Archives de Tag: Libye

Vendre la peau de l’ours… avant de l’avoir tué.

Je n’ai pas écrit sur ce blog à propos de la situation en Libye depuis plusieurs mois, n’ayant rien à dire qui me paraisse mériter l’attention de quiconque. Les événements des trois derniers jours me paraissent par contre témoigner d’un dysfonctionnement extraordinaire de la politique et du journalisme. Les insurgés libyens ont certes surpris par leur avancée soudaine sur Tripoli, mais, de là, à faire comme si, désormais, tout était du coup fini dans ce long et âpre conflit, cela me parait manquer de la plus élémentaire prudence dans la présentation des faits, et, pour tout dire, du minimum de sens commun qu’on devrait exiger des journalistes et des politiques. Si l’on suit le fil des événements libyens depuis six mois, il est pourtant facile de se rendre compte que la situation sur le terrain a été marquée jusque là par une résistance acharnée des khadafistes (qu’il faudrait d’ailleurs expliquer!), pourquoi en serait-il à tout d’un coup autrement? Tous ces médias, et plus grave à mon sens, tous ces hommes politiques occidentaux (comme Alain Juppé qu’on a connu plus prudent), qui font comme si tout était déjà fini et dissertent déjà de l’avenir radieux de la Libye libérée, me désolent.

Décidément, notre époque est marquée par ce que j’appelle, avec bien d’autres, l’emballement médiatique. Il suffit qu’un fait paraisse vaguement réel à un moment donné, pour que tous les commentateurs et maintenant les politiques se mettent à délirer sur les conséquences de ce fait. Je me demande même parfois si les khadafistes n’ont pas joué de cette faiblesse actuelle des démocraties en pratiquant empiriquement par des reculs temporaires la politique de la douche écossaise pour affaiblir la cause de leurs adversaires auprès de l’opinion occidentale.

Tuez donc l’ours d’abord, et vantez-vous en ensuite!

Notre ami le satrape (IV)

Je suis désolé d’ennuyer mes lecteurs éventuels avec encore un court post sur la crise libyenne, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que cette dernière menace au fil des jours de tourner à l’humiliation publique  pour l’Union européenne. Les réactions de cette dernière sont poussives,  pleines d’arrière-pensées diverses de ces différents pays-membres, incohérentes sur le fond (se donne-t-on  vraiment les moyens d’abattre le régime du satrape?), et surtout complètement en décalage avec les nécessités de l’affrontement sur le terrain. A ce train-là (de sénateur??? mais je ne veux pas insulter notre Sénat qui saurait être  au cas où plus rapide que cela!), j’attends de voir ce qui va se passer quand notre ami le satrape va reconquérir dans la joie des retrouvailles  la région de Benghazi… Il a déjà apparemment repris une ville au moins à l’insurrection.  Un député européen (UMP-PPE) lui aussi s’étonne, voir son interview pour le blog Bruxelles 2. Lui aussi cite les promesses – à ce stade risibles! – du Traité de Lisbonne.

Un rattrapage est peut-être encore possible dans les décisions collectives de l’Union européenne à prendre aujourd’hui et demain, mais j’en doute fort.

Enfin, une fois que notre ami le satrape aura réglé la question manu militari, nous pourrons (nous politistes intéressés par l’Union européenne)  publier des articles dans des revues à comité de lecture pour décortiquer ce magnifique fiasco…

Puissé-je avoir complétement tort!

Ps 1. Lors du Conseil européen du 11 mars 2011, les dirigeants des pays membres se sont tout de même mis d’accord sur une formulation forte de condamnation du régime du satrape (voir point 7 du texte officiel) . C’est déjà cela, sans doute pour fêter dignement le recul des insurgés sur tous les fronts. En quelque sorte, l’Union européenne se lie les mains, brûle ses vaisseaux, en qualifiant ainsi « le colonel Khadafi », en s’obligeant dès lors à le traiter en paria de la « communauté internationale » (ou bien,  à se déjuger lamentablement en subissant  dans quelque temps les humiliations que les Khadafi – père et fils – jugeront bon d’exiger pour prix de leur bonhomie retrouvée…),  ce qui constitue une menace à moyen terme, mais à moyen terme seulement. D’ici là, tout cela m’a fait penser à la phrase d’une marionnette de  Balladur aux Guignols de l’Info : « Je vous demande de vous arrêter. »

Ps2. Pas de nouvelles des révélations gênantes que Khadafi avait annoncé à l’encontre de notre Président de la République. Qu’il le fasse donc, cela motivera encore plus les autorités françaises.