L’Union européenne, cette copropriété en difficulté…

La lettre signés vendredi soir 20 février 2015 entre le gouvernement grec d’Alexis Tsipras et les autres pays de la zone Euro rend encore plus évident, s’il en était encore besoin, les apories auxquelles la « construction européenne » se heurte de plus en plus.

Le gouvernement grec a accepté de continuer à respecter le cadre général de la tutelle que le pays subit depuis 2010 en contrepartie de l’aide que les autres pays de l’Eurozone, le FMI et la BCE lui allouent. Il doit proposer lundi 22 février une liste de « réformes structurelles » que ses créanciers doivent agréer ensuite, afin que le pays et ses banques aient accès à des liquidités suffisantes pour ne pas faire faillite et pour refinancer les dettes de la Grèce.  En vertu de cet accord qui prolonge de fait le plan de sauvetage de 2012, un délais de quatre mois (et non de six) a été négocié pour que le gouvernement grec propose autre chose que la politique économique choisie jusqu’ici, mais, d’ici là, il doit respecter comme avant les consignes agréées par ses partenaires. En échange, il reçoit le droit de faire un tout petit plus de dépenses publiques en 2015 que prévu initialement (et encore à condition que les impôts et taxes rentrent comme prévu), ce qui devrait lui permettre de répondre aux urgences sociales les plus pressantes.

L’interprétation de ce résultat diffère selon les commentateurs. Certains libéraux, comme Eric Le Boucher, y voient, avec un plaisir non dissimulé, la défaite sans appel du populisme de Syriza. L‘économiste Jacques Sapir – pour une fois optimiste! – y voit plutôt un bon début de partie pour le Ministre grec de l’économie, Yanis Varoufakis, sans que rien ne soit acquis. Le journaliste de la Tribune, Romaric Godin, pense qu’il s’agit d’un match nul, ou d’une courte défaite pour le côté grec, ce qui vu les circonstances (les humiliations subies depuis 2010) constitue une victoire morale pour la partie grecque. La détermination du vainqueur de la confrontation fait pleinement partie du jeu : vendredi soir, lors de sa conférence de presse, pour signifier sa victoire, le Ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a déclaré que l’accord serait « difficile à vendre à l’électorat grec » – autant dire que le Ministre allemand aimerait bien que l’accord échoue et qu’il provoque la chute du gouvernement Syriza-ANEL. La réaction de ce jour du vieux résistant grec, Manolis Glezos, devenu eurodéputé Syriza, parlant de trahison par les négociateurs grecs des demandes populaires exprimées par l’élection du 25 janvier 2015, va largement dans le sens de ce qu’anticipait avec délectation le très conservateur W. Schäuble. Il est possible cependant que le fait même que le dit Ministre allemand souhaite un tel développement contribue à l’arrêter, et atteste de la victoire grecque. Plus généralement, dans toute l’Union européenne, il y a ceux qui espèrent dans le succès du gouvernement Tsipras et ceux qui en font des cauchemars. Dans une perspective plus pessimiste (ou simplement plus financière), on peut aussi interpréter ce qui est en train de se passer comme un vaste jeu de « blame avoidance » : la sortie de la Grèce de la zone Euro se trouve en fait inévitable (ce que pense un J. Sapir par ailleurs), mais ni le gouvernement grec ni ses partenaires ne veulent endosser la responsabilité ultime de cet événement (« Grexit »), l’accord servirait du coup simplement à en repousser le moment, et surtout à essayer des deux côtés à rejeter le moment venu la faute sur l’autre.

Au delà de ces considérations immédiates, l’accord du vendredi 20 février, à la fois dans sa négociation et son résultat, illustre à mon sens encore une fois cette double aporie de la zone Euro : la sortie pour un pays est impossible; la solidarité entre habitants des différents pays y est inexistante.

Premier point. Comme l’ont fait remarquer rapidement les commentateurs, la faiblesse de la partie grecque dans les négociations tient au fait que le gouvernement Tsipras n’a pas été élu pour faire sortir le pays de la zone Euro. De ce fait, il ne peut menacer ses partenaires de faire faillite sur l’ensemble de sa dette, et il ne peut utiliser la Banque centrale de Grèce pour se financer (au moins temporairement). Cette absence de volonté de quitter la zone Euro correspond avant tout à une crainte dûment exprimée comme telle par une majorité d’électeurs grecs. Les votants du 25 janvier auraient pu s’exprimer en faveur des partis qui proposaient ce choix de l’exit, ils ne l’ont pas fait. Du coup, le gouvernement grec est mandaté pour rester dans la zone Euro, et c’est d’ailleurs ce qu’a annoncé avant la négociation le nouveau Ministre grec de l’économie. Il a même tissé des louanges au projet européen, et il a dit lui-même qu’il ne savait pas ce qui se passerait en cas de « Grexit » – manière élégante de dire qu’il voyait se profiler l’apocalypse à cette occasion.

Faute de cette solution du « Grexit », refusée par la population grecque (pour des raisons à expliquer par ailleurs), les nouveaux gouvernants grecs comme les anciens et sans doute les suivants sont contraints de passer par les fourches caudines de leurs partenaires pour boucler leurs fins de mois. L’accord signé vendredi soir réitère ainsi que la Grèce doit payer tout ce qu’elle doit à ses partenaires européens, à la BCE et au FMI. C’est selon l’avis de la plupart des économistes impossible – sauf miracle économique jamais vu pour un tel pays -, mais il faut faire continuer à faire semblant que cela l’est, pour avoir droit à une aide supplémentaire. Il faut du coup continuer à dégager un excédent primaire du budget pour pouvoir rembourser. Cette condition s’avère d’ailleurs d’une logique imparable : vous ne pouvez prêter une somme à quelqu’un, si vous admettez par ailleurs dans le même temps qu’elle ne vous remboursera jamais ce qu’elle vous doit déjà. Ce financement à la Grèce indispensable à son maintien dans l’Euro se trouve de plus d’autant plus difficile à accorder que certains pays de l’Eurozone sont officiellement moins riches que la Grèce, qu’ils ont eu eux-mêmes à faire face à un plan similaire d’ajustement structurel, ou que leurs contribuables ne veulent pas payer pour les Grecs.

La seconde leçon de toute cette triste histoire de l’Euro, c’est en effet qu’il n’existe en réalité aucune « solidarité » entre européens. D’abord, d’un point de vue technique, tout ce dont on discute à longueur d’années désormais lors des Eurogroupes (qui me font penser aux « marathons agricoles » des années 1970 en pire), ce sont des prêts sous conditions. (Ils ne sont sans doute pas remboursables d’un strict point de vue économique, mais, légalement, ce sont vraiment des prêts, et pas des dons.) Et il suffit de regarder les pages de Bild, le grand journal populaire allemand, ces derniers temps pour comprendre que ces prêts ne sont vraiment pas accordés de gaité de cœur par une bonne partie de la population du pays qui se trouve être le principal créditeur. Du côté grec, ils n’ont pas été reçus non plus avec gratitude (et, pour cause, vu ce que cela a signifié en pratique pour la plupart des gens). Chaque gouvernant européen n’est donc comptable des deniers publics que devant ses électeurs, et, globalement, des nettes majorités d’électeurs quelque que soit le pays européen concerné ne veulent payer d’impôts que pour eux-mêmes et pour leurs semblables – et un Grec n’est en général pas un semblable pour un électeur européen d’un autre pays. C’est du coup la folie institutionnalisée par ces « mécanismes de solidarité », constituant un contournement de la clause de no bail-out du Traité de Maastricht, qui devrait frapper : l’accord de vendredi, s’il est finalisé, devra ensuite être avalisé par les parlements des pays européens qui fournissent un financement à la Grèce pour bien montrer encore une fois qui paye. L’inexistence d’un budget européen suffisant pour aider une partie en difficulté financière aboutit en effet à cette situation qui revient à souligner à chaque fois à quel point chacun n’a nullement envie de payer pour le voisin (comme dûment prévu dans le Traité de Maastricht) – même si, certes, il finit par payer tout en disant d’ailleurs prêter, mais de très mauvaise grâce et sous conditions. Appeler cela de la « solidarité » revient à tordre le sens du mot.

On ne s’attarde pas non plus assez sur l’absurdité de cette situation dans le cas grec du point de vue du réalisme géopolitique. Si l’on regarde une carte du monde, la Grèce constitue l’une des pointes avancées (avec Chypre) de l’Union européenne vers une région du monde dont l’instabilité politique se trouve actuellement à son comble. On pourrait imaginer que la Grèce du coup soit soutenue par le centre européen comme on traitait jadis les postes avancés d’un Empire, par des aides fiscales ou autres sans contrepartie compensant le danger même de sa situation. En pratique, aujourd’hui, il existe une armée grecque, un pays (relativement) calme qui peut servir de base arrière aux Occidentaux à des opérations au Moyen-Orient ou en Afrique. Cette stabilité coûte au contribuable grec. Après tout, les Grecs pourraient aussi bien supprimer leur armée pour faire des économies, et décider même de vivre sans État. Les autres États occidentaux seraient bien marris d’une telle situation d’anarchie, et iraient occuper, sans doute à grands frais, cette zone dégarnie de leur défense. On pourrait donc imaginer aussi que la Grèce soit payée pour assurer la garde sur le flanc sud-est de l’Union européenne. Il n’en est rien. Au contraire, certains européens ne se privent pas de les accuser de dépenser trop pour leurs forces armées, et ne voient dans leur effort militaire disproportionné à la taille du pays que le seul effet de leur rivalité avec la Turquie (cela compte certes). Dans le fond, la Grèce comme périphérie sous-développée de l’Union européenne se trouve dans une situation de dépendance économique similaire à celle de l’île de la Réunion dans la République française, mais, en plus, elle ne peut même pas compter sur l’existence d’une armée européenne pour la décharger des coûts de sa défense. Dans un ensemble étatique, qu’il soit centralisé ou fédéral, une entité locale pauvre qui fait du déficit se trouve certes le plus souvent obligée de remettre ses comptes en ordre, mais, au moins, elle dispose d’un État central qui assure quelques (gros) frais pour elle. C’est dire en d’autres termes que la zone Euro n’est vraiment pas à ce stade une fédération en devenir, ni même un Empire un peu soucieux de ses « marches », mais qu’elle ressemble plutôt à une copropriété litigieuse où les charges communes seraient réparties sans même tenir compte des sujétions particulières de certains.

Cela pourra sembler fort terre à terre, mais ces négociations au sein de la zone Euro me font en effet de plus en plus penser par analogie à une réunion de copropriétaires. On est forcé de s’entendre par le fait même d’être propriétaire dans le même immeuble, mais on ne s’aime pas du tout, et sans doute de moins en moins à mesure que les litiges s’accumulent au fil des années. L’aporie de la zone Euro est alors qu’elle ne cesse de miner la possibilité même de ce qu’elle était censée construire à terme, une fédération européenne. Une copropriété aussi litigieuse ne prend guère le chemin d’une communauté de destin, et l’on voir rarement des copropriétaires faire de grandes choses ensemble.

12 réponses à “L’Union européenne, cette copropriété en difficulté…

  1. Juste pour signaler la coquille : « le gouvernement Tsipras n’a pas élu pour faire sortir le pays de la zone Euro » (il manque « été »)

  2. Cher Christophe Bouillaud
    Merci pour cet article lucide et inspiré. J’adhère totalement à la métaphore de la copropriété malheureuse, et de voisins qui, tout en ne s’aimant pas, sont condamnés a vivre ensemble. L’enfer, c’est les autres.
    Je m’étonne toutefois que le manque de solidarité inconditionnelle vous surprend encore à ce stade. On a peut-être trop laissé entendre en France depuis Maastricht que l’euro était un projet basé sur la solidarité. En réalité, vous le soulignez, Maastricht contenait une clause de « non-bail-out » très claire, transgressée depuis 2010, bien que sous forme de prêts conditionnels. L’euro a été conçu avant tout comme un outil de management crédible des taux de change, afin d’éviter les dévaluations compétitives en cascade. S’il y a solidarité, c’est strictement dans l’engagement de « tenir » ses comptes publics et sa compétitivité. A cet égard, la Grèce et d’autres nations faisant face à des faiblesses structurelles n’auraient pas du rentrer. Il est normal et logique du point de vue allemand de tout faire avant d’annuler une nouvelle fois une partie de la dette grecque.
    Je serais cependant moins négatif que vous sur ce qu’est la zone euro aujourd’hui. Certes on ne l’aime pas, mais il y a fort a parier que nous ne ferions pas mieux sans elle. L’euro a l’avantage de nous imposer de trouver des solutions collectives. Les considérations géopolitiques que vous évoquez fort justement pèsent sans doute dans la décision de garder, pour l’instant, la Grèce dans la zone euro. Certes, les décisions sont largement prises sous influence allemande, mais pas uniquement (en témoigne la politique de la BCE et les nouvelles règles de flexibilité budgétaire). Il y a bien plus de négociation politique qu’on ne le dit au Conseil.
    L’un des enjeux aujourd’hui est clairement de faire vivre les démocraties nationales au sein de l’union monétaire, en sorte que les votes ne soient pas ignorés. J’ai écrit l’article suivant sur la question: http://www.policy-network.net/pno_detail.aspx?ID=4841&title=Beyond-the-national-electorate-reflections-on-the-Greek-German-stand-off-
    Au plaisir de faire votre connaissance. J’ai également lu avec beaucoup d’intérêt votre essai sur le « renzisme ».
    Renaud Thillaye (Policy Network)

    • @ renaudthillaye : merci pour votre appréciation de mon essai sur le « renzisme ».
      Pour ce qui est de la zone euro, il y a malheureusement un tel écart entre la prise en compte de toutes les externalités de chacun sur les autres et la réalité de tous les jours depuis sa création qu’on peut douter de savoir si la situation serait vraiment pire sans son existence. Par exemple, je ne crois pas que les concepteurs de la zone Euro avaient dans les lointaines années 1970 envisagé la persistance de tels écarts salariaux au sein de la monnaie unique. On aura beau insister sur les écarts réels de productivité, il reste comme une impression que ce n’est pas là la concurrence honnête entre producteurs européens qu’on voulait encourager au départ.

  3. Bonjour,

    Je m »autorise une remarque, au sujet de cette phrase : « la zone Euro n’est vraiment pas à ce stade une fédération en devenir, ni même un Empire un peu soucieux de ses « marches », mais qu’elle ressemble plutôt à une copropriété litigieuse ».

    En fait, José Manuel Barroso a employé par le passé l’expression « empire non impérial » au sujet de l’Union européenne. Il voulait dire par là qu’elle est un empire sans la force armée. Ce qui ne signifie pas « sans force du tout ». L’UE a une façon bien à elle de maintenir l’odre dans son espace et d’exercer la contrainte. Elle le fait par l’économie.

    En revanche, l’Union européenne déteste l’idée de « force armée ». Tout ce qui relève de la défense est délégué. 1/ soit à des Etats-membres. Vous l’expliquez très bien ici pour ce qui est de la Grèce mais elle le fait aussi avec la France. La France assume seules des dépenses militaires lourdes, sans qu’il ait jamais été question d’en tenir compte quand il s’agit de considérer le montant de son déficit public. 2/ soit à l’OTAN.

    Il me semble vraiment que c’est là le signe de l’influence globale exercée par l’Allemagne sur l’Union européenne. L’Allemagne se vit comme une puissance économique, en aucun cas comme une puissance militaire. Elle en refuse absolument l’idée, pour des raisons historiques que l’on comprend. Ce faisant, elle délègue sa défense à autrui tout en délégant également…. les coûts.
    En revanche, pour ce qui est de la brutalité économique, là, elle n’a plus aucune hésitation. En celà, l’Union européenne lui ressemble.

    Il ne me semble donc pas qu’il faille invalider l’idée que l’UE soit une sorte d’empire. Un « empire non impérial », donc. Qui ne fait plus la guerre mais qui a développé d’autres manières de montrer ses muscles. Y compris à ses propres populations (à celles de ses membres, donc). Mais les empires ne font pas que protéger leurs marches. Ils les inféodent aussi. Non ?

    Bon, après, je peux me tromper complètement. La chose n’est pas rare !

    • @ Coralie Delaume : autorisez-vous des remarques, le commentaire, c’est fait pour cela!

      Oui, c’est vrai, un empire inféode sa périphérie, c’est un peu justement à cela qu’on reconnait la chose! Et, en matière européenne, en dehors même de la crise de la zone Euro qui a simplement mis le processus sous les yeux de tout le monde, il existe un centre (industriel et financier) (pas seulement l’Allemagne en fait) et une périphérie (dont la Grèce). Par contre, cet « empire » européen (sous l’impulsion allemande, mais pas seulement) néglige (pour l’instant) totalement la cohésion générale de sa défense (déléguée à d’autres, qui finissent par être plus réaliste qu’elle sur ses intérêts), et elle tend aussi à négliger de plus en plus la constitution de la loyauté de ses sujets (qu’elle tient sans doute pour obligée par les circonstances). C’est le côté « brut de décoffrage », « économique seulement », de l’UE, qui apparait de plus en plus, mais en tant que politiste, je trouve cela fragile au regard d’autres empires, car mû uniquement par la nécessité de la copropriété européenne. Un empire sans aucun enchantement est-il encore un empire?

  4. Quel plaisir de lire ce billet et les commentaires de Renaud et Coralie, le monde est petit… Si « empire » il y a, il me semble d’autant plus dysfonctionnel que ses élites et ses capitaux sont tout de même intégrés à tout un ensemble de réseaux transatlantiques, animés pour le coup par un hegemon en déclin mais qui se donne les moyens de la coercition. Sinon, je me permets d’y aller de ma petite auto-promo aussi, avec cet article sur l’accord Grèce-UE signé avec Nicolas Gonzales de l’EHESS : http://www.slate.fr/story/98265/grece-fin-de-partie-syriza . En fait, vu la double impasse de la Grèce (rester dans une UEM qui lui impose un « Fiscal Waterboarding » vs en sortir au prix d’une panique bancaire et d’une immense désorganisation interne), la position des partisans de la monnaie commune m’apparait de plus en plus comme la plus séduisante intellectuellement. Or, force est de constater que les conditions politiques d’un tel design institutionnel ne sont pas réunies.

    • @ Fab Escalona : je ne crois pas beaucoup à la solution de la « monnaie commune ». Par contre, on peut imaginer comme aujourd’hui pour les pays scandinaves non-membre de l’Euro ou pour la Suisse jusqu’à ces derniers jours un système de change semi-fixe vis-à-vis de ce qui resterait d’un Euro réduit aux pays du centre. En cas de sortie de la Grèce de la zone Euro, on verrait sans doute s’établir à moyen terme un taux de change raisonnable permettant d’équilibrer la balance des paiements. La Grèce, contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là, n’est pas totalement sans ressources économiques!

  5. Pingback: Sur l’accord entre la Grèce et l’Eurogroupe (revue de presse) | La Reprise

  6. Pas mal, le terme de copropriété, tu ne l’as volé à un banquier central par hasard?
    https://www.ecb.europa.eu/press/inter/date/2015/html/sp150126.fr.html
    « Et vous dites que Monsieur Tsipras n’a pas le choix de passer par Bruxelles et par ce que veut la BCE, et les engagements naturels d’un gouvernement grec.

    Parce que l’Europe c’est une communauté de droit. C’est une copropriété. On gère ensemble une monnaie unique. Il y a des lois européennes, et là ce que fait la Grèce n’est pas indifférent aux autres pays – au Portugal, à l’Espagne, à l’Irlande, à la France ou à l’Allemagne. »

    Plus sérieusement, je trouve ta double aporie de la zone euro intéressante, mais je la trouve trop axée sur la surface des négociations intergouvernementales, qui laisse un peu la question de l’infrastructure économique dans l’ombre (ok, c’est marxiste et alors). Je suis d’accord avec toi qu’on ne peut pas demander à un pays de rester dans la zone euro sans possibilité de transfert fiscal. Mais il me semble que ce n’est que le sommet de l’iceberg. 70% des prêts grecs ont été destinés à recapitaliser le secteur bancaire ou à payer les intérêts liés a la dette, ce qui veut dire que les opérations financières Grèce-UE n’ont que peu concerné l’économie réelle. De plus, les rapports de force entre les différentes parties sur les termes de la conditionnalité dépendent aussi de qui détient la dette. Or, comme 40% de la dette grecque négociable est détenue par la BCE et que de toute façon 80% de la dette grecque totale n’est pas négociable, mais accordée par les gouvernements, la peur des répercussions des troubles grecs sur les systèmes bancaires nationaux est plus faible.

    Tout cea pour dire que en regardant la destination finale des aides financières et les détenteurs de la dette, on se rend compte que tout ceci a d abord concerne la stabilité des grandes banques allemandes et françaises, pas tant le déficit et le niveau de dette grecque. Et, d’ailleurs, les élites nationales n’ont jamais formulé cela, et je pense qu’une des clés des incompréhensions, des rancœurs et des grilles de lecture culturalistes viennent de ce manque de courage politique, qu’on a escamoté le fait que ce que subissent les Grecs, c’est d abord et avant tout pour la stabilité du système bancaire des autres. Et la, il s’agit moins de copropriété que de systématiquement designer le même locataire pour aller nettoyer les parties communes. Pour plus de développement la dessus, j’en profite pour me faire un peu de publicité:
    http://www.laviedesidees.fr/La-BCE-et-la-crise-du-capitalisme-en-Europe.html

    • @ clement fontan : effectivement, le sauvetage des banques du centre européen a été l’un des objectifs de toute la manœuvre depuis 2010 – cela vaut d’ailleurs aussi pour la situation irlandaise, et probablement espagnole et portugaise. Mais, en même temps, il existe aussi des bonnes raisons économiques pour qu’apparaisse dans une union monétaire comme la zone Euro des déséquilibres commerciaux entre pays du centre et de la périphérie : en un sens, les grandes banques du centre en prêtant aux agents économiques grecs (dont l’État grec) ont permis à ce déséquilibre d’exister et de perdurer; en un autre sens, il était inévitable qu’il apparaisse. S’il existe un centre industriel et compétitif et une périphérie peu industrialisée et peu compétitive, c’est inévitable, et du coup, il faut des transferts massifs de ressources publiques entre le centre et la périphérie; Je dois dire que je m’inspire ici beaucoup de ce qui est arrivé à l’Italie du sud après l’Unification nationale italienne, ou ce qui ne cesse d’arriver dans les DROM-COM français. C’est l’effet inévitable d’appartenir à une même monnaie. Après, je crois qu’aucun gouvernement (surtout des pays du centre européen) ne veut reconnaître officiellement l’existence de ce mécanisme géo-économique, sinon c’est toute la mythologie de la « convergence européenne » qui s’écroule, ou alors cela veut dire qu’il faut payer des sommes énormes (bien supérieure aux actuels fonds structurels) pour développer vraiment la périphérie (genre Cassa del Mezzogiorno après 1950, ou grands travaux de l’époque Roosevelt au sud des États-Unis). En tout cas, il est certain que la population grecque a été piégée par cette monnaie unique mal pensée.

  7. La réalité: entre deux zones (ou des individus) économiquement très inégales qui commercent librement, il y a un appel d’air de la zone faible vers la zone forte. Autrement dit, la zone forte pompe les richesses de la zone faible. C’est ainsi par exemple que dans les Etats nationaux se sont développés des centres économiques et des périphéries délaissées. C’est aussi pourquoi les petits Etats semblent plus prospères (la distance entre le centre et la périphérie est moindre). Ces périphéries ont subsisté par la redistribution étatique d’une partie des richesses accumulées dans les centres économiques.

    Bref, à partir de là, si la Grèce ne bénéficiait pas de transferts massifs de richesses venant des zones européennes riches, elle irait de mal en pis sur le plan économique. Or, on constate un accroissement du niveau de vie des Grecs (depuis 35 ans, mais aussi depuis l’euro en 2000). C’est donc qu’il y a déjà des transferts de richesses. Le problème actuel, c’est que ces transferts sont sous forme juridique de prêts et qu’ils sont forcément non-remboursables (et ce, depuis le départ, puisque les richesses grecques sont pompées vers le centre économique européen). Donc, soit le niveau de vie des Grecs va reculer drastiquement en tentant vainement le remboursement des prêts, soit ils vont trouver une formule pour oublier ces prêts et continuer les transferts de richesses vers la Grèce, soit la Grèce sort de l’euro. La première solution n’arrange personne, ni les Grecs ni les Allemands (s’ils comprennent bien leur intérêt). La troisième solution revient au même que la première solution, du moins à court et moyen terme, et elle me semble politiquement inacceptable pour tous. Il ne reste donc que la deuxième solution pour arranger tout le monde mais elle mettra quelques années à se mettre officiellement (juridiquement) en place sans choquer l’opinion publique allemande (qui ne comprendrait pas tout de suite ces transferts entre nations, si c’est fait trop vite et trop clairement). Je soupçonne même les élites européennes d’avoir déjà eu conscience de tout ceci au moment de faire les prêts au pays européens moins développés (penser qu’ils se seraient développés ainsi me semble beaucoup trop naïf pour eux, surtout après avoir constaté l’échec récurrent de cette forme d’aide en Afrique et ailleurs, qui d’ailleurs n’était pas non plus aussi naïve qu’on le pense parfois).

    On verra si cet optimisme (du point de vue europhile) se révèle fondé…
    Et désolé pour ce long commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s