La Grande illusion

Cette semaine fut éprouvante, ce dimanche fut épuisant émotionnellement.

Comme sans doute la majorité des gens de ce pays, je suis bien sûr content du succès des manifestations de ce jour.  J’ai vu à Lyon, tout près de chez moi, la foule passer sur le Cours Gambetta. Sobre, presque silencieuse, très populaire. Un événement rare. J’ai même vu ma concierge et son mari accompagner une vieille dame de mon immeuble, presque incapable de marcher par ailleurs, jusqu’à la rue où passait l’immense cortège. Elle aussi aura ainsi pu participer.

Je sais que l’Association française de la science politique (AFSP) – l’association professionnelle des politistes – avait appelé à manifester, et qu’elle s’est félicitée de l’ampleur de cette démonstration de foi républicaine. Je la suis pleinement dans cette démarche.

En même temps, mon caractère pessimiste me rend inquiet pour l’avenir. Je ne cesse de  comparer en pensée cette journée  avec les suites de la Fête de la Fédération en 1790, des Trois Glorieuses de 1830, du 11 novembre 1918, des journées de mai-juin 1958. La fraternisation du peuple français, c’est merveilleux certes. Cela a fait avancer l’histoire vers le meilleur, pas de doute, mais cela finit parfois fort mal, du moins à court terme.

Cette journée me parait du coup pleine d’illusions. Une grande illusion. Comme le film de Jean Renoir.

D’abord, il y a cette confusion entre la lutte contre le terrorisme djihadiste international et la défense de la liberté d’expression au sens le plus fort du terme. La France comme État est sans doute bien obligé d’accepter cette ambiguïté pour mener sa lutte contre les djihadistes, mais cela fait mal de voir quelques dirigeants fort liberticides tout de même en matière de presse, des apprentis dictateurs en fait, venir à Paris partager cet événement, parce que nous partageons le même combat contre le djihadisme.

Ensuite, il y a ce rappel dans cette participation européenne à l’événement que l’Europe est bien autre chose que la seule vision économique que l’Union européenne privilégie. Matteo Renzi, le Président du Conseil italien, a eu quelque mots bien vus en français sur la nécessité d’une Europe qui aille au delà de ces aspects économiques, il a évoqué la politique et la culture. Il a rappelé, peut-être sans le savoir lui-même d’ailleurs, la vision fédéraliste de l’Europe née en Italie dans les années 1940, celle d’Altiero Spinelli. Si les dirigeants européens avaient suivi cette voie du vrai fédéralisme démocratique et non pas du simili-fédéralisme de l’Euro, nous n’en serions pas là.  En même temps, il faudrait désormais un miracle pour que cette vision « vétéro-fédéraliste », totalement malmenée par les choix politiques européens faits depuis 2010 – y compris par la personne qui manifestait au bras de François Hollande -, finisse par s’imposer.

Enfin, de loin le plus grave. Derrière ces masses inédites parait-il de manifestants, il y a la réalité d’un conflit entre habitants de ce pays. Peut-on blasphémer ou non à propos de  la religion musulmane? J’entendais sur une radio s’exprimer à ce propos un responsable associatif musulman du nord de la région parisienne, qui entendait manifester, mais qui refusait la possibilité du blasphème à l’encontre de sa religion. Ces dernières heures, il est facile de constater que certains responsables, dont le Premier Ministre lui-même, ou leaders d’opinion, tiennent, au moins indirectement, des propos allant clairement à l’encontre des vœux de ce responsable associatif. J’ai bien peur que cette immense foule qui a défilé s’avère majoritairement voltairienne, et que les dirigeants la suivent.  Quand j’ai vu que la revue Etudes, celle des Jésuites, a publié sur son site Internet, un post intitulé « Nous sommes Charlie », avec la reproduction de quelques caricatures bien senties du journal Charlie Hebdo contre les autorités catholiques, je me suis dit qu’ils mettaient – sans le vouloir? – du sel sur les plaies. En effet, si les représentants du plus « intellos » parmi les ordres religieux catholiques peuvent en arriver à ce degré de détachement face à ces dessins d’évidence blasphématoires, à trouver même une belle justification spirituelle à ce détachement (« C’est un signe de force que de pouvoir rire de certains traits de l’institution à laquelle nous appartenons, car c’est une manière de dire que ce à quoi nous sommes attachés est au-delà des formes toujours transitoires et imparfaites »), peut-on en exiger autant du simple croyant, qu’il soit catholique, juif, musulman ou autre? Ma grand-mère bigote (et catholique), si elle avait été encore de ce monde (elle est morte en 1980), n’aurait vraiment pas apprécié que je lise Charlie-Hebdo, et le journal aurait sans doute fini à la poubelle et moi avec une sévère réprimandes si elle m’avait surpris à le lire (lui ou son ancêtre). Du coup, je ne suis pas sûr que cette immense ferveur républicaine (que je partage, soyons honnête), n’apparaisse pas aux yeux d’une minorité (?) de musulmans de ce pays comme une insulte majeure à leur égard, une confirmation éclatante du mépris qu’ils soupçonnent que nous leur portons. Ce détachement et cette force morale qu’on exige des croyants musulmans, il faut se souvenir qu’il n’allait pas de soi pour la plupart des catholiques il y a encore un demi-siècle, même si le délit de blasphème a été aboli sous la Restauration.

Sur ces quelques mots, rappelons-le sans originalité : #jesuisCharlie.

17 réponses à “La Grande illusion

  1. J’apprécie ce commentaire, mais je ne suis en rien Charlie, pas plus djihadiste ou croisé (impérialiste occidental) -tout 3 comme biens d’autres porte-drapeau de leurs certitudes (pas croyance, car la croyance c’est aussi son corolaire, le doute) -… Je suis Nasser, Julie et Tchang… Je suis autant horrifié du terrorisme, que des réactions qu’il suscite, y compris les manifestations, il s’y exprime tant de certitudes (avec toutes les nuances qu’il se doit).
    Couchons nous!

    Décidément, le djihad occidental est le même que la croisade orientale. Il ne sont que le reflet l’un de l’autre et tous sont haineux. Ils appellent tous à écraser l’autre par la force. Couchons nous, écrasons-nous pour faire la paix et ne faisons pas la guerre en dressant des murs de haine. La paix nous appelle à nous coucher. Ceux qui appellent à se dresser sont tous, toujours et sans exception des ayatollahs sanguinaires. Aimez inconditionnellement est la seule manière de faire la paix. Renoncer à la violence, couchez-vous! (Voyez ceux rares, notamment Gandhi et Jésus, qui ont refusé d’être enfermés dans l’obscurantisme de leur naïveté dans laquelle, a contrario, se complaisent la multitude de ceux qui se prétende « réalistes »).

    Je reprends ci-après une intervention faite ailleurs:

    Bonjour,

    Les réaction contre mes propos (dans mes interventions sur les sites de presse) m’horrifient tant leurs haine et violence sont les mêmes que celles des poseurs de bombes. Le danger pour l’occident sont décidément uniquement (exclusivement) les occidentaux emplis de certitudes qui en leurs noms les renient. La liberté c’est justement n’avoir aucune certitude, n’avoir que de doutes et donc respecter les croyances – donc les doutes- des autres (ce que n’a jamais fait Charlie, empli lui aussi de certitudes).

    Je ne suis ni djihadiste, ni croisé, pas plus que Charlie. Je suis solidaire de tous les humains opprimés par les certitudes où qu’il soient à commencer avec ceux qui s’oppriment avec leur propres certitudes, et l’individu occidental est de ces derniers. Mais je ne suis en rien avec ceux (et les sociétés grandes ou petites dont la mienne la société occidentale) qui attisent la haine au nom de leur certitude (en particulier quand on les affirme universelles). Les certitudes sont par essence, toujours étroites, intolérantes, antidémocratiques, antihumanistes à l’inverse des croyances, donc du doute, qui sont, par définition relativistes donc démocratiques et humanistes.

    Les réactions occidentales massives (notamment des politiciens, de la presse grand-public et des manifestants) de ces derniers jours sont vraiment préoccupantes pour tout vrai démocrate humaniste. C’est réactions ne sont qu’exclusivement motivées par une peur irrationnelle (c’est leur seule justification effective), qui attise une soif de haine tout aussi irrationnelle. Cette haine qui nourri les intégristes violents de tout bord.

    Il est urgent de s’apaiser (faire la paix en soi) ; de baisser nos étendards ; de changer notre propre attitude, la seule sur laquelle nous pouvons agir ; de critiquer nos certitudes ; d’admettre ainsi que ce ne sont que des croyances et que nous devons douter d’elles ; de nous ouvrir aux croyances et doutes de l’autre. Il est urgent (essentiel, important, indispensable) d’accepter de s’altérer .Car l’échange, c’est la rencontre de l’alter ; c’est s’altérer ; c’est devenir autre . L’autre est donc soi-même.[*] Alors là nous agirons pour la paix. Et ce sera très efficace à l’inverse des rassemblements (Qui ne sont que contreproductif de ce qu’ils prétendent et affirment vouloir produire -comme toute action-) et des appels haineux et vengeurs ou des caricatures. Caricatures de Charlie toujours agressives sans nuance et sans critique réflexive de ce qu’elles signifient n’étant que l’affirmation des certitudes de leur auteur et de leur mépris pour les croyances des autres. Non je ne suis en rien Charlie.

    Je suis Nasser, Julie et Tchang… je ne suis ni djihadiste, ni croisé et en rien Charlie.

    [*]Cet autre que je suis et qui n’est plus celui que j’étais et qui sera autre de cet autre que je suis et ai été. Cet autre que je ne suis qu’en cet instant et pour lequel, j’ai été et je serai autres dans tous les autres instants.

    • @ Olivier Montulet : votre attitude de doute radical et d’appel à la non-violence absolue est respectable.

      Malheureusement, il y a des circonstances où l’autre a déjà agi et où il faut réagir. Sauver sa peau en somme. Comme dirait le philosophe Hobbes, aucun homme ne peut renoncer à son droit à la vie et dispose de la liberté naturelle et inconditionnelle de la défendre.

      Par ailleurs, si, par une suite de circonstances inimaginables, les forces politiques qui ont inspiré les actes de la semaine dernière régnaient sur le monde, ne doutez pas (sic) que vous n’auriez pas même le droit de penser, même au plus profond de votre for intérieur, que leurs idées ne sont que croyances incertaines. C’est justement là leur fixation particulière, vouloir que tout le monde pense comme eux. De fait, il existe des conditions extérieures, objectives, à la possibilité même de votre détachement impliqué, mais j’admets aisément qu’il faut essayer de se garder de soi-même, par exemple en évitant d’utiliser de manière erronée un vocabulaire vague et simplificateur pour désigner son agresseur (« des barbares », « des terroristes », des « fous », etc.)

  2. C’est curieux que vous évoquiez 1790, 1830, 1918, 1958 et pas le 11 septembre 2001. Juste après les attentats, il y avait eu aussi un grand mouvement de solidarité envers les USA. Je me souviens avoir fait une minute de silence, et le chanteur Renaud avait chanté « Manhattan Kaboul ». Cela s’est terminé avec le Patriot Act et des guerres en Afghanistan et en Irak. Je ne pense pas que cela finira aussi mal en France, cela dit.

    • @ Albert : je n’ai pas évoqué l’après 11 septembre 2001, parce qu’il ne s’agissait alors que de montrer sa solidarité avec le pays attaqué, les Etats-Unis. Dans le cas présent, c’est la France, qui est le pays attaqué, et auprès duquel les autres représentants des autres pays viennent montrer leur solidarité au plus haut niveau (sauf les Etats-Unis qui ont trouvé trop compliqué de le faire). Ce que j’aurais aussi pu citer, c’est la victoire de la France à la coupe du monde de football en 1998, la « France black, blanc, beur »… qui nous amène par quelques détours où nous en sommes actuellement.

  3. C’est toute la question du sacré. On voit bien que les sociétés européennes ont détruit, ou du moins déplacé le sacré. Il a quitté la sphère religieuse pour se réfugier dans d’autres domaines (les droits de l’homme, la vie, la liberté, l’autonomie de chacun). Pour les minorités religieuses comme l’islam, ce n’est pas le cas. C’est une composante du clash des civilisations, mais qu’y pouvons-nous ? Avons-nous d’autres options que d’aller dans le mur ?

    #jesuischarlie (et aussi un flic, et aussi un juif)

  4. Charlie-Hebdo est mort. Vive Charlie-Hebdo.
    Vous excuserez (peut-être) mon humour noir sachant que Charlie-Hebdo en usait et en abusait…
    En tout cas, vous connaissez ce journal. Vous savez qu’à coté de dessins à vocation humoristique relativement gentils, on en trouve d’autres probablement tout aussi gentils mais qui donnent une image pour le moins arriérée, ridicule et dégradante de l’islam, ainsi que du christianisme et du judaïsme, lorsque bien sûr la religion est le sujet des dessins en question.
    Même le Canard Enchaîné n’en publie pas de pareils.
    Des dessins parfois tellement obscènes que si je les décrivais dans un commentaire, vous le supprimeriez probablement.
    Grâce à Dieu, les articles du journal ont un peu plus de tenue. Ils n’en affichent pas moins un mépris certain pour tout ceux qui n’adhèrent pas à la morale Charlie-Hebdo, une morale d’ailleurs assez amusante qui s’offusque de la nudité des femmes dans la publicité, mais qui approuve sans réserve les œuvres d’art à caractère pédophile…
    Bien évidemment, ce n’est pas une raison pour décimer l’équipe de rédaction de Charlie-Hebdo, mais cela peut expliquer pourquoi certains individus n’ayant pas correctement assimilé les valeurs républicaines françaises expriment leur haine du mépris français (en l’occurrence celui de Charlie-Hebdo) de façon particulièrement violente.

    Toute proportion gardée, votre blog peut se comparer à une petite république dont vous êtes le président et où tout un chacun peut librement venir et librement s’exprimer.
    Pourtant, si je m’exprimais avec une vulgarité comparable à celle des dessins de Charlie-Hebdo, il y a de fortes chances pour que vous me priviez de ma liberté d’expression sur votre blog (et vous auriez entièrement raison). Vous supprimeriez mes propos vulgaires et peut-être même vous m’interdiriez l’accès à votre blog. Certes, vous ne me tueriez pas, mais le résultat serait le même : je ne pourrais plus m’exprimer sur votre blog, et personne n’en serait ému, pas même moi.
    A l’échelle nationale, il est par contre impossible d’imposer un quelconque degré de respect et de bienséance à Charlie-Hebdo de façon juridique et légale.
    Même si les frères Kouachi avaient porté plainte pour outrage ou insulte au lieu de sombrer dans le terrorisme, cela n’aurait eu aucun aboutissement, et Charlie-Hebdo aurait continué à afficher son mépris de l’islam – tout comme il va continuer à le faire une fois son équipe de rédaction reconstituée.
    Si personne n’y met du sien, on n’est pas près de sortir de l’auberge (française)…

    • @ Eric Jean : votre analogie avec mon propre blog est intéressante. Une des raisons de tout ce chaos montant est entre autre le fait que la terre entière, par le biais d’internet, devient un seul blog si j’ose dire. Jadis, ce qui était dit en public dans un pays, ou simplement une région, transparaissait finalement assez peu dans les autres pays ou régions. Aujourd’hui, tous les connectés à la toile peuvent potentiellement être au courant de ce qui a été dit, et cela en plus instantanément. Le partage territorial de la liberté de tenir des propos incompatibles ne se fait plus. Ce n’est pas complètement un hasard que le drame éclate à propos de dessins, faciles à comprendre par tout le monde, plus que par des écrits. Avec le probable perfectionnement de la traduction automatique, la rigolade générale va sans doute s’accentuer… Il va bien falloir accepter que chacun puisse dire dans son petit coin territorial de la terre ce qui lui plait, ou alors, il faudra aller à terme vers l« État (absolutiste) mondial » qui mettra un terme à ses échanges que la Raison seule ne peut réguler. (Mon analogie avec la montée de l’absolutisme en France après nos propres guerres de religion n’est pas très réjouissante, il a fallu près un bon siècle pour que cela se décante…)

      • À vrai dire, il y a déjà des sites de très (très) libre expression, qui ont pour moi depuis longtemps remplacé le rôle salutairement subversif qu’entend(ait) jouer Charlie Hebdo. Un site comme 4chan permet par exemple à n’importe qui de laisser anonymement presque n’importe quoi sur des pages qui disparaissent après quelques heures sans qu’aucune archive ne soit réalisée, ce qui donne aux internautes une liberté de ton quasi totale. Deux heures à peine après les attentats on pouvait déjà trouver des détournement d’image de très mauvais goût, mais parfois aussi très drôles des images des terroristes sur le boulevard Richard Lenoir.
        Et d’une manière générale, je ne pense pas que l’on aille à terme vers un État absolutiste mondial. Par exemple, pendant que les médias traditionnels débattent (encore une fois!) pour savoir s’il faut ou non publier des caricatures de Mahomet, on peut trouver le nouveau Charlie Hebdo gratuitement en un clique sur internet.

    • @EricJean: Votre analogie avec le blog est « amusante » vu que la culture voltairienne, anti-cléricale, qui fait le substrat de Charlie Hebdo y est vue comme un élément extérieur alors que la culture insultée (ici musulmane, mais cela pourrait être toute autre religion, vu le passé de Charlie avec le catholicisme par exemple) y est vue comme la tenancière et maîtresse des lieux. Un peu comme si la vraie France était l’Arabie Saoudite ou la France d’Ancien Régime. Encore plus « amusant » car paradoxal, vous rappelez à la fin que la loi de la France républicaine est du côté de Charlie Hebdo et non des religieux qui se sentent insultés. Pour reprendre votre analogie et la modifiez un peu pour qu’elle cadre avec la réalité, ne serait-ce pas plutôt comme si vous veniez sur ce blog qui a autorisé un commentaire qui a insulté vos croyances et que pour cette raison vous y foutiez le bordel? Le tenancier du blog se retrouverait dans cette situation si vous ne vous calmez pas alors: soit vous expulser du blog, soit censurer les commentaires jugés insultants par vous (mais pas par le tenancier). La deuxième solution, bien que pacifiant peut-être (j’en doute) la situation, reviendrait pour le maître des lieux à de facto ne plus être maître chez lui.

      Que l’on puisse en venir à vouloir se coucher immédiatement (pour reprendre les termes d’un commentaire plus haut) dès que quelqu’un vous met une baffe ou à confondre qui est à bon droit maître des lieux et qui ne l’est pas, me laisse perplexe sur l’état d’esprit de certains.

      A part ça, je ne suis pas Charlie. Je n’aime pas leur ligne éditoriale depuis que Val est passé par là.

      • @ MonPseudo
        Nous avons au moins un point commun : moi non plus « je n’aime pas leur ligne éditoriale ».

        Charlie-Hebdo n’est pas dans une logique de paix avec la religion.
        Pour ce journal, la religion est un obscurantisme, un ennemi même si elle a une forme modérée, une arnaque qu’il faut combattre par tous les moyens, même les plus obscènes.
        Certes, selon un post intitulé « Nous sommes Charlie », les jésuites rigolent quand ils lisent Charlie-Hebdo.
        Peut-être rêvez-vous d’une société idéale où tout un chacun ferait preuve de la même tolérance et du même détachement que les jésuites ?
        Malheureusement, la tuerie du 07 janvier semble indiquer que cette société idéale est impossible.

        Au nom de la liberté d’expression et de la liberté de la presse, Charlie-Hebdo va donc continuer à prêcher son espèce de guerre idéologique contre la religion. C’est d’ailleurs son principal fond de commerce.
        En fait, Charlie-Hebdo est le pendant de l’islam radical qui, lui, prêche la guerre contre les ennemis de la religion.
        D’une certaine façon, soutenir Charlie-Hebdo, c’est aussi soutenir l’islam radical.
        Le « tenancier du blog » (comme vous dites) n’a pas forcément tort quand il craint « que cette immense ferveur républicaine (…) n’apparaisse pas aux yeux d’une minorité (?) de musulmans de ce pays comme une insulte majeure à leur égard, une confirmation éclatante du mépris qu’ils soupçonnent que nous leur portons »…

      • @EricJean: Ce que je n’aimais pas dans la nouvelle ligne éditoriale, c’était leur côté « libéralo-atlantiste ». Charlie Hebdo a toujours été anti-religion et c’est ce qui me plaisait.
        J’espère n’avoir aucun point commun avec quelqu’un qui met sur le même plan des moqueries graphiques et des assassinats de masse.

  5. Un peu de contexte sur la manifestation des chefs d’États et de gouvernements, y compris les plus ‘borderline’. Il aurait été difficile pour Hollande d’avoir des invitations sélections avec des alliés traditionnels ou des membres de l’UE. Hollande était contraint et forcé d’inviter les membres de l’UE, du Conseil de l’Europe, mais aussi de l’OTAN. Les refuser, malheureusement aurait été impossible vu que les agendas politiques nationaux et internationaux ont toujours du mal à se synchroniser en termes de valeurs ou d’éthique.
    On apprend aussi que Benyamin Nétanyahou s’est tout simplement invité, histoire de faire les gros titres en pleine élection où il adore paraître pour le plus raisonnable dans ces coalitions gouvernementales. Mais c’est une bonne opportunité de voir sur un même cliché, le premier ministre israélien avec le Président de l’Autorité palestinienne (invité d’ailleurs pour contrebalancer).
    Quant aux conséquences européennes, sinon eurocratiques, il est quand même assez sain de voir qu’il y a du mouvement pour sortir des débats (qui n’avancent à rien) sur l’euro. Si il en ressort une meilleure coopération policière (qui est une coquille vide actuellement), possible avec l’architecture de Schengen, cela montrera que les frontières ont finalement peu de sens dans la logique du terrorisme (et en ont finalement rarement eu de réelles significations).
    Sinon, pour info, hier sont sortis les nouvelles règles de la flexibilité budgétaire. http://ec.europa.eu/economy_finance/economic_governance/sgp/pdf/2015-01-13_communication_sgp_flexibility_guidelines_en.pdf Comme quoi, il ne faut jamais désespérer.

    • @ Quentin : oui, il était diplomatiquement impossible à la France de refuser la présence de certains. Je voulais simplement souligner que le système d’alliance contre le djihadisme et celui correspondant à la défense de la liberté d’expression (pour autant que ce second système existe…) ne coïncident pas vraiment (euphémisme). Je sais bien qu’il s’agit de relations internationales. S’allier avec le diable pour battre Belzébuth, c’est un très vieux problème des relations internationales, mais qui en engendre presque systématiquement d’autres. Si j’ose dire, c’est parce que nos joyeux drilles d’alliés américains ont cru bon de sponsoriser les ancêtres des djihadistes actuels pour contrer l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979 que nous en sommes arrivés là.

      Vous avez raison, ces attentats sont une belle fenêtre d’opportunité pour la coopération policière en Europe, d’ailleurs après le 11 septembre 2001, le « mandat d’arrêt européen » fut mis à l’agenda et adopté.

      Sur les règles de flexibilité budgétaire, j’ai vu cela aussi. J’ai vu que Gianni Pitella, le leader du groupe PSE, attribue la responsabilité de ce choix au PSE. Il reste le problème des délais entre cette première décision et le jour où on embauche des gens pour réaliser ces projets liés à la nouvelle flexibilité budgétaire. Mon pari personnel, c’est que la baisse simultanée de l’Euro sur les marchés des changes et du pétrole et des taux d’intérêt à zéro (ou presque) vont être beaucoup plus efficace que tout cela pour relancer la croissance (via les exportations et la consommation des ménages).

  6. Monsieur Bouillaud,

    Je ne sais pas si vous avez eu l’occasion d’entendre l’émission « les pieds sur terre » de France Culture, datée du 19 janvier 2015. Elle illustrait en partie ce que vous écriviez dans le dernier paragraphe de ce billet.

    C’était une série d’entretiens menée au lycée de Châteauroux dans lequel a eu lieu le passage à tabac d’un élève par trois autres suite à un débat sur les attentats, entre élèves sur les réseaux sociaux. Ce fait a été évoqué dans de nombreux médias, pour illustrer que de nombreux jeunes « n’étaient pas Charlie. »

    En fait, ce qui est intéressant, c’est que la parole a également été donnée aux camarades de classe des agresseurs, en 2nde maintenance industrielle, l’agressé étant en 2nde générale. Ca n’illustre que partiellement ce que vous écriviez. Car le clivage que les différents entretiens dévoilent peu à peu ne sont religieux que par la bande.
    Ce qui apparaît, ce sont surtout les clivages scolaires et résidentielles (les deux termes du clivage se recoupant, selon ce qu’on entend du reportage, quasi-parfaitement) dans ce lycée entre élèves de filière professionnelle venant des cités avoisinantes, et élèves de filière générale venant d’un environnement plus pavillonnaire.

    Et sous l’arbitrage des quelques adultes interrogés (professeur principal de la filière pro, proviseurs), ce qui apparaît c’est le hiatus entre deux jeunesses.
    Une jeunesse HLM scolairement déqualifiée (qu’on suppose largement immigrée à l’écoute du reportage) plus pauvre dans ses outils d’expression dont on comprend qu’elle perçoit la liberté d’expression surtout comme la liberté pour les autres de se payer leur tronche, et donc l’espace public comme un risque (le passage sur la honte de sortir en cour de récréation en bleu de travail est particulièrement parlant à ce sujet).
    Et une jeunesse encore dans les filières « mainstream », plus aisée, et dont le mépris social perce par occasion (le moment où ils dénoncent l’immaturité et l’échec scolaire des bacs pro, et répondent à la journaliste qui souligne le lien peut-être avec la différence d’origine sociale et de « facilités de vie », que ça n’a pas de lien direct car « quand on veut on peut », est assez glaçant).

    Enfin bref, moi aussi je me demande si on n’a pas une unité nationale dans l’espace public… que parce que l’espace public n’offre le crachoir qu’à des gagnants de la mondialisation.

    Donc si vous ou un de vos lecteurs a 28 minutes à perdre, cette émission est un bon moyen de les perdre: http://www.franceculture.fr/emission-les-pieds-sur-terre-au-lycee-blaise-pascal-de-chateauroux-2015-01-19

  7. En fait, à peine le commentaire précédent posté, j’en poursuivais en quelque sorte intérieurement l’élaboration, et je me permets d’approfondir mon propos.
    Omettons volontairement de considérer l’inégalité d’accès à l’espace d’expression publique entre les classes sociales, et donc la possibilité d’accès à l’espace public de ses intérêts, représentations du monde et modes de vie (impasse déjà considérable).
    Même dans un espace de débat public ainsi idéalisé, la liberté d’expression entre des gens ayant des ressources scolaires, culturelles, intellectuelles aussi différenciées, et donc des capacités à proposer une élaboration de leurs intérêts matériels et moraux maquillée finement aux couleurs de l’intérêt général aussi diverses, la liberté d’expression dans ce contexte donc ne peut-elle pas être in fine légitimement perçue par les classes défavorisées, pour user d’une métaphore un peu élimée, comme « la liberté du renard libre dans le poulailler libre »?

    Pour finir, et comme un hommage à la légère noirceur désabusée qui est un des éléments de ligne éditoriale de ce blog (que j’apprécie beaucoup, ce n’est pas une critique), l’une des conséquences d’une certaine défaite de l’école républicaine n’est-elle pas la grande difficulté à maintenir un espace de débat public dont (au moins) le principe fasse consensus?

    • @ ADL : ces questions d’accès à l’espace public légitime sont bien sûr très importantes. Les historiens ont montré que la parole ouvrière n’alla pas de soi jadis. Elle fut un long combat. Aujourd’hui, on retrouve la même problématique pour les jeunes des classes populaires, renforcée sans doute par la marchandisation de cette même parole populaire par certains médias visant « les jeunes » qui en accentue l’isolement vis-à-vis du reste de la société.

  8. ADL, bonne question « la grande difficulté à maintenir un espace de débat public dont (au moins) le principe fasse consensus » »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s