Une élection européenne? Où ça une élection européenne?

A mesure que nous nous rapprochons du jour de l’élection européenne, fixé en France le dimanche 25 mai 2014, on voit se déployer tout le cérémonial médiatique qui préside à la campagne électorale en pareille circonstance. Les journaux, radios, télévisions s’intéressent donc enfin à l’Europe, et en réexpliquent les bases au grand public.

Le Président de la République, F. Hollande vient lui-même de livrer au Monde une tribune électorale, « L’Europe que je veux », dont la banalité, la maladresse du propos et les contradictions sont foison. La prétention à incarner une « Europe de la volonté », alors même qu’à peine élu Président, F. Hollande, a renoncé à renégocier le traité signé par N. Sarkozy au nom de la France, alors qu’il aurait pu s’appuyer alors sur la souveraineté populaire qui venait de l’investir, peut faire sourire de la part d’un Président au plus bas dans les sondages d’opinion, et sans doute bien incapable de faire valider par les Français quelque choix européen d’importance que ce soit via un référendum. Il aurait mieux fait de parler pour décrire son attitude de l’Europe de la ténacité, ou même l’Europe de la résilience. De même, la mise en écho dans le texte du vieux slogan du Front national (« La France, tu l’aimes ou tu la quittes. »), par la formule présidentielle, (les Français sont) « Libres de choisir l’Europe ou de la quitter », me parait quelque peu maladroite en ce qu’elle contredit l’autre ligne de la tribune qui affirme plus classiquement la capacité à changer l’Europe telle qu’elle est.

Par ailleurs, je ne suis pas sûr non plus que cela soit de si bonne politique  que d’admettre la longue litanie des défauts de fonctionnement de l’Union européenne telle qu’elle est, de faire du Laurent Wauquiez en somme, tout en siégeant soi-même depuis deux ans au sommet de cette dernière, via le Conseil européen, et sans jamais s’être vraiment fait remarquer dans le concert européen pour des actes de rupture avec l’existant. Au moins un David Cameron, lui, peut revendiquer quelques actes à son actif pour crédibiliser ce genre de discours de mécontent de l’intérieur, qui aimerait changer bien des choses, discours tenu afin de lutter contre ses propres méchants eurosceptiques de l’UKIP. Et puis, il y a cette fin de discours : « La France veut plus que le progrès de l’Europe. Elle veut l’Europe du progrès. » C’est le summum de la banalité, presque une envolée lyrique à deux francs six sous telle que je la pratique parfois devant mes étudiants pour me moquer du creux des discours politique le plus convenus : y a-t-il un seul politicien européen qui ne déclare pas  vouloir très officiellement l’Europe du progrès?

Ce n’est sans doute pas avec ce genre de perles qu’on arrivera à intéresser l’électeur à cette campagne européenne. Il reste cependant un espoir.  Comme le lecteur informé le sait sans doute, nous devrions en principe assister à la première vraie élection ressentie comme européenne, puisque, pour la première fois, toutes les grandes forces politiques paneuropéennes (PSE, PPE, ALDE, PGE, Verts) présentent leur candidat pour la Présidence de la Commission. Encore faudrait-il pour que le show fonctionne que les électeurs comprennent l’importance même du poste qu’il s’agit de mettre ainsi en compétition électorale et de soumettre à leur verdict. Or j’ai trouvé dans un sondage paru récemment un  indice que cette importance même du poste ne va pas sans doute pas du tout de soi pour la majorité des électeurs : effectué par Louis Harris Interactive début mai 2014, ce sondage indique que 68% des sondés ne connaissent pas le nom de l’actuel Président de la Commission européenne, pour 26% qui citent spontanément son nom. Or, rappelons-le, José-Manuel Barroso finit tout de même son second mandat  de cinq ans à la tête de cette Commission, et on ne peut pas dire que la période 2004-2014 ait été exempte de crises où  l’Union européenne n’aurait pas été au centre de la scène. De quoi a-t-on parlé sinon de crise(s) européenne(s) depuis des années? Si le sondage (fait en ligne, 1600 répondants, méthode des quotas) n’a pas un biais majeur que je ne m’explique pas en faveur des citoyens mal-comprenant qui n’ont vraiment pas suivi l’actualité mais qui daignent pourtant répondre sur Internet aux sondeurs, on entrevoit  la difficulté qu’il peut y avoir à intéresser les Français à l’élection européenne via la personnalisation de celle du Président de la Commission. Cela serait plus facile sans doute de leur proposer de voter pour élire le prochain Pape ou le prochain Président des États-Unis. On comprend aussi mieux la réticence (toute commerciale certes) de France 2 à retransmettre un débat entre les prétendants à un poste dont la plupart des Français ne savent même pas qui l’a occupé depuis 10 ans et sans doute à plus forte raison quelles prérogatives il implique.

Il est assez piquant aussi de voir que les sondeurs de Louis Harris font comme s’il y avait clairement une majorité de droite au Parlement européen sortant, et interrogent les Français en partant de cette prémisse. Ils peuvent ainsi remarquer que les Français se situant à gauche espèrent une majorité de gauche dans le nouveau Parlement. Il est vrai certes que la majorité numérique des députés européens sortants se trouve à droite (si on compte hormis le PPE et les libéraux de l’ALDE, tout ce qui se trouve à leur droite), mais, selon les données du site VoteWatchEurope, les majorités au  Parlement européen se font le plus souvent sur des majorités de « concentration européenne » ou de « troisième force » (façon IVème République française) (PPE+PSE, ou PPE+PSE+ALDE) (70%), quelquefois sur des majorités de droite (PPE+ALDE+divers droites) (15%), et quelquefois sur des majorités de gauche (PSE+écolo+PGE) (15%). La gauche (au sens au moins du PSE) n’est pas vraiment dans l’opposition à Bruxelles. Il faudrait aussi rappeler à ces braves électeurs plein d’espoir qu’en fait l’Union européenne (dans sa partie « communautaire ») fonctionne sur un principe bicaméral parfait, avec une Chambre des Etats (alias le Conseil des ministres ou le Conseil de l’Union européenne) en sus du Parlement européen, et que la majorité dans une seule Chambre ne peut emporter la décision finale qui résulte toujours d’un accord entre les deux Chambres (« codécision »).

En somme, tout le monde aura sans doute remarqué que la campagne électorale pour les européennes s’avère particulièrement courte, mais cela ne serait rien si l’information en amont de l’opinion publique avait été faite. Cette campagne européenne ressemble donc encore une fois à la préparation du bac par un mauvais lycéen qui s’y prend au dernier moment pour apprendre les bases, et qui voudrait en plus obtenir une mention.

Une réponse à “Une élection européenne? Où ça une élection européenne?

  1. On aurait presque envie de ne pas aller voter, n’est-ce pas ? Heureusement, il y a le Voteman danois pour nous convaincre. Quoi ? Vous ne connaissez pas le Voteman ? Le voici : https://www.youtube.com/watch?v=Sqr5JqxQpRc

    Plus sérieusement, je viens de découvrir votre blog, c’est une bonne surprise. Je le suivrai. Bonne continuation.

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