3% et des poussières

Nous y voilà donc… il va donc être difficile de tenir l’objectif soit-disant sacré de 3% en terme de déficit public. On va, paraît-il, le manquer de peu… Jean-Marc Ayrault vient de vendre la mèche.  Mais, attention bonnes gens, croix de bois croix de fer si je me mens je vais en enfer, nous serons à 0% de déficit en 2017…

Ce qui m’étonne, ce n’est pas bien sûr que nous en soyons là. Il y avait assez d’économistes pour prévenir du désastre entraîné par l’austérité générale en Europe. Ce qui me surprend tout de même un peu, c’est que nous ne soyons en fait que le 14 février. L’année 2013 n’est donc commencée que depuis un mois et demi, et, déjà, on laisse entendre que c’est cuit pour le déficit public. Bon, bien sûr, ce n’est pas complétement cuit, mais le miracle tant attendu ne risque pas vraiment de se produire. Normalement, devrait suivre quelque déclaration de la même eau sur le chômage… Ah, oui, pardon, cela devrait aller mieux au début de 2014…. enfin au milieu de 2014… enfin en 2015, quoi, ou peut-être, en 2016. Du coup, j’attends avec amusement les négociations de la France avec la Commission européenne pour faire passer la pilule, et la réaction à cette pantalonnade des partenaires « euro-rigides » de l’autre côté du Rhin.

Ce qui m’apparait aussi bien amusant dans l’affaire, c’est que, par ailleurs, le gouvernement Ayrault abrite en son sein de dangereux individus qui se proposent de renforcer les droits sociaux des Français. J’entendais hier soir sur France-Inter la Ministre en charge des personnes âgées promettre que le risque de la dépendance allait enfin ressortir pleinement de la solidarité nationale – le tout accompagné d’un concert de pleureuses sur le sort déplorable de nos personnes âgées dans les maisons de retraite. L’objectif de la Ministre est sans doute moralement louable (encore que… ne s’agit-il pas là des mêmes vieux qui n’ont guère préparé collectivement l’avenir du pays depuis 1973?), et politiquement habile vu l’électorat concerné (y compris moi-même en fait!), mais quel bel irréalisme du point de vue des finances publiques! Si la France veut vraiment respecter le TSCG qu’elle a signé, y compris la clause de réduction de la dette déjà présente à marche forcée, il faudrait tout de même clairement prévenir les Français que « la bonne vie, c’est fini » – ou tout au moins, qu’il va leur falloir à apprendre à se passer désormais de pas mal de choses.  S’ils veulent se protéger contre le risque de dépendance – ce qui peut se comprendre -, il leur faudra oublier « la douce France » d’antan. Pourquoi ne pas réduire par exemple dès l’année prochaine drastiquement le nombre de communes en profitant des élections municipales, en ne gardant que les actuelles « intercommunalités »? Pourquoi ne pas en finir avec les aides à la presse (5 milliards d’euros tout de même de 2009 à 2011, selon le récent rapport de la Cour des comptes, pour un résultat pitoyable)? Pourquoi ne pas supprimer l’illisible doublon « Prime pour l’emploi »/ »RSA activité »?  etc.  Pour l’instant, le gouvernement préfère faire semblant qu’il s’en sortira sans user de la chirurgie lourde… comme d’ailleurs l’avait fait la Présidence Sarkozy. Dans les deux cas, le défaut a été de s’en tenir  lors de leurs campagnes électorales respectives à une idée de progrès, de modernité, d’un avenir qui va tout de même vers le mieux. « Ensemble, tout est possible », « Le changement, c’est maintenant ». Eh bien non les gars, le bel avenir, c’est fini – du moins, avec ce genre de choix politiques. Cela serait mieux d’aborder de manière réaliste et pragmatique cette donnée nouvelle. Mais là je rêve. Honte sur moi!

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2 réponses à “3% et des poussières

  1. « il va donc être difficile de tenir l’objectif soit-disant sacré de 3% en terme de déficit public  »
    Sur quels critères est basé ce chiffre sacré de 3% en terme de déficit public ? Ne me dites pas que ….. http://www.leparisien.fr/economie/3-de-deficit-le-chiffre-est-ne-sur-un-coin-de-table-28-09-2012-2186743.php

    • @lucastrady : eh oui, en plus, ce chiffre de 3% aurait été déterminé ainsi. En tout cas, il correspondait aussi à un certain niveau de croissance réelle attendue de l’économie (2% par an) qui ne semble plus d’actualité. Si la croissance économique est désormais de 0,5% par an en moyenne (supposition de certains économistes, par exemple P. Artus), le déficit nominal, selon la logique européenne, devrait être encore moindre…

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