Italie, fevrier 2013, Allemagne, septembre 2013.

Tout se passe donc prévu. Les élections fédérales allemandes du 22 septembre 2013 ont donc confirmé et au delà toutes les attentes de la veille. Angela Merkel triomphe. Son heure de gloire est arrivé.

Comme spécialiste de l’Italie, je ne peux qu’apprécier l’exploit à sa juste mesure. Le jour et la nuit en somme.

En effet, la comparaison entre le résultat des élections italiennes de fin février 2013 et celui des élections allemandes de septembre 2013 est cruelle, même si, au final, le résultat en terme de gouvernements nationaux sera probablement le même, une grande coalition entre les partis du PPE et du PSE – comme au niveau européen depuis toujours.

En résumé,

Italie     (février    2013) Allemagne (septembre 2013)
Participation électorale En forte baisse (-5%) En légère hausse (+0,7%)
Résultats des partis au pouvoir. Écroulement en % et en voix du PDL, PD, UDC, FLI.Résultat médiocre de SC (Monti). Progression de la CDU-CSU (+7,7%), mais écroulement du FDP (-9,8%).
Résultats des oppositions traditionnelles de droite et de gauche. Médiocre ou en forte baisse (LN, SEL, cartel « RC »). Progression limitée du SPD (+2,7%)En baisse (die Linke, die Grünen).
Résultat des extrémistes de droite et de gauche façon XXe siècle. Anecdotique (néo-fascistes, communistes ultra-orthodoxes). Anecdotique (néo-nazis).
Résultats des émergents. Extraordinaire : M5S (B. Grillo), 24% des voix.Thématique : « les partis et l’Euro m’a tuer ». Décevant : PP, 2,2%Remarquable : AfD, 4,7%

Thématique : « les partis et l’Euro nous coûtent trop cher. »

Résultat gouvernemental. Grande coalition (gouvernement E. Letta)(PD, PDL, SC). Grande coalition?(gouverment Merkel III?)(CDU/CSU, SPD)

Il sera difficile de nier que ces situations pour le moins contrastées résultent de la place respective de l’Allemagne et de l’Italie dans la crise de zone Euro. Il y a décidément en Europe des pays des « winners » et il y a des pays des « losers », mais, au total,  pour cette fois, les électeurs du pays des gagnants n’ont pas voté pour se débarrasser des perdants (l’AfD ne fait que 4,7% des voix), et ceux du pays des perdants avaient malgré tout encore voté majoritairement cet hiver pour des partis leur promettant de rester dans le jeu européen.

Dans les deux pays, les forces anciennes ou émergentes qui contestent radicalement les choix actuels des élites dirigeantes de l’Europe se trouvent donc encore fort loin de pouvoir espérer gouverner leur pays avant que la crise européenne actuelle n’ait trouvée sa solution dans la droite ligne de ce qui a été fait jusqu’ici.

Donc, n’en déplaise à certains économistes, l’Euro va continuer à exister dans son périmètre actuel, les maux sociaux de toute nature continuer à s’accumuler dans certaines régions de la zone Euro, et les réussites économiques dans d’autres. Vae victis.

Donc, tout va vraiment très bien.

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9 réponses à “Italie, fevrier 2013, Allemagne, septembre 2013.

  1. « Donc, tout va vraiment très bien »

    Je perçois bien l’ironie, mais quand il y a partout des coalitions entre droite et gauche en vue de sauvegarder le système en place, ça ressemble fort à des comités de salut public ou des conseils nationaux de la résistance. Bref, ça sent quand même fortement le sapin pour le dit système.
    Merkel ou pas, tout ça n’est pas bon signe pour l’euro; du moins cela signifie que le danger de mort imminente est toujours là.

    • @ MonPseudo : oui, le danger de mort pour l’Euro existe toujours, mais tout est en la matière une question de délais. Or, avant qu’une majorité d’électeurs arrivent à se focaliser sur une seule force politique pour sortir leur pays de la nasse que constitue l’Euro, les sociétés et plus simplement les individus auront dû s’adapter à la nouvelle situation que représente l’Euro.

      • Mais est-il seulement possible de s’adapter à l’euro, c’est-à-dire à une situation qui ne fera qu’empirer puisque vous dites vous-même que les maux vont continuer à s’accumuler ?

  2. @bouillaud: Je faisais référence à un danger de mort « technique » et non politique. Ces coalitions gauche-droite que l’on voit apparaître partout en Europe sont le signe que les pro-Euro resserrent les rangs pour sauver ce qui peut l’être du système actuel. Si elles apparaissent, c’est que la gauche et la droite « classiques » n’ont déjà plus l’appui politique nécessaire, à eux seuls, pour légitimer les mesures techniques qui sont en train d’être prises (prêts aux pays qui coulent, mesures extraordinaires de la BCE, imposition de l’austérité, etc). Même en Allemagne.

  3. @ Albert : pour ce qui est de l’adaptation, il faut par exemple souligner un fait majeur en Italie, tout simplement les jeunes restent vivre chez leurs propres parents et s’abstiennent eux-mêmes d’avoir des enfants; on peut citer aussi l’existence d’une grande part de l’économie italienne qui fait partie du secteur informel. Les indemnités de chômage restent réservées à une minorité de chômeurs, c’est une particularité qui explique aussi la protection forte des emplois existants pour les personnes plus âgées. De fait, les Italiens moyens ont dû tout simplement réduire leurs consommations : d’après ce que j’ai pu lire, ils font des économies sur la nourriture, et ils ne vont plus en vacances, et acceptent des « mauvais emplois ». Cette adaptation par le bas est, pour une part des gens, simplifiée, si j’ose dire, par le fait que beaucoup d’Italiens sont propriétaires de leur logement. En gros, pour un jeune actif (moins de 40 ans), si vous ne gagnez pas ou plus plus grand chose, mais si vos parents sont propriétaires, en vous tassant à plusieurs générations dans ce logement, vous devriez pouvoir vous en sortir… sans faire aucun autre projet que d’attendre gentiment l’improbable reprise ou la mort des parents pour profiter seuls de l’appartement ou de la maison… qui vous permettra de ne pas être à la rue au moment de votre retraite qui s’annonce aussi tardive que parcimonieuse.

    • A propos des jeunes Italiens qui retournent vivre chez leurs parents, il n’y a pas que les Italiens ni que les jeunes qui se retrouvent ainsi acculés. Ainsi la chômeuse qui a interpellé Hollande en Vendée est âgée de 52 ans et a déclaré qu’elle avait dû retourner vivre chez sa mère septuagénaire…
      Quant à l’Italie, ce pays est une nouvelle fois secoué par une crise gouvernementale. J’attends votre analyse de la situation avec impatience… Mais je pense que l’Italie ne s’est pas adaptée à cette chute sans fin de son économie, et qu’il faut s’attendre encore à pas mal de crises politiques et sociales. Et pas qu’en Italie.

  4. Monsieur Bouillaud, avec le résultat de Mme Merkel, doit-on s’attendre à une absence complète d’inflexion dans la politique économique européenne ? Doit-on s’attendre à une poursuite du suivisme de Mr Hollande ? La Commission poursuivra-t-elle ses recommandations macroéconomique aux pays Etats malgré les résultats observés ?
    Merci pour vos précisions.
    S.C

    • @ S. C. : il y aura sans doute une petite inflexion dans la politique économique européenne, surtout si le SPD réussit à vendre chèrement sa peau, mais il ne faut pas s’attendre à un virage conceptuel en la matière. Le logiciel actuel est bien trop ancré dans les esprits, dans les institutions, et les rapports de force. Il n’y a en plus aucune raison pour la Commission européenne arrête de s’exprimer dans son sens habituel.

  5. Monsieur Bouillaud,

    On attend impatiemment votre prochain article sur la situation en Italie ainsi que votre avis sur la percée de l’extrême droite en Autriche.

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