamais il ne lui viendra à l’idée de faire une enquête de terrain. Et c’est pour cela que vous remarquez, à juste titre, que ses réflexions sont complètement « détachées des réalités de la société française contemporaine ». Le déni de la réalité, c’est surtout Nathalie Heinich qui l’illustre, et particulièrement dans cet article qui fait preuve d’une cécité assez incroyable!

    • @ GF : en fait, j’ignorais que N. Heinich avait provoqué auparavant des critiques aussi acerbes de la part d’autres sociologues pour ses travaux, je savais par contre qu’elle avait publié il y a quelques années un livre « bêtisier » pour se moquer de certains d’entre eux; de fait, sans même entrer dans cette archéologie, il me semble que son texte parle de lui-même, et il serait publié par un « sociologue anonyme » (mais l’aurait-il été par un titre de presse important?), cela ne changerait rien aux problèmes de logique qu’il pose. En même temps, quand on défend la « tradition », invoquer des « raisons » est difficile. Comme disait M. Weber, la tradition, c’est justement ce qui ne se justifie pas autrement que par le fait d’avoir toujours été fait ainsi.

  7. Une nouvelle tribune publiée par le Monde :
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/02/07/homoparentalite-et-risque-affectif_1828555_3232.html

    Peut-on avoir votre avis, M. Bouillaud ?

  8. @ madeleine : le texte de ce médecin psychiatre est bien sûr plus ancré dans le réel que celui de N. Heinich. Il est donc une pièce plus intéressante pour le débat en cours, sans préjuger de la vérité scientifique de son propos.

    En même temps, ce qu’il laisse entendre, mais, là, cela vaut pour tous les adoptés, c’est que finalement seule la filiation biologique compte pour la psyché humaine. Si on le suivait dans son raisonnement, on devrait alors dans tous les cas (parents hétérosexuels et homosexuels) renoncer complètement à l’antique pratique de l’adoption – voire même à toute forme de PMA (puisqu’on a un faux parent biologique). Au train où va la biologisation du soi, qu’encouragent les progrès de la génétique, j’ai bien peur que cela soit le cas in fine. Pourquoi les adoptants persisteraient-ils à adopter des enfants qui ne seront jamais vraiment les leurs?

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