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Quelques réflexions en vrac sur la crise syrienne.

Difficile pour quelqu’un de ma génération de ne pas avoir un horrible sentiment de déjà vu dans toute cette affaire syrienne – ce qui perturbe sans doute le regard. Comme le disait F. Mitterrand en son temps, « nous sommes entrés dans une logique de guerre ».

Difficile de ne pas trouver d’un humour aussi féroce qu’involontaire un Président des États-Unis, Prix Nobel de la Paix, s’agiter comme un perdu pour précipiter son pays dans un nouveau conflit au Moyen-Orient contre la majorité de l’opinion publique de son pays.

Difficile de ne pas remarquer le poids qu’aura encore une fois la manipulation des émotions dans toute cette affaire. L’usage de vidéos par l’administration Obama pour convaincre les représentants du peuple américain d’aller au charbon  s’inscrit dans une vieille tradition qui a marqué tout le siècle dernier. Décrire les horreurs inhumaines qu’inflige l’adversaire aux populations civiles fut déjà un bon moyen de motiver les troupes et l’arrière lors de la guerre de 1914-18. Déjà ce fut la « Guerre du droit » contre les « Barbares ». Que les horreurs perpétrées soient réelles ou imaginaires compte peu ici. Il me suffit de remarquer qu’on retrouve toujours ce même mécanisme de mobilisation de l’opinion publique et des représentants du peuple faisant appel d’abord à l’émotion.

Difficile de ne pas avoir la pénible impression que, du point de vue des va-t-en guerre américains, B. Obama & Cie eux-mêmes, la question humanitaire syrienne se trouve en réalité, annexe, instrumentale. Ils le disent d’ailleurs en mettant en avant un enjeu de « sécurité nationale » pour les États-Unis – ce qui, à tout prendre, serait en soi ridicule si l’on ne considérait que la menace que représentent  le régime d’Assad et ses armes chimiques en eux-mêmes. (A tout prendre, la Corée du Nord est bien plus menaçante avec ses quelques missiles et bombes atomiques.) Derrière, se profile la question iranienne comme de nombreux commentateurs le remarquent à longueur de journée.  Il est  aussi possible qu’il s’agisse de montrer aux autorités russes qui exerce l’hégémonie dans cette région du monde. Ce serait là un jeu particulièrement dangereux.

Difficile de ne pas remarquer que tout le déroulement de la crise  a été retardé du simple fait qu’un seul Parlement s’est contre toute attente rebiffé aux attentes de son exécutif, entrainant toute une chronologie des événements à sa suite. Une autre histoire aurait été possible si le Parlement britannique avait dit oui, et nous serions déjà dans les suites de l’action engagée.

Ps. Pour ce qui est de F. Hollande, allez lire, si ce n’est déjà fait, ce magnifique morceau de bravoure de notre collègue John Gaffney, il y est rhabillé pour l’hiver… et l’espoir que ce dernier exprime en conclusion de voir la France jouer un rôle positif  en revenant à son indépendance de vue traditionnelle vaut sans doute pour la prochaine crise. Je vois mal en effet comment F. Hollande va pouvoir gérer le virage proposé, sauf à nous hypnotiser tous pour nous faire oublier les derniers jours.

B. Obama, prix Nobel de notre paix.

Quand hier matin, j’ai appris que l’actuel Président des Etats-Unis venait de recevoir le Prix Nobel de la Paix, j’ai d’abord sincèrement cru à la plus grande blague qui ait circulé sur Internet à ce jour, le hoax du siècle. Eh bien non, c’est vrai, du coup, je me suis fait moi aussi un raisonnement comme celui que propose François sur  Polit’bistro, à savoir que  ceux qui attribuent  le  Prix Nobel de la Paix veulent en quelque sorte obliger B. Obama à tenir la ligne qu’il déclare vouloir suivre en matière de politique étrangère depuis qu’il est élu, le prendre au mot en quelque sorte. Ils nous proposent ainsi une expérience en grandeur nature sur la valeur respective des paradigmes « réaliste » et « constructiviste » en relations internationales. Si B. Obama adopte une attitude réellement pacificatrice dans les années qui lui restent à gouverner en abandonnant la perspective habituelle aux Etats-Unis depuis 1950 de gendarmer le monde (pour ne pas remonter aux années 1890 avec la « guerre hispano-américaine »), les « constructivistes » auront marqué un point; si, sous sa Présidence, quelque autre pays est maltraité ou envahi « au nom de la paix du monde », ils auront perdu – à moins que la « paix » à laquelle les jurés du Nobel de la Paix font allusion ne soit exclusivement que celle dont nous profitons.

En effet les jurés  se sont-ils rendus compte de l’occidentalo-centrisme de leur choix? Les conflits dans lesquels les Etats-Unis sont impliqués directement sont, certes, justifiables si l’on veut au nom de nos valeurs, mais on ne peut guère parler de « paix »  (au sens d’absence de violences organisées) sinon en la comparant à la « pax romana » établie par la force des légions sur les divers barbares qui menacent les confins de l’Empire. Quant aux conflits dans lesquels les Etats-Unis sont indirectement partie prenante (conflit du Moyen-Orient entre Israël et la Palestine, ou situation de dégradation sécuritaire au Mexique par exemple), je ne sache pas que de grands progrès vers une solution politique aient été accomplis dans les quelques mois de la Présidence Obama. Peut-être les jurés Nobel disposent-ils d’informations que nous n’avons pas et peut-être aurons-nous de bonnes surprises dans les mois qui viennent… Le Hamas et le Hezbollah vont reconnaître la semaine prochaine Israël, et réciproquement! Et enfin les enfants d’Abraham vivront en  paix pour les siècles des siècles! Certes, par comparaison avec son prédécesseur immédiat à la Présidence des Etats-Unis, B. Obama fait montre d’une plus grande rationalité en matière d’intérêts de sécurité des Etats-Unis (comme avec son abandon du bouclier anti-missiles en ex-Europe de l’Est, ou avec sa reconnaissance de la réalité du réchauffement climatique). Mais cela suffit-il de n’être point fol pour être déclaré sage? Par ailleurs, sous cette présidence, combien les Etats-Unis dépensent-ils pour leur défense et les diverses guerres qu’ils mènent de par le monde? Je n’ose même pas retrouver le chiffre tant son indécence mise au regard des nécessités sanitaires, sociales et éducationnelles des plus pauvres de cette planète m’est littéralement impensable.

Enfin, la saga Obama continue, what else?