Chypre : petits exercices de blame avoidance.

A mesure qu’une infinité de commentateurs faisait remarquer au cours de la journée d’hier et d’avant-hier que taxer les dépôts bancaires de moins de 100.000 euros dans les banques chypriotes n’était vraiment pas une idée géniale pour établir la confiance des petits épargnants dans la zone Euro, tous les instigateurs de la mesure négociée par l’Eurogroupe dans le cadre du plan de sauvetage de l’économie chypriote, qui taxerait à 6,75% les dépôts de moins de 100.000 euros, accusaient les autres responsables de la décision d’avoir eu cette mauvaise idée.  Monsieur, monsieur, c’est pas moi, c’est pas moi, c’est lui qui a commencé!

Les responsables chypriotes accusent les Allemands, les autres pays de l’austérité et la BCE qui leur auraient forcé la main dans un diktat à la Munich façon 1938 ; les Allemands et les autres accusés rejettent la faute sur le gouvernement chypriote. Les commentateurs les plus pro-européens, comme Jean Quatremer, adoptent clairement l’option d’une responsabilité chypriote : le nouveau Président de ce pays ne voulait pas taxer excessivement les dépôts bancaires des riches déposants de grands pays corrompus à l’humeur chatouilleuse. On pourrait même en faire un polar, avec quelques sbires de princes maffieux sur le point de plonger vivant dans l’acide des membres de la famille du Président chypriote pour lui apprendre la politesse. D’autres journalistes sont aussi sur cette ligne d’une responsabilité chypriote, mais soulignent aussi que les partenaires européens ont cédé à la demande du Président de ce pays et que l’on partait d’une demande de taxation radicale des gros dépôts (jusqu’à 40%) qui aurait fini juste à moins de 10%. D’autres penchent pour le diktat allemand, destiné à en finir avec ce paradis fiscal et traduisant les nécessités internes de l’Allemagne de ne pas sauver la cagnotte des maffieux des steppes (déjà qu’à Stalingrad il y a 60 ans…). Quoi qu’il en soit, l’histoire retiendra que tout l’Eurogroupe a accepté samedi dernier à l’aube de s’assoir de belle façon sur la garantie européenne des dépôts de moins de 100.000 euros, et que le monde entier s’en est aperçu. La responsabilité est donc partagée, et il est alors admirable de voir comment chacun se défile et prétend même avoir été contre cette idée dès le départ (dont notre propre Ministre de l’Économie, P. Moscovici).

Du côté chypriote, on peut comprendre la difficulté à faire passer la mesure. Le nouveau Président a menti pendant sa campagne électorale sur l’intouchabilité des dépôts bancaires. Il a, si l’on en croit la version pro-européenne, menti lors de l’annonce de la décision à son peuple, puisqu’il aurait pu choisir de taxer uniquement les gros requins poissons. Je ne sais pas comment ce double mensonge peut passer auprès des Chypriotes ordinaires, mais cela me parait beaucoup tout de même. On serait tenté de lui dire : « Dégage! »

Du côté européen, j’ai tout de même du mal à croire que Chypre ait pu imposer seul à la collectivité une décision aussi irresponsable; au minimum, il faudrait expliquer pourquoi les autres européens ont oublié de samedi à l’aube (annonce de la décision dans une conférence de presse) à lundi soir (communiqué de l’Eurogroupe) que la garantie européenne des dépôts de moins de 100.000 euros faisait partie  depuis l’automne 2008de la stratégie globale de l’Europe contre la crise financière. Est-ce à dire qu’en réalité Chypre avait plus de poids dans la négociation qu’on ne le dit, en menaçant par exemple de quitter la zone Euro? Ou est-ce à dire que cette solution, finalement, plaisait à tous les européens, bien contents au final de taxer tous les habitants de cette île trop ensolleilé de fainéants, trafiquants et banquiers véreux? Ou encore, que les autres européens ont laissé faire sciemment cette bêtise, sachant bien qu’il s’agissait d’une bêtise, pour prouver au Président chypriote qu’il fallait absolument qu’il accepte de taxer à plus de 10% les déposants des banques chypriotes un peu trop grassouillets pour être honnêtes?

On attend la suite avec impatience.

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2 réponses à “Chypre : petits exercices de blame avoidance.

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