Archives de Tag: région

Big (and undemocratic) is beautiful

Le contour de la réforme territoriale annoncée hier soir tard par l’Elysée  ainsi que l’explication de texte de cette dernière par le Ministre Vallini ce matin sur France-Inter m’ont bien amusé. Il faut créer des grandes régions enfin efficaces pour attirer les investisseurs américains ou chinois, nous a dit le Ministre en substance ce matin. Eh, les gars, si vous voulez vivre et travailler au pays, il faut bien que les Ricains ou les Chinois sachent où il se trouve votre pays pour ouvrir leur usine, n’est-ce pas?  Big is beautiful, et les riches investisseurs étrangers s’y perdent dans nos petites régions de ploucs. Place aux grandes régions ayant une vision mondiale des enjeux, et capables d’attirer des capitalistes! (Ah le « socialisme de l’offre », c’est touchant comme un discours de Warren Buffet!)

Ce n’est pas seulement la réforme en soi qui m’amuse, mais tout ce qu’elle remet en cause par sa méthode même comme mythologies au sein de la science politique contemporaine autour d’une « démocratie participative », qui serait soit disant sur la voie ascendante. Je ne m’attendais pas moi-même à une telle démonstration inverse sur ce sujet-là.  En effet, s’il y a bien un sujet sur lequel, en principe, les citoyens auraient dû être consultés selon la doxa dominante en vigueur dans notre discipline, ce sont justement les affaires territoriales. Quoi de plus discutable rationnellement – et aussi irrationnellement !- par les citoyens qu’un périmètre régional? Quel sujet de décision publique plus susceptible de faire intervenir des spécialistes (géographes, économistes, historiens, etc.) pour informer le grand public concerné avant qu’il ne décide en son âme et conscience des unions de régions? En l’occurrence, les régions concernent des aspects de la vie quotidienne (lycées ou formation professionnelle par ex.) que les citoyens peuvent comprendre, c’est plus simple en fait que le sort des déchets nucléaires sur les prochains millénaires.  Or, là, c’est tout l’inverse que le pouvoir en place s’apprête à faire: le Monarque républicain (soumis à des influences de cour  dont se gaussent les médias) annonce tout de go son redécoupage des régions. Certes, comme nous sommes tout de même une République avec un Parlement, il y aura ensuite une discussion parlementaire dans les deux Chambres pour approuver le schéma proposé par le Monarque, mais c’est tout. Il s’agit d’aller vite, parait-il. Il faut bien montrer à nos partenaires européens que la France est capable de faire des « réformes de structure ».

Or, dans tout ce chambardement annoncé, il n’est pas question de consulter directement les citoyens. Il faut dire que lorsqu’on les consulte sur ces questions, ces bougres de manants derniers ont tendance à refuser les solutions de regroupement de collectivités que leurs propres élus locaux leur proposent. Une majorité des électeurs alsaciens têtus comme de vieilles mules qu’il sont n’a pas voulu de la collectivité unique en Alsace, ils ont préféré garder leurs deux départements et leur région, et bien, ils n’auront que le choix d’aimer la nouvelle région d’Alsace-Lorraine, cela leur apprendra la politesse à savoir saisir les opportunités quand il en est encore temps, et puis c’est bien connu entre Lorrains et Alsaciens, il n’y a pas de différence notable.

Il n’est pas question non plus d’un référendum national pour approuver la suppression des départements comme collectivité territoriale de la République. Le slogan des gouvernants actuels semble donc être : surtout pas de discussion à la base, et surtout pas de démocratie directe, puisque, d’une part, les gens ne sont pas raisonnables de toute façon (d’ailleurs certains ont voté FN aux Européennes…), et puisque, d’autre part, la consultation du peuple irait trop lentement (très gros mensonge que cela puisqu’en 1958-62, on consulta le peuple et que cela ne traina point). Ce retour de flamme du jacobinisme et du décisionnisme m’amuse d’autant plus qu’il vient d’un camp (la gauche) et d’un parti (le PS) qui n’a pas été avare (jadis) de promesses de mieux associer les Français aux décisions qui les concernent (cf. la loi sur la démocratie locale de 1992). Maintenant, c’est clair : les gouvernants de l’heure pensent que les citoyens français sont dominés par leurs pulsions irrationnelles conservatrices, et qu’il faut en conséquence passer outre toutes leurs préventions au nom de la Raison (économique) pour aller de l’avant.

Que la Raison triomphe donc, et que périssent les Conservatismes!