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Et là c’est le drame : Berlusconi flanche.

Là franchement, je ne m’attendais pas à ce coup de théâtre, j’en ai été estomaqué. Hier, lors du vote de confiance sur le gouvernement Letta, S. Berlusconi a opéré un revirement d’une théâtralité digne des plus grandes heures du parlementarisme. Il a flanché au dernier moment, il a en effet choisi finalement d’appeler tout « son » parti, le « PDL »( Peuple de la liberté) à voter la confiance au gouvernement Letta.  Il ne faut pas y voir une ultime ruse du personnage, c’est une capitulation de sa part, il se trouve en effet battu sur toute la ligne, puisque c’est lui-même qui avait choisi de provoquer cette crise gouvernementale à la veille d’un vote décisif pour lui sur son statut de sénateur. Il voulait priver le gouvernement de majorité au Sénat, obliger ainsi E. Letta à démissionner et forcer  ainsi G. Napolitano faute de majorité de rechange à appeler à des élections (très) anticipées dans la foulée (dès novembre 2013). Il voulait ainsi juger son différend avec la justice par le peuple italien. C’est pour le coup complétement raté, et, dans les prochains jours, il est à parier que la mécanique institutionnelle qui prévoit sa déchéance de son mandat sénatorial suite à sa condamnation continue sa marche. (Prochain épisode donc, ce vendredi 4 octobre.) En appelant à voter la confiance au gouvernement Letta, il sauve peut-être ce qui reste de l’unité de son propre parti, mais, pour la première fois depuis le début de sa carrière, il n’a plus la possibilité d’utiliser l’arme politique contre les décisions de justice le concernant.

Au final, le gouvernement Letta sort renforcé de l’épreuve que S. Berlusconi voulait lui imposer, bien plus qu’aucun commentateur ne l’avait prévu la veille : désormais, c’est moins à une majorité de nécessité faute de mieux qu’à une vraie majorité politique qu’on a affaire : les ailes gauche et droite du Parlement (SEL, M5S, LN) restent  toujours exclues de cette majorité « néo-centriste », dirigée par un « figlio d’arte » post-démocrate chrétien,  et (r)établie au nom des contraintes européennes qui pèsent sur l’Italie. Le « gouvernement du Président » (Napolitano) a tenu bon. On remarquera incidemment que cette majorité « néo-centriste » n’est autre que celle qui gouverne l’Italie depuis novembre 2011 (chute du gouvernement Berlusconi IV),  sans que les résultats de son action législative se traduisent à ce jour dans une reprise de l’activité économique. Le chômage se situe au plus haut depuis 1977, la dette publique devrait atteindre de nouveau des sommets en 2013, et la récession dure depuis huit trimestres. Il y aurait eu en Italie quelques bonnes raisons économiques de changer de gouvernants et de ligne générale – mais bon, cela ira mieux, parait-il, en 2014.

Surtout, comme s’est exclamé hier mon collègue du bureau, pour la première fois depuis 20 ans, le centre-droit italien a vu naître un parti. Ce qu’il voulait dire, c’est que, depuis 20 ans,  depuis ces fatidiques années 1993-1995, le gros de l’électorat italien de droite et de centre-droit a accepté de se  faire représenter au Parlement par un « parti personnel » (« Forza Italia », puis le PDL après 2008), c’est à dire une organisation qui n’existe que par la seule vertu de son chef, S. Berlusconi. Le refus d’une bonne part des députés et sénateurs du PDL de suivre ce mercredi 2 octobre 2013 la ligne de ce dernier dans un moment aussi décisif marque la (re-?)naissance de quelque chose qui dépasse sa personne. Contrairement à mon collègue Guillaume Musso, je ne crois pas à ce stade que S. Berlusconi puisse reprendre la main : les élus du PDL vont à partir de maintenant chercher à distancier le « nouveau parti », ou peut-être les « nouveaux partis », qu’ils vont mettre en œuvre, du sort personnel de S. Berlusconi.

Ce dernier, surtout s’il se retrouve sous peu sous main de justice, aura sans doute le temps d’écrire ses mémoires du coup, un peu comme une Margaret Thatcher lâchée par les siens -ou alors, il va simplement en mourir rapidement comme un A. De Gasperi abandonné lui aussi par les siens. Je préférerais la première option, cela serait sans doute très drôle à lire.