Un Conseil d’administration (un peu) agité mais porteur d’avenir.

Hier, mardi 17 décembre 2013, était (re-)convoqué le Conseil d’administration de l’Institut d’Études Politiques de Grenoble, à 15h précise. Le Conseil (dont je suis membre élu enseignant) avait déjà été convoqué une semaine auparavant (le mardi 10 décembre 2013) à 13h, mais il avait été annulé au dernier moment (à 11h) devant la menace – sans doute bien réelle – d’une irruption des étudiants mobilisés contre le vote d’un budget 2014 comprenant une hausse sensible de leurs frais d’inscription (selon l’estimation  d’un collègue défendant la légitimité de cette dernière, +25%; selon la vision des étudiants mobilisés, +36%/+40%). Rien que la routine universitaire par ces temps de disette budgétaire en somme. Eh, oui, le changement, le néo-libéralisme version française, c’est ici et maintenant. Vous vous attendiez à quoi, chers électeurs, militants, sympathisants naïfs!

Donc, hier après-midi, rebelote. C’est reparti comme en 14. J’arrive donc vers 15h, et je trouve la salle où devait se tenir le Conseil déjà occupée par des étudiants en lutte (dont les représentants élus au CA, surtout UNEF/Fac Verte) contre ce budget et la hausse des frais d’inscription qu’il comprend. De fait, les étudiants ne sont pas très nombreux en ce jour d’examen, de rattrapage des cours, et pour certains, de vacances plus ou moins bien méritées, mais ils suffisent largement à bloquer toute réunion du CA. (Sauf à jouer nous-mêmes les gros bras, comme le suggère en riant un collègue.)

Pendant un certain temps, les membres du CA et les dits étudiants attendent que quelque chose se passe. Les étudiants scandent quelques slogans sympathiques à l’égard de la Ministre de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, à vrai dire sans trop exagérer. Cependant, au bout d’un moment lorsque le Président du CA est arrivé, un dialogue s’engage entre la direction de l’IEP et ces mêmes étudiants. Comme observateur engagé, et pédagogue, j’ai été très content de la nature de ces échanges. Du côté de la direction, la cause de la rationalité gestionnaire et pédagogique à préserver dans un contexte de crise budgétaire a été défendue clairement sans jamais hausser le ton. Du côté des étudiants, les diverses prises de parole ont bien souligné à la fois l’aspect proprement politique de la décision qui allait être prise par le CA et l’indignation morale de certains étudiants face à ce qui tendait à supprimer à terme la présence des « classes moyennes » dans le cursus de notre IEP. En effet, certains étudiants ont souligné qu’accepter la hausse des frais d’inscription, c’est avaliser de fait la tendance de l’État à se désengager du financement de l’enseignement supérieur pour en laisser la charge à ses usagers (tout au moins à ceux qui sont en mesure de payer). C’est avaliser la fin programmée d’un modèle français d’Université comme service public ouvert à tous les bacheliers et à frais d’inscription assez faibles pour être peu ou pas discriminatoires. Je ne peux que leur donner raison dans la mesure où, partout en Occident, la tendance des gouvernants (conseillés par les économistes orthodoxes) est de faire financer la formation du capital humain au delà du niveau bac par le détenteur final du dit capital humain (c’est-à-dire en pratique par l’étudiant ou par sa famille). (J’en parlais d’ailleurs longuement au déjeuner avec mon collègue de bureau qui y voit une cause majeure du ralentissement de la productivité et de la croissance observé depuis un quart de siècle.) (Avec des résultats mitigés pour ne pas dire plus, à la fois sur l’économie et la société en général et sur les ex-étudiants en particulier, voir la crise contemporaine de la dette étudiante aux États-Unis. Voir aussi les manifestations chiliennes, britanniques ou québecoises.) D’autres étudiants ont plutôt insisté sur les effets en terme de recrutement de l’IEP d’une telle décision : en effet, vu la définition actuelle de qui peut bénéficier ou non du statut de boursier (qui détermine l’exemption des frais d’inscription pour les boursiers), il apparait qu’une partie des étudiants seront (par le niveau de revenu de leurs parents le plus souvent) trop riches pour être boursiers et trop pauvres pour payer l’augmentation. On en arriverait en effet à des frais de 1300 euros par an. Cette plainte prit d’ailleurs chez certains étudiants un aspect « tripal » que l’on aurait tort de négliger. Comme enseignants, nous avons sans doute tendance à ne voir le coût des études que par la lorgnette du seul coût de l’inscription universitaire en négligeant tout ce qui va autour : coût du logement en particulier. La somme supplémentaire à payer en droit d’inscription que le CA s’apprêtait à voter représente probablement pour certains la dépense en trop qui finit d’exaspérer les esprits.

Constatant le blocage, le Président du Conseil d’administration a fini par suggérer à l’assistance de laisser le CA délibérer sur un seul point de l’ordre du jour, à savoir une régularisation budgétaire sur l’année 2013 permettant d’assurer le paiement des salaires des personnels de l’IEP en décembre 2013. Un sociologue interactionniste se serait sans doute délecté des échanges à ce moment de la discussion. Une partie des étudiants aurait aimé rester dans la salle pour vérifier que le CA tenait la promesse de son Président. Ce dernier et une partie des membres du CA (dont une personnalité politique locale) ne voulaient bien sûr pas voir leur parole ainsi mise en doute, et se retrouver à délibérer sous la pression de rue (si j’ose dire). Finalement, largement parce que les élus étudiants ont fait leur job en garantissant eux aussi que le CA se limiterait à ce vote « dépolitisé », technique, un accord s’est fait. Le mini-CA s’est tenu. La régularisation budgétaire a été votée à l’unanimité des présents.

Le budget de l’IEP de Grenoble pour 2014 reste donc en suspens. De toute façon, il y en aura un, puisque, selon le Président du CA, le Rectorat a le pouvoir de l’imposer en cas de défaillance du CA.

Pour ma part, je retiens de cette séance qu’une partie de nos étudiants ne sont pas des « veaux » et qu’ils savent défendre ce qu’ils considèrent être leurs intérêts. Cela m’a rasséréné. Beaucoup de leurs remarques sur des problèmes concrets rencontrés par l’IEP faites au cours de la discussion devraient être prises en compte. Plus généralement, j’ai eu le sentiment d’assister à un exemple typique de conflit qui, s’il continue ainsi, devrait se révéler vertueux à terme pour l’institution. Il restera bien sûr que le cadre général des politiques publiques de l’enseignement supérieur n’est pas prêt de changer de route.

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12 réponses à “Un Conseil d’administration (un peu) agité mais porteur d’avenir.

  1. Cher Christophe B., je vous trouve bien magnanime avec le CA de cet établissement, et bien admiratif de la « démocratie étudiante »…

    Si les étudiants ont de réels motifs d’inquiétude, et plusieurs arguments forts (dont l’exclusion des classes moyennes du dispositif ; ce qui avait déjà été le cas à Paris sous le mandat de R.Descoings), le dialogue qui semble s’être noué au CA entre eux et la direction ne résout pas deux questions liées : fallait-il augmenter les frais d’inscription pour combler le déficit ? Et fallait-il les augmenter de cette façon ou bien passer à la modulation des frais, comme l’ont fait tous les IEP, à l’exception d’Aix, je crois ?
    Question subsidiaire : pourquoi Sciences Po Grenoble n’a-t-il d’ailleurs pas opté pour les frais modulés…?
    A vrai dire, je m’attendais à un post sur cet épineux problème…!

    • @ Emmanuel T. : De fait, il n’était pas dit que l’on arriverait à un dialogue. Sur le fond, les étudiants qui se sont exprimés étaient majoritairement contre toute augmentation des frais d’inscription. Certains étudiants ont certes évoqué une modulation des frais d’inscription, mais cela n’a pas été au centre de la discussion informelle qui s’est ouverte mardi dernier. Il me semble que la Direction a dit qu’une telle modulation des frais ne s’improvisait pas, et a pris l’exemple de l’IEP de Bordeaux qui aurait mis un an à étudier ce choix et aurait fait appel à l’expertise d’un cabinet d’expertise-comptable pour estimer les conséquences de ce choix. La réponse de la Direction sur ce point a été d’ouverture, tout en soulignant le temps à disposition.
      Personnellement, je suis un peu dubitatif sur une telle formule, et en tout cas, elle ne peut pas être spécifique à Grenoble, elle doit être partagée entre plusieurs IEP.

      Sur le reste, j’étais content de voir les étudiants réagir, cela change d’une certaine passivité de leur part que je peux parfois constater.

  2. La mobilisation des étudiants pour défendre leurs intérêts n’est pas une nouveauté : c’est même une constate de l’histoire universitaire (même les Québécois, qui n’ont pourtant pas la même réputation que nos étudiants hexagonaux, s’y sont mis). Par ailleurs, je trouve discutable de mêler l’université et les grandes écoles (ou quasi grandes écoles). Est-il aberrant de demander un effort financier supplémentaire à ceux qui bénéficient déjà de conditions de travail privilégiées ? Après tout, la gratuité des classes prépa, on peut en discuter.
    Pour le reste, je pense que nous payons effectivement l’entrée dans la compétition universitaire européenne et mondiale (le fameux classement de Shanghai…). Il fallait s’attendre à ce que la multiplication des formations attractives (à laquelle s’ajoutent les nouvelles technologies onéreuses) génèrent d’importants besoins de financement. Ce qui est embêtant, c’est que personne n’avait prévu ou annoncé cet effet (et son coût !). Au final, ce qui se passe est finalement assez ironique : au cours des décennies passées, les étudiants ont effectivement réussi à empêcher (souvent par la force) la hausse des droits d’inscription ; mais avec la construction européenne, qu’ils ont été les premiers à soutenir (ah la belle auberge espagnole !), ils sont désormais au pieds du mur.

    • @ vince38 :

      Sur le plan légal, tu as raison, les IEP sont dans une situation particulière par rapport aux Universités. Ils peuvent définir librement leurs droits d’inscription (comme les modalités de leurs concours d’entrée par exemple). C’est le côté « grande école » des IEP. On peut augmenter les droits, mais faut-il le faire, tout au moins de cette façon saccadée ? Il me semble qu’un élément doit aussi être pris en compte, les débouchés sur le monde professionnel de nos étudiants sont désormais assez diversifiés pour qu’il n’y ait plus de norme salariale future à peu prés unique pour nos étudiants. Certains vont très bien gagner leur vie, d’autres moins bien (par exemple dans le secteur culturel ou dans le journalisme). Cela joue aussi sans doute beaucoup dans la perception du niveau des droits d’inscription par les étudiants.

      Pour le rôle de l’Europe dans tout cela, tu as assez raison. En même temps, tout le monde sait depuis longtemps que la France ne dépense pas assez pour son enseignement supérieur par tête d’étudiant. Ce n’est pas à mon sens une surprise. La volonté de se tenir au niveau européen impliquait de dépenser plus, et donc de trouver de nouvelles ressources (du côté des étudiants ou du côté des entreprises, sans doute pas du côté de l’État). Nous y sommes: donc maintenant qui paye?

  3. Il aurait été intéressant et peut-être un poil honnête de votre part de aussi vous positionner par rapport à cette hausse des frais. Notamment, votre position en commission paritaire permanente où là vous souteniez cette augmentation des droits de scolarité, qui arrivait si mes souvenirs sont bons « enfin » (sic). Doit-on y voir dans cet article un mea-culpa ?

    C’est le véritable problème de beaucoup d’enseignants membres du Conseil d’administration peu importe leurs collèges. J’ai honnêtement l’impression que peu d’enseignants ont conscience (et c’est un comble) de leurs rôles politiques. C’est aussi pour cette raison que bloquer les différents CA reste une nécessité absolue vu qu’il semble aujourd’hui impossible d’empêcher cette augmentation des frais à « la loyale », i.e. de refuser le budget 2014 et de trouver des solutions ensemble.

    Les élus UNEF/Fac Verte depuis 2010 essaient au maximum de lutter pour ne serait-ce se faire entendre et respecter pour leurs rôles politiques au sein du CA de l’IEP, il serait peut-être temps que les enseignants entament aussi ce processus pour que ce CA soit réellement porteur d’avenir.

    PS : pour répondre sur la modularité des droits dans les commentaires, cela mérite en effet un article.

    • @ Quentin Ariès : vous avez raison, j’aurais dû rappeler ma propre position « historique » vis-à-vis de tout cela (mais voir plus bas pourquoi je suis réticent à le faire).

      En fait, lors du vote du précédent budget à l’automne 2012, j’avais essayé sans aucun succès de faire passer le message au Conseil d’Administration qu’il fallait de toute façon augmenter les droits des étudiants en raison de l’inflation constatée sur les coûts rencontrés par l’IEP dans sa gestion courante (électricité, chauffage, fournitures, etc.). Même si l’on imagine de manière optimiste (irréaliste?) que l’État suive de son côté la même politique de couverture de l’inflation constatée (ce qui n’est pas le cas en pratique), il faudrait à mon sens de toute façon augmenter les frais de scolarité pour maintenir l’équilibre des finances (et l’apport relatif des frais d’inscription au budget). Je contestais donc frontalement, et sans doute maladroitement, l’illusion selon laquelle les droits d’inscription à l’IEP pourraient comme par miracle échapper à l’inflation des coûts; je plaidais donc pour que l’on ne promette pas aux étudiants, une fois de plus, un blocage des frais d’inscription irréalisable (même si l’État faisait de son côté à 100% son devoir de ce point de vue de l’inflation des coûts). En pratique, il aurait fallu calculer cette inflation des coûts en tenant compte des augmentations constatées : par exemple, le coût unitaire de l’énergie augmente beaucoup, pas beaucoup celui toujours unitaire des heures complémentaires.

      Plus généralement, je suis pour que l’on augmente régulièrement les frais d’inscription au moins pour tenir compte de cet aspect, et que l’on reparte sur des bases plus saines en évitant de faire des cycles : augmentation forte, blocage promis, blocage tenu, augmentation brutale pour rattraper l’inflation passée. Lorsque j’ai proposé cette mesure raisonnable à mes yeux et essentiellement conservatoire, la Direction tout comme les représentants étudiants de l’époque, la quasi unanimité du CA en fait, se sont accordés sur le mythe d’une possibilité de maintenir les frais d’inscription au même niveau. Du coup, je ne peux que constater qu’avec une augmentation proposé de 25%/40%, il n’y a pas eu de lissage dans le temps. Je suis donc opposé à une telle augmentation brutale, surtout si, en plus, la Direction est amené comme d’habitude à promettre qu’il s’agit de la dernière. La Der des ders, on vous le jure!

      Par ailleurs, il se trouve que l’État diminue fortement sa dotation à l’IEP (comme aux autres IEP d’ailleurs). Dans ce cadre, il faut à mon sens au moins obliger l’État à prendre ses responsabilités, et à officialiser que c’est bien lui qui choisit en fait d’obliger le Conseil d’administration à augmenter les frais d’inscription des étudiants. Que le Rectorat le fasse finalement signale au moins un désaccord avec une telle politique de restriction budgétaire indue à mes yeux: en quoi, en effet, les IEP ont-ils démérité particulièrement? Considère-t-on que les IEP sont une politique publique devenue inutile? Il faudrait nous le dire plus clairement dans ce cas.
      Par ailleurs, il me semble qu’il aurait fallu avant toute décision que étudiants, Direction pédagogique et administrative, et enseignants, se mettent vraiment d’accord sur les raisons de la crise financière de l’établissement et agissent en conséquence en rendant à chacun son dû. Comme vous le laissez entendre, ce n’est pas vraiment le cas.

      Pour ce qui concerne l’attitude des enseignants, je ne sais que vous dire, sinon que je n’ai nullement l’impression de parler pour d’autres que pour moi-même. Autrement dit, je parle en mon nom propre, et je n’ai pas le sentiment de « représenter » grand monde du côté enseignant. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je ne souhaitais pas dans mon post évoquer ma propre position sur le sujet, qui pourrait être prise pour un lecteur extérieur au CA comme représentative de tout ou partie de l’opinion du très divers corps enseignant de l’IEP. Il est d’ailleurs extrêmement probable, voire certain, que je ne candidate pas lors de l’élection des nouveaux membres du CA qui devrait se faire dans les mois qui viennent.

      Pour finir, pour la modulation des frais, j’aurais tendance à avoir l’intuition qu’elle constitue la condition permissive à l’augmentation forte des frais d’inscription, mais il faudrait que je creuse le sujet plus avant.

      J’espère avoir clarifié ma position, mais je reste à votre disposition pour expliciter encore mon point de vue.

  4. Bonjour,
    Vous êtes élu au CA mais vous avez le sentiment de ne représenter personne d’autre que vous même ? Ca c’est tordant. Vous croyez que c’est pareil pour nos élus, à l’assemblée, dans les communes etc. ? Ca expliquerait tellement de choses…
    C’est vraiment n’importe quoi. D’ailleurs la preuve que vous représentez les membres de votre collège, c’est que votre raisonnement pour la hausse, vous le faites en fonction de ce que vous pensez de l’intérêt général de votre institution d’un point de vue de membre de cette institution, même si d’autres pourraient faire un autre autre raisonnement. Vous n’avez pas dit que vous pensiez que la hausse des frais d’inscription était nécessaire pour que vous puissiez vous acheter une plus grosse voiture, ou une meilleure chaîne hi-fi.
    ou alors, n’étant pas politiste, je n’ai rien compris à la démocratie représentative. Je pensais bêtement que les élus étaient des représentants des membres du corps électoral. Et que comme il est impossible matériellement de savoir exactement ce que veulent individuellement ces membres, un élu doit les représenter en cherchant à agir selon ce qu’il peut rationnellement se figurer être l’intérêt général dans des circonstances particulières.
    Vous n’êtes peut-être pas syndiqué (ou si ?), certes vous n’êtes pas homme politique, mais au CA, vous êtes un représentant du corps enseignant. Et je ne trouve pas aberrant pour un élu d’expliquer son vote, je ne vois pas en quoi ça risquerait de faire croire que tout le monde dans le même collège pense comme vous. Ca nous montre juste comment vous, en tant que représentant, vous avez situé l’intérêt général dans les circonstances données.

    • @ erikantoine : vous avez entièrement raison de souligner que j’ai des idées de nature générale pour l’IEP, ce qui fait de moi un bon représentant, classique en ce sens; par contre, je vous redis mon sentiment de ne pas être représentatif (au sens de pas en ligne avec le sentiment dominant des enseignants).

      En effet, pour vous répondre plus avant, il faudrait pouvoir entrer dans les détails d’interaction entre mes collègues de l’IEP et moi-même au fil des mois et des années. Vu la taille réduite de l’institution (nombre d’élus/nombre d’électeurs) qui permet des interactions répétées entre personnes concernées, contrairement à un homme ou à une femme politique qui peut s’illusionner sur sa représentativité, je ne peux pas entretenir une telle illusion. Un petit détail illustratif : je ne comprends toujours pas pourquoi l’IEP de Grenoble ne rejoint pas le concours commun des six IEP de province, et veut absolument maintenir un axe transversal avec l’IEP de Bordeaux; de fait, il semble que je sois sur ce point très minoritaire, puisque les directions passent et cette option demeure. Je pourrais aussi faire comme beaucoup d’hommes ou de femmes politiques, mesurant bien l’écart entre leurs idées et celles de leurs mandants, qui font de la « pédagogie » pour combler l’écart ou passent en force (au choix), mais, en l’occurrence, je ne saurais avoir la prétention – sauf à délirer sérieusement – d’imposer mes vues particulières aux collègues. A dire vrai, je n’étais pas très allant pour assumer un mandat au CA, et j’ai cédé à la pression de certains collègues pour aller siéger dans cette enceinte qui, le plus souvent, ne fait que valider les décisions proposées par la Direction. Pour les affaires de l’IEP, une fois mon mandat achevé en janvier, je vais entrer dans ce qu’une sociologue allemande a décrit en son temps dans la « spirale du silence ».

  5. @ erikantoine
    Ah, enfin une bonne vieille analyse trotsko-marxiste ! ça nous manquait un peu. Du temps où j’étais étudiant, on en faisait si souvent que ça en paraissait presque naturel. « D’où parles-tu, camarades ? » C’était la question qui tue. Imaginer que les élus (surtout grassement bourgeois, n’est-ce pas Christophe?) puissent avoir un tantinet d’autonomie et de liberté personnelle, mais vous n’y pensez pas sérieusement, voyons ! Camarade professeur-bourgeois, tu ne peux représenter ceux de ta classe/caste, que tu le veuilles ou non. D’ailleurs, on t’a bien vu, inutile de le nier : tu rigolais tantôt avec le directeur et il te tapait sur l’épaule, copain comme cochon !

    PS : cela dit Christophe, ne PARS pas ! Il faut des gens comme toi au CA, notre dernier trublion de service. Qu’il en reste au moins un. Enclenche plutôt la spirale de la révolte ! Sors ton bazooka et dégomme-moi tout ça, tel notre Rambo de science po ! Allez, feu !

    • Je suis assez d’accord avec Vince38 pour que ta voix continue de se faire entendre au CA. L’unanimité n’est pas nécessairement un signe de bonne santé démocratique…

      • @ Emmanuel T. et vince38 : je vous remercie tous deux de votre soutien, mais, de fait, je ne vois pas ce qu’une voix minoritaire peut faire dans un tel CA… Cela ne date pas d’hier, le CA suit toujours la direction de l’heure dans ses bonnes et ses moins bonnes orientations. Le même CA (dans la même composition) avait refusé l’augmentation limitée des frais d’inscription que je suggérais en décembre 2012, et vote une sévère augmentation en janvier 2014. J’avais déjà vécu ce genre de revirement à la mode girouette lors de mon précédent passage comme élu au CA sur d’autres sujets. Être au CA pour un enseignant-chercheur n’a à mon avis de sens que si l’on y investit beaucoup afin de se préparer soi-même à prendre à terme le pouvoir dans l’institution en en étudiant tous les rouages; comme ce n’est nullement mon cas, n’ayant nulle envie ni ambition en ce sens, je m’écarterais donc définitivement, tout en expliquant toutefois mon choix aux collègues (qui, pour la plupart, s’en moquent sans doute royalement des états d’âme du sieur B.).

      • Ah, je sens « l’à-quoi-bonisme » poindre… Or, je pense qu’un CA est précisément l’endroit où il ne faut pas avoir d’états d’âme, surtout si on n’a pas d’agenda politique. Et surtout si les CA ont tendance à devenir des CA-godillots.
        Un membre, ou quelques membres, peuvent tout à fait jouer les « lanceurs d’alerte », ou porter une opinion dissidente qui, comme dans d’autres instances, pourrait devenir la position dominante quelques années après.
        Je te renouvelle donc mon soutien. Et si je le pouvais, siégerais avec toi.

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