Parce que cela serait vraiment sa défaite (celle de EM).

L’entre deux tours de cette présidentielle 2017 voit se répéter dans une forme atténuée le scénario bien connu désormais quand un candidat du FN arrive à se qualifier pour le second tour d’une élection de quelque importance. Les grands leaders de tous les autres partis  crient en chœur haro sur le baudet. Les retraités et les bannis du suffrage universel sortent de leur placard et y vont de leur déclaration. La plupart des corps intermédiaires et constitués s’empressent de déclarer leur répulsion pour ce dernier. Les sondages enregistrent dûment cet écart abyssal de popularité dans les élites et ne laissent guère de doute sur l’issue du second tour, les marchés financiers font la fête en conséquence. Tout est donc bien parti pour qu’« on ait tout changé sans que rien ne change ». Bien sûr, il y a quelques petits détails qui inquiètent : le peuple de gauche se montre bien amorphe dans les rues, et une partie sans doute minoritaire de ce dernier a même utilisé pour le 1er mai le slogan  « Ni Le Pen ni Macron, ni facho ni banquier »; pour respecter le démocratie interne à son mouvement qui ne serait pas un parti comme les autres, le leader de la France insoumise ne s’est pas précipité pour adouber Président l’ancien inspecteur des finances et banquier de chez Rothschild, auteur spirituel de « la loi El Khomri »; l’Église catholique non plus n’a pas fait donner les grandes orgues, ce qui a été moins noté. De fait, à la base, les « stals » et les « cathos tradis » boudent un peu la grande fête social-libérale qui s’annonce, pour ne parler des « anars » et autres « vieux cocos », plus ou moins jeunes, d’autres obédiences, sans compter enfin ces âmes simples et peu « politiques » qui se rappellent avec émoi de 2002, voire de 2005. Pour donner un peu de piquant à cette ambiance où l’union sacrée des élites contre le FN n’est pas si visible que cela dans les réactions de la base hormis les sondages, un souverainiste de droite, qui, jusqu’il y a peu encore, la vouait lui aussi aux gémonies, rejoint la candidature Le Pen. Il est vrai qu’avec ses près de 5% au premier tour, il peut faire pencher la balance. De manière moins notée par les médias, il faudrait peut-être tant qu’à faire un peu plus s’inquiéter des intérêts de boutique de tous les députés sortants visant leur réélection, de ceux en tout cas qui ne sont pas à l’initiative d’En Marche! ou Modem ou déjà ralliés. Ces derniers, leurs familles et leurs clients, auraient tout intérêt en effet à la défaite d’Emmanuel Macron, parce qu’ainsi ils auraient bien plus de chances de sauver leur siège et ses bénéfices « au nom de la République », puisque, dans ce cas-là, sans l’ombre d’un doute, le mouvement « marcheur » cesserait instantanément d’exister. (Et serait probablement interprété tout d’un coup comme la dernière faute de F. Hollande.)

Quoi qu’il en soit, d’un point de vue de politiste, qui se réfère à tout ce que la discipline a pu apprendre sur la place du FN dans la vie politique française des trente dernières années,  le résultat ne fait pourtant guère de doute. Le « plafond de verre » qui limite les ambitions du FN est toujours là, comme en attestent le résultat réel du premier tour et les sondages publics disponibles à ce jour.

De fait, si Marine Le Pen devait gagner l’élection présidentielle le dimanche 7 mai 2017, il n’y aurait qu’une explication possible : la répulsion qu’aurait inspirée à des millions d’électeurs de gauche et de droite  Emmanuel Macron. Pour le coup, cet amateur en politique aurait réalisé un double exploit historique qu’aucun professionnel n’aurait pu faire : accéder en France au second tour avec un mouvement nouveau, En Marche!, et réussir à casser ensuite par le haut le plafond de verre du FN. On entrerait alors dans la manière de penser de l’historien, attentif au rôle de l’événement dans le cours des choses. Un magnifique cygne noir en somme. Le Brexit et l’élection de Donald Trump seraient en regard renvoyés à leur statut d’événements somme toute prévisibles.

Une dernière petite remarque : le toujours très inspiré Thomas Piketty prétend que, si E. Macron est élu à la manière de J. Chirac en 2002 avec un score très élevé (s’approchant des 80%), alors il ira de soi qu’il ne s’agit pas de sa victoire, mais de celle de la République contre les factieux. Certes, c’est une interprétation tout à fait possible. Une interprétation d’ailleurs que semble désormais accepter par avance E. Macron dans ses déclarations les plus récentes.

On pourrait aussi dire à l’inverse que, si E. Macron frôle la défaite le 7 mai, il sera bien averti du niveau de répulsion que sa personne et son projet provoquent dans l’électorat, de gauche comme de droite d’ailleurs. Cela ne sera donc pas une percée du FN, mais avant tout le signe de son absence d’ancrage dans le pays.  La sociologie respective du vote en sa faveur et de celle en faveur de son adversaire sera aussi une forte indication des soutiens dont il bénéficiera ou pas dans la société française.  S’ouvrirait peut-être alors une phase où, comme au lendemain de la crise boulangiste au XIXème siècle ou au lendemain du 6 février 1934, tout ou partie des élites républicaines rechercheraient enfin à résorber les mécontentements populaires. Ce n’est qu’en sentant les choses leur échapper que les leaders des dominants de l’heure deviennent un peu raisonnables. Je n’y crois guère au vu des soutiens intellectuels d’E. Macron dont la liste ne peut manquer d’effrayer (Attali & Co), mais qui sait?

 

 

 

B. Hamon l’européen, victime de ses soutiens académiques?

Si l’on en croit tous les sondages publics disponibles à quelques jours seulement du premier tour de l’élection présidentielle de 2017, le candidat de la « Belle Alliance populaire », désigné par une primaire ouverte, Benoit Hamon, va connaître dimanche prochain son Waterloo. Il est en effet maintenant situé en dessous de 10% des suffrages. La présence dans ce maigre total mesuré par les sondeurs de deux électorats d’appoint, celui écologiste fidèle à EELV ou celui radical au PRG, signale s’il en était besoin l’ampleur de l’écroulement du candidat officiel du PS. Or, paradoxalement, ce candidat en grande difficulté  se trouve être sans doute celui qui bénéficie des soutiens les plus forts parmi les dominants du champ académique marqué à gauche (Thomas Piketty, Dominique Méda, etc.). Ceux-ci ont investi dans sa campagne, en particulier parce qu’ils ont conçu le programme européen du candidat. Il existe même en librairie depuis un mois un ouvrage pour expliquer les détails de la proposition de ces intellectuels : Stéphanie Hennette, Thomas Piketty, Guillaume Sacristie, Antoine Vauchez, Pour un traité de démocratisation de l’Europe (Paris : Seuil, 2017), avec en bandeau Thomas Piketty pour bien attirer le chaland. L’ouvrage reprend et affine les propositions qu’a fait T. Piketty depuis quelques années déjà.

Ces intellectuels – dont on pourrait s’amuser à décrire leur position favorable dans le champ académique – ont donc proposé à B. Hamon d’effectuer une critique interne de l’Union européenne. Ils en décrivent ainsi les défauts et proposent des solutions réalistes à leurs yeux qui ne mettent pas à bas tout l’édifice, mais le modifient substantiellement. Celle qui a connu le plus de publicité n’est autre que la création d’une « assemblée parlementaire de la zone euro » fonctionnant sur des principes démocratiques plus classiques pour la gérer que ceux de l’actuelle situation. Or, sauf à tenir pour totalement anecdotique la position en matière européenne des différents candidats, force est de constater que cette option n’a pas beaucoup contribué à séduire l’opinion de gauche : l’option de l’adaptation à marche forcée à l’ordre européen existant (soit celle d’Emmanuel Macron), ou celle de sa critique radicale à grand renfort de bruit et de fureur (soit celle de Jean-Luc Mélenchon) fonctionnent, toujours selon les sondages disponibles, beaucoup mieux.

Il se peut bien en effet que, sur ce point, les électeurs soient plus rationnels que nos distingués collègues. En effet, dans un ensemble aussi vaste et divers que l’Union européenne actuelle, ou même que la seule zone Euro, il est sans doute déraisonnable de laisser croire qu’une réforme puisse être portée par un seul pays. De fait, toutes les grandes avancées des Communautés européennes, puis de l’Union européenne, ont été portées l’accord des élites politiques des principaux pays. Or, à suivre la campagne électorale, la proposition Hamon-Piketty apparait ainsi isolée, sans alliés européens bien précis pour l’imposer, ne serait-ce que sans alliés européens au niveau intellectuel, puisque nos braves penseurs ont oublié de mobiliser quelques intellectuels étrangers à l’appui de leur noble cause – ne serait-ce que dans leur livre.

Du coup, il parait plus simple de se plier à la règle commune comme propose de le faire le haut noble d’État E. Macron en faisant à marche forcée de la France un autre paradis néo-libéral – ou social-libéral si l’on veut – à l’image de l’Allemagne, ou de la refuser  comme le tribun de la plèbe Jean-Luc Mélenchon en se noyant dans une nuée de drapeaux tricolores tout en scandant « Résistance! ». En somme, en 2017, aux yeux de la plupart des électeurs de gauche sans doute instruits par l’expérience des dernières années, on ne peut pas changer l’Europe, on s’adapte ou on la quitte. Tertium non datur.

C.Dautreppe, C. Parrot, M. Vaudano, Lui, Président. Que reste-t-il des promesses de François Hollande?

img20170302_10535297Il est des livres dont la date de parution (début octobre 2016) était calibrée pour en assurer l’écho public, et qui, pourtant, tombent à plat, parce que le contexte a inopinément changé. Celui de trois journalistes, Corentin Dautreppe, Clément Parrot et Maxime Vaudano sur le quinquennat de François Hollande est de ceux-là. Lui, Président. Que reste-t-il des promesses de François Hollande? (Paris: Armand Colin, 2016) se veut à la fois une synthèse et une réflexion sur la réalisation ou non des promesses faites par le candidat F. Hollande en 2011-12. Le livre reprend le travail fait au fil des ans et publicisé déjà par le blog éponyme. (Travail très pédagogique par ailleurs, et primé à juste titre  d’un Prix de l’innovation en journalisme).

La décision de F. Hollande donne bien sûr une toute autre tournure à la lecture de l’ouvrage que celle  sans doute envisagée au départ par les auteurs. A travers des chapitres organisés autour de personnages types qui jugent le quinquennat de leur point de vue (militant de gauche déçu, techno socialiste, ministre hollando-compatible, conseiller au Château, opposant de droite, Président lui-même), le lecteur devait être amené au fil des pages à porter un jugement pondéré sur ce dernier. Évidemment, le renoncement de F. Hollande montre bien qu’au delà de la réalisation des promesses – pas si mauvaise au total et fort explicable à chaque fois – quelque chose n’a vraiment pas fonctionné dans ce quinquennat. La présente campagne électorale pour la présidentielle en constitue d’ailleurs l’épilogue tragi-comique.

Les auteurs en sont d’ailleurs largement conscients, puisqu’un fil rouge semble parcourir leur ouvrage, à savoir la faute originelle de toute campagne présidentielle actuellement: trop promettre à trop de monde pour gagner à tout prix l’élection sans vouloir tenir compte de la réalité institutionnelle des pouvoirs (et/ou absences de pouvoirs) présidentiels. Il faut dire que, selon eux, F. Hollande aurait fait pas moins de 551 promesses (en comprenant celles faites au cours du mandat lui-même). Ils se concentrent d’ailleurs seulement sur les 60 du programme écrit officiel du printemps 2012. Par ailleurs, comme journalistes, ils sont particulièrement sensibles au mauvais tour pris par les médias  en matière de couverture de la vie politique. Le caractère superficiel du travail fait par ces derniers, lié à la recherche d’une couverture instantanée des événements, est dûment décrite au fil des pages et en conclusion comme l’une des raisons du dysfonctionnement de notre vie politique.

Pour qui a suivi la vie politique des dernières années, le livre n’apportera  cependant aucun scoop ou point de vue vraiment nouveau. Il constitue plutôt une synthèse de (presque) toutes les polémiques qui ont émaillé ce quinquennat, et il permettra par exemple à un étudiant de premier cycle en science politique de faire le point sur l’actualité récente. Sa méthode repose de plus presque entièrement sur des entretiens avec des acteurs politiques. Il n’est fait aucun appel qu’à très peu d’analystes (en particulier pas à un politiste, à un économistes ou à des écrits de politiste ou d’économiste). Les intellectuels mobilisés pour comprendre sont des philosophes (M. Gauchet et M. Revault d’Alonnes) et un historien (P. Rosanvallon). C’est plutôt maigre, et, dans le fond, en décalage avec le lourd travail de suivi des promesses fait par ailleurs.

Du coup, pour un lecteur politiste, la seule chose vraiment intéressante qui ressort de cet ouvrage, c’est l’idée d’une bien réelle impréparation des socialistes à gouverner. Cela revient à plusieurs reprises dans les propos rapportés des uns et des autres. Cela tient autant aux politiques proprement dits qu’à leurs conseillers. Cela resterait à vérifier – pour autant que cela soit empiriquement possible – et surtout à expliquer – autrement que par un simple constat droitier de l’irréalisme foncier de toute gauche.

Moins innovant de ce point de vue, ce petit ouvrage bien écrit, comme d’autres, confirme l’importance dans l’échec du quinquennat dans la méthode décisionnelle suivie au quotidien par F. Hollande: s’occuper des détails qui ne devraient pas le concerner, ne rien dire y compris à ses proches soutiens jusqu’au dernier moment, ne pas expliquer vraiment ses grands choix y compris à ses propres ministres ou conseillers, louvoyer presque toujours, rester dans le flou, temporiser, etc. On en vient à se demander parfois ce qu’aurait été ce quinquennat avec les mêmes promesses et la même ligne politique, mais une personnalité présidentielle différente. La question reste cependant très hypothétique dans la mesure où le livre rappelle bien à quel point des promesses particulièrement foireuses (la taxe à 75% sur le revenus de plus d’un million d’euros par an) faites pour gagner l’élection en 2012 sont issues de l’inventivité du futur Président Hollande.

Bref, de ce livre comme d’autres, il ressort encore une fois que Hollande paye à juste titre cet échec dont il apparait tout de même comme le premier responsable. Et dire que le bruit court que notre héros se verrait bien finir sa carrière en Président du Conseil européen, prenant la suite de D. Tusk. Cette odieuse rumeur, que je ne donne à mes lecteurs qu’avec effroi et consternation, doit encore être un mauvais coup de V. Poutine! Il osera donc tout!

E. Macron: plouto-populisme, stato-populisme, centrisme?

Et voilà, c’est fait : François Bayrou et ce qu’il reste du Modem autour de lui vient de rejoindre la candidature présidentielle d’Emmanuel Macron. Il ne sera pas apparemment le dernier des anciens UDF à le rejoindre, déjà le pourtant très grincheux Jean-Louis Bourlanges vient, semble-t-il, de se rendre malgré ses grommellements euro-républicains dans Slate. Cette alliance au nom du centrisme bon teint est d’autant plus piquante à observer qu’à l’automne dernier encore, le même F. Bayrou prétendait – à en croire quelques tweets que des fâcheux ressortent à propos – se méfier du dit E. Macron et des grands intérêts économiques qui le soutenaient, et il me semble même bien d’ailleurs me souvenir que toujours le même F. Bayrou a tenu des propos peu amènes sur le dit E.  Macron lors d’une Matinale de France-Inter il n’y a pas si longtemps. Souvent centriste varie, bien fol qui s’y fie. Quoi qu’il en soit, ce ralliement, comme les autres soutiens engrangés parmi les élites du « cercle de la raison » (A. Minc & Cie) témoigne de la crédibilité qu’a atteint la candidature d’E. Macron à ce stade de la campagne électorale pour le premier tour de cette présidentielle 2017.

Mon jeune collègue Fabien Escalona a donné pour Médiapart l’analyse la plus acérée à ce jour du phénomène, en rappelant qu’E. Macron et son mouvement En Marche! n’étaient pas sans évoquer des entreprises similaires de conquête de l’électorat dans l’histoire européenne récente. Il rappelle fort à propos que cela a  été théorisé en science politique sous le nom de « business firm party » dès la fin des années 1990 – sans que toutefois l’expression soit beaucoup reprise par la suite. La montée en généralité conceptuelle a été en effet difficile à imposer en raison de la dépendance presque totale de ces « partis-fonctionnant-à-la-manière-d’une-firme-privée » à leur fondateur et leader et au destin de ce dernier dans chaque contexte national particulier. En effet, il s’agit toujours d’une organisation, créée ex nihilo autour d’un leader charismatique auto-proclamé et ayant le plus souvent le mérite de ne pas être un homme politique de longue date. Comme ce parti challenger se veut la voix du peuple tout entier, son leader critique toutes les élites politiques en place, sauf bien sûr celles qui se rallient opportunément à lui. Laissez venir à moi les petits enfants. Son orientation la plus visible prend soin de se couler dans les grands courants de l’opinion tels que les lui dévoilent les sondages d’opinion. Je vous ai compris! Son leader invoque un nécessaire renouveau du pays au delà des clivages habituels et un rassemblement des hommes et femmes de bonne volonté autour de sa personne. La rhétorique du mouvement que ce type de leader entend créer est donc clairement populiste. (Je n’aime certes guère ce terme qui finit par être un obstacle sérieux à l’analyse de la réalité politique à force d’être employé pour des forces politiques aux orientations idéologiques et aux histoires opposées, mais, en l’occurrence, il correspond bien à la rhétorique d’ E. Macron du coup de balai et de la nouveauté qu’il prétend représenter, opposés à tous les autres candidats, rhétorique qu’on appelle de fait dans le langage courant populisme.)   Surtout dans le cas de ces business firm party, contrairement à d’autres partis émergents tenant  au nom du peuple un discours similaire de rupture avec tous les partis déjà là – ce qui ne peut que être le point commun à tout parti nouvellement créé -, aucune base militante du parti ou milieu partisan (pour paraphraser mon collègue F. Sawicki) ne préexiste  au leader qui tient ce discours. La base militante ne provient donc pas d’une mobilisation sociale ou pré-politique préalable d’une partie de la population. Elle est recrutée à la va-vite par ce dernier et ses proches au fil de la campagne électorale comme des supporters d’une équipe qui va nécessairement gagner.

En effet,  l’organisation du mouvement part du sommet. De fait, elle ne peut exister et se déployer rapidement que parce que le leader dispose lui-même de moyens économiques importants – ou bien parce que des personnes qui en disposent lui en procurent. (En l’occurrence, E. Macron bénéficie d’évidence de la manne de dons de personnes pouvant donner dans les limites imposées par la loi française, soit 7500 euros par an, et il peut de ce fait selon ce qui est paru dans la presse salarier actuellement 50 personnes.) Par ailleurs, le programme de ce genre de partis challengers, souvent promus par un milliardaire, comme la Team Stronach en Autriche il y a quelques années ou l’ANO 2011 de Andres Babis en République tchèque au même moment, ou attirant l’argent des groupes les plus aisés de la société comme Scelta Civica de Mario Monti en Italie en 2013 , se trouve être de manière plus ou moins avouée, néo-libéral.(L’orientation vis-à-vis de l’Union européenne varie par contre beaucoup.) Bien que le terme n’existe pas en science politique, il me semble donc qu’on pourrait inscrire E. Macron dans cette famille du « plouto-populisme », soit d’une entreprise de conquête de l’opinion sous des oripeaux populistes qui ne peut toutefois exister que parce qu’elle est portée par des groupes fortunés pour faire une fois au pouvoir ce qu’ils croient être – à tort ou à raison d’ailleurs – leurs intérêts. L’un des premiers exemples de ce genre de stratégie de rupture de l’ordre électoral par le haut remonte en fait à la candidature du milliardaire Ross Perot lors des élections américaines de 1992.

Bien sûr, comme le remarque F. Escalona à juste titre, l’exemple le plus patent d’une telle entreprise de conquête de l’électorat par une puissance économique n’est autre que celle de Silvio Berlusconi en 1993-94 en Italie. Constatant l’écroulement du camp électoral modéré (DC-PSI-PSDI-PRI-PLI) suite aux scandales dits de « Mains propres » (et voulant aussi sauver sa peau d’entrepreneur très lié à une partie de ce même camp électoral qui se trouve en train de s’écrouler), S. Berlusconi, cet ancien client ou allié du Parti socialiste italien (PSI), crée donc un parti ex nihilo, Forza Italia, autour de sa personne. Ce parti n’est au départ littéralement qu’une filiale de son conglomérat économique. Or ce dernier, spécialisé dans les médias télévisuels et la publicité grand public, se trouve alors à la pointe de ce qui se fait de mieux en Italie en matière de marketing et de communication. Comme le montre le reportage de Mediapart sur les dessous organisationnels de la « start-up » Macron, on observe mutatis mutandis la même avance des « macronistes » dans l’usage des instruments de connaissance et de manipulation de l’opinion publique.  Le parallélisme entre  le « berlusconisme » et le « macronisme » me parait d’autant plus troublant qu’il existe aussi une parenté idéologique entre les deux. En effet, comme ce dernier incarne au mieux le devenir néo-libéral d’une bonne partie du PS, le « berlusconisme » s’était constitué en continuité avec l’involution néo-libérale du PSI des années 1980 que S. Berlusconi avait accompagné culturellement à travers le contenu pour le moins débilitant de ses trois chaînes de télévisions depuis les années 1970. C’est donc dans les deux cas le socialisme partidaire qui, à travers sa défense de l’individu et de ses droits, de son émancipation, finit par muter  en défense d’un individualisme acquisitif, soutenu concrètement comme entreprise électorale nouvelle par une ou des grandes entreprises ou les milieux d’affaires. Il faut cependant ajouter que E. Macron réussit pour l’instant un miracle dont S. Berlusconi n’avait eu pas besoin de réaliser : malgré son passé très récent auprès du très impopulaire Président F. Hollande, il réussit en effet à se présenter comme un homme nouveau aux idées neuves. Au moins, quand S. Berlusconi propose son « parti libéral de masse » pour reprendre une expression de l’époque à l’attention des électeurs italiens, il a quelques preuves à faire valoir de ses intentions en ce sens – ne serait-ce que parce qu’il a imposé la présence de ses télévisions privées contre la législation étatique en vigueur. Pour E. Macron, c’est l’illusion parfaite, ou la « lettre volée » comme dans la célèbre nouvelle d’E. A. Poe.

Par ailleurs, à cette proximité entre le « berlusconisme » et le « macronisme », il faut ajouter la même capacité à exister – dans un premier temps tout au moins – uniquement par les sondages. S. Berlusconi avait en effet réussi à faire croire à la poussée de  Forza Italia d’abord grâce au fait que les sondages lui ont été immédiatement favorables (y compris ceux faits par des sondeurs proches de son propre groupe économique), ce qui a incité aux ralliements de certains politiciens modérés et permis la constitution d’une double alliance Nord/Sud de toutes les droites autour de lui. De même, pour l’instant, c’est la croyance collective – y compris la mienne! – dans la validité des sondages qui fait exister le « macronisme » – avant même qu’aucun vote réel n’ait jamais été exprimé pour E. Macron. On notera aussi dans le registre des parallélismes cette récente  promesse d’E. Macron d’exempter la masse du bon peuple de France de la taxe d’habitation. Or il se trouve que S. Berlusconi a fait son miel d’une promesse similaire lors de ses dernières campagnes électorales en date (2006, 2008 et 2013), non sans d’ailleurs s’embrouiller à ce sujet, d’une part, avec les autorités européennes à raison de la perte de revenus que cela représentait pour l’État italien et, d’autre part, avec les collectivités locales italiennes privées de ce revenu essentiel. Cette promesse d’E. Macron semble en tout cas montrer qu’il a compris comme S. Berlusconi qu’il faut prendre l’électorat modéré par les grands sentiments du porte-monnaie.

Au delà de ces parallélismes (et peut-être de l’inspiration que trouve E. Macron dans le cas Berlusconi? ), il ne faut pas toutefois nier les différences. S. Berlusconi, quand il entre en politique en 1993-94, se situe sur une ligne plutôt nationaliste. Il tend à critiquer l’Union européenne. (Il changera ensuite, pour revenir ensuite à ses débuts.) Les élites économiques et universitaires italiennes les plus légitimes sont généralement très réticentes à son égard, et les grands médias (enfin ceux qu’il ne possède pas…) ne le voient guère d’un bon œil. De fait, le modéré S. Berlusconi a surtout réussi à coaliser toutes les droites italiennes autour de lui, jusqu’ici exclues de toutes coalitions possibles avant 1994, en s’alliant avec les régionalistes nordistes de la Ligue du Nord d’U. Bossi au nord du pays et avec les néo-fascistes du Mouvement Social Italien de G. Fini au sud et au centre du pays, tout en se ralliant les démocrates-chrétiens les plus à droite. Le « macronisme » est constitué à ce stade de la campagne comme une entreprise résolument et limitativement centriste. C’est le grand bal mondain de tous les coalisables et coalisés. C’est le retour surprenant de la « Troisième force » d’avant 1958 dans une Vème République guère favorable pourtant à cette formule (malgré les « ouvertures » de 1988 ou de 2007). On verra bien ce qu’il en advient s’il arrive à passer le premier tour. Toutefois, il va de soi que E. Macron ne ralliera pas à son panache blanc ni les droites et extrêmes-droites considérant la colonisation comme un fait positif de l’histoire de France ni les gauches et extrêmes-gauches opposées à son œuvre législative comme Ministre de l’économie de F. Hollande. Il vivra du centre, et il y vaincra ou périra.

Par ailleurs, même si les liens entre E. Macron et certains milieux d’affaire paraissent difficilement niables, son aventure m’évoque aussi la théorie du « parti-cartel » de R. Katz et P. Mair énoncée dès 1995. En effet, cette théorie énonce que, dans les vieilles démocraties, les partis politiques ne portent plus les demandes des populations en direction de l’État, mais qu’ils sont devenus à l’inverse des instruments à travers lesquels les élites qui gèrent les États recrutent des électeurs pour légitimer ce que ces dernières avaient de toute façon l’intention de faire. De ce point de vue, certains ralliements d’économistes néo-libéraux depuis longtemps bien en cour au sommet de l’État au « macronisme » (comme son responsable de son programme, Jean Pisani-Ferry), tout comme la défense de l’ordre européen actuel par E. Macron, me ferait plutôt évoquer à son sujet un « stato-populisme ». Ces élites d’État rêvent, semble-t-il, de toujours plus de réformes structurelles. E. Macron leur promet de faire enfin le nécessaire et d’amener le bon peuple à accepter de bonne grâce la potion proposée – ce qui faut bien le dire tient presque de la magie tant la proximité de ce que notre bon apôtre propose est grande avec ce même « socialisme de l’offre » qui a tout de même réussi à rendre F. Hollande le Président de la République le plus impopulaire de la Vème République au point de le mettre en incapacité de se présenter à sa réélection.

Bien sûr, on dira sans doute que ma distinction « plouto-populisme » ou « stato-populisme » est des plus spécieuse. En effet, ce qui se profile derrière E. Macron, c’est l’intrication entre la très haute fonction publique qui croit dur comme fer au néo-libéralisme et à l’Union européenne, le monde des grandes entreprises du CAC 40, et celui des économistes les plus dominants qui ne savent que penser au fil des décennies l’avenir néo-libéral du pays.Après tout, il ne s’agit dans le fond que de « centrisme » dans toute sa beauté conservatrice de l’ordre économique et social existant. « Tout changer pour que rien ne change », l’habituel transformisme comme le souligne à juste titre F. Escalona..

Il reste toutefois qu’une anomalie demeure. Pourquoi une partie de ces élites centristes sont-elles en train de se rallier à E. Macron au lieu de soutenir béatement le candidat de la droite républicaine dans la recherche d’une tranquille alternance?  Certes, il y a le scandale autour des présumés emplois fictifs de la famille Fillon, mais la candidature d’E. Macron précède de quelques bons mois ce rebondissement. Tout de même,  après tout, F. Fillon a proposé à l’automne 2016 un programme de « réformes structurelles » tout à fait alléchant, validé par des millions de braves électeurs et non simplement par des sondages. Au delà de la personne de F. Fillon et de ses embrouillaminis judiciaires, qu’est-ce qui explique le manque de confiance dans cette droite républicaine? Pourtant, elle a donné des gages à travers les projets qu’elle a voté au Sénat depuis qu’elle en a repris le contrôle.

Ma première hypothèse pour expliquer ce doublon Macron/Fillon pourrait bien être l’absence de confiance dans la loyauté européenne de F. Fillon. Après tout, ce dernier a été un proche de P. Séguin, il pourrait donc  bien se souvenir en cas de difficultés de cette proximité, et privilégier les intérêts de ses électeurs à ceux de l’Union européenne. Il a aussi, semble-t-il, tissé des liens personnels avec V. Poutine. De ce point de vue, E. Macron parait un élément bien plus sûr.

Ma seconde hypothèse pour expliquer ce doublon serait le fait que justement le « macronisme » n’étant pas du tout à ce stade tout au moins  un parti au sens ordinaire du terme ne pourrait pas une fois arrivé au pouvoir être redevable de quoi ce soit à une base électorale organisée. La droite républicaine au contraire doit quand même se préoccuper au choix du sort des médecins, notaires, Écoles libres, cathos, familles, agriculteurs, PME, personnes âgées, et autres corporations dont il est bien évident pour un économiste néo-libéral bon teint qu’il faut en faire tabula rasa au plus vite. La droite républicaine est aussi par ailleurs un réseau d’élus locaux, présents partout, même dans la France supposée inutile des campagnes et des petites villes, qui ne sont pas prêts à tous les sacrifices au nom de l’Union européenne et de la nécessaire compétitivité. Que G. Collomb, le grand féodal lyonnais « social-barriste », soit le premier soutien d’E. Macron correspond bien à cet égoïsme territorial des métropoles qui se débarrasseraient bien du fardeau de la France profonde.

Ma troisième hypothèse serait enfin que la droite républicaine apparaitrait trop proche des thèses du FN en matière de traitement des minorités visibles, et que cela finirait par nuire aux affaires. Il est vrai que pour l’Islam de France pour lequel plaide l’Institut Montaigne, avec un F. Fillon à la Présidence de la République (malgré son évidente proximité avec un responsable de ce même institut), cela parait mal parti.

Ce ne sont là que des hypothèses. Et après tout tout le monde sait bien que tout ce beau monde se rassemblera au second tour contre la candidate du FN pour que tout continue comme avant dans le meilleur des mondes possibles. Le reste n’est dans le fond  que détail. Et vive le populisme centriste ou le centrisme populiste du cercle de la raison!

PS. Je précise qu’en écrivant ces quelques lignes, j’ai conscience: a) de bien sûr « faire le jeu du FN » – puisque la continuité de fond du « macronisme » fera éventuellement sens à la veille du second tour –; b) d’être manipulé à l’insu de mon plein gré par les services de désinformation soviétique russe; c) d’être aigri de ne pas avoir été recruté pour conseiller louanger le grand leader – ceci d’ailleurs comme tous les journalistes ou universitaires  qui tentent de garder leur sang-froid face au « macronisme ». Tous des idiots utiles, des traitres ou des aigris.

Et le second tour Monsieur Fillon vous y avez pensé?

Les difficultés que traversent actuellement mes vieux parents mobilisent largement mon attention, mais ce que j’arrive à suivre de la politique française en cette année d’élection présidentielle ne laisse pas de m’inquiéter.

En particulier, le tour pris par l’affaire dite du « Penelopegate » me parait encore plus affligeant depuis que François Fillon a décidé de persister dans sa candidature à l’élection présidentielle.  Faute de mieux, son camp – grands élus et électeurs les plus convaincus – risquent bien de le suivre dans cette détermination.  C’est là un effet classique de « dissonance cognitive ».

Cependant, je vois venir un  petit problème à l’horizon. En admettant que François Fillon arrive par la force des déterminations de la sociologie électorale à se qualifier pour le second tour de l’élection présidentielle (puisqu’il attirera à lui la France bourgeoise, âgée et aisée sur-participante aux élections qui l’a déjà adoubé aux primaires de la droite et du centre), il est fort possible en l’état de ce qu’on sait des orientations générales de l’électorat et de l’offre politique qu’il affronte Marine Le Pen. Dans une telle configuration, semblable à celle de 2002, il faudra bien que d’autres forces que la seule droite républicaine appellent à voter au second tout pour François Fillon, et que les électeurs suivent ces consignes de vote pour faire, comme on dit depuis un bon quart de siècle, barrage au Front national. Normalement, tout devrait se passer comme aux élections régionales de 2015, où, finalement, quelque soit le candidat de droite républicaine resté en lice, il a battu le candidat du FN au second tour.

Toutefois, vu le déballage que représente le « Penelopegate » – même en supposant qu’aucun acte illégal n’ait été commis par François Fillon – et vu le niveau de jésuitisme des propos des Républicains pour défendre leur candidat (par exemple sur les niveaux de rémunération des assistants parlementaires, qui me font un peu grincer des dents…), j’ai un fort doute sur la tenue de l’électorat de gauche ou même du centre face à une telle configuration.  Chirac en 2002 n’était certes pas un ange, mais tout de même refaire le coup avec Fillon en 2017. J’ai mes doutes. Cela serait en tout cas un nouveau test en grandeur nature de la répulsion d’une majorité d’électeurs français pour le FN.

En même temps, vu l’incertitude de cette élection présidentielle de l’an 2017, mes craintes de février ne seront sans doute pas celles d’avril. Et sur ce, je retourne à mes copies en retard.

Ps. en date du 6/3/17 au matin. Décidément, l’affaire Fillon ne s’arrange pas du tout. Pour autant que le dit F. Fillon arrive au second tour, je ne vois pas comment un électeur de gauche ou même du centre pourra le soutenir contre une M. Le Pen. J’en viens à me demander si le soutien affiché hier de la manifestation du Trocadéro par une partie des militants de la droite la plus dure (en particulier, « Sens commun »/ »Manif pour tous ») ne vise pas à permettre un duel de second tour M. Le Pen/E. Macron en faisant se maintenir un candidat de la droite républicaine dont ils sont eux aussi sûr qu’il n’ira pas au second tour, et à faire gagner la dite M. Le Pen. What a fun it will be!

P. Blanchard, N. Bancel, D. Thomas (dir.), Vers la guerre des identités?

img20170103_11253622Il est des livres qu’on se passerait volontiers d’avoir lu. L’ouvrage dirigé par Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Dominic Thomas, Vers la guerre des identités? De la fracture coloniale à la révolution ultranationale (Paris : La Découverte, 2016) fait partie de ces égarements du lecteur que je suis. Ce n’est pas que les auteurs ici réunis y tiennent des propos particulièrement indigents – mais simplement que ce genre de propos me paraissent  doublement aporétique, aussi bien sur le plan scientifique que sur le plan politique.

Comme le résument bien le titre et le sous-titre de l’ouvrage, il s’agit pour les différents auteurs ici rassemblés de proposer un état des lieux et une archéologie de ce qu’ils appellent eux-mêmes le « maelström ‘identitaire’ issu du passé impérial, de la mondialisation à marche forcée et des flux migratoires désormais multidirectionnels, que les attentats de novembre 2015 ont révélé en plein jour »(Introduction, p. 16). La thèse générale de l’ouvrage est en effet qu’on ne saurait expliquer et comprendre la montée en puissance d’une politique des identités en France sans faire un retour en arrière historique et sans voir la situation de notre pays comme essentiellement « post-coloniale ». La rapide Postface de l’écrivain Alexis Jenni (C’est français, ça?, p. 259-266) résume toute l’ambiance (sombre) de l’ouvrage, en montrant le parallélisme entre le fonctionnement d’une classe de lycée contemporain et « l’Algérie de papa »  – comme aurait dit le Général De Gaulle – : le seul étranger, en regard duquel se construit l’identité ordinaire de Français de la part d’élèves d’origines très diverses par ailleurs, c’est l’Arabe éternel. De fait l’ouvrage ne nous épargne rien des tourments qui se déploient sans fin autour de la mémoire et de l’histoire de la colonisation, et de ses effets très contemporains sur le débat politique et la société française. C’est sûr qu’avec un Eric Zemmour trônant au milieu de la scène médiatique depuis quelques années et Valeurs actuelles battant les records de vente à chaque une vintage à la Je suis partout, il n’y a guère à se fatiguer pour enfoncer la porte.

Toutefois, le problème scientifique de l’ouvrage saute dès lors aux yeux. En admettant même que l’histoire coloniale française soit derrière la situation contemporaine, en quoi cela explique-t-il vraiment les spécificités françaises?  A ma connaissance, aussi bien la Hongrie que la Pologne , où les droites nationales et identitaires sont au pouvoir et où elles hurlent littéralement depuis plus d’un an contre l’arrivée de réfugiés musulmans sur leur sol sacré, n’ont jamais eu quelques colonies que ce soit outre-mer, et ces pays n’ont accueilli par conséquence aucune immigration venue de leurs ex-colonies inexistantes par définition. Même remarque pour la Suède, qui connait la montée en puissance d’une extrême-droite des plus sympathiques par ses accointances néonazies, ou pour le Danemark, elle aussi dotée d’un beau parti à la droite de la droite bien sympathique, qui, certes, a colonisé le Groenland et quelques autres contrées peu hospitalières, mais bon. En somme, avant de proclamer urbi et orbi que la France souffre d’un problème de « post-colonialisme », encore faudrait-il réfléchir un moment au tableau d’ensemble de la politique en Europe, et plus généralement en Occident. La montée en puissance d’une « question musulmane » – liée à une réorientation de l’extrême droite de l’ennemi sémite juif vers l’ennemi sémite musulman –  transcende d’évidence le seul cas français. J’ai eu le malheur de lire cet ouvrage au moment même où la campagne électorale américaine battait son plein avec son lot de polémiques anti-musulmanes de la part de D. Trump. Cela aura comme on l’imaginera aisément quelque peu impacté ma lecture. De ce point de vue, il aurait été intéressant de se demander ce que notre histoire coloniale apporte de complications supplémentaires à cette question musulmane plus générale. En quoi cela envenime vraiment les choses? Ou, éventuellement, en quoi cela les mitige plus qu’on ne le dit? (Le néerlandais G. Wilders dit tout de même des choses qui sont bien plus radicales au sujet de l’Islam que notre bon vieux FN des familles, mais est-ce dû aux effets à long terme de la colonisation néerlandaise de l’Indonésie? ) Je suis aussi très attentif à cette question comparative, parce que je sais par ailleurs qu’en Italie une bonne part de l’opinion publique fonctionne sur un registre similaire à celui que les auteurs de cet ouvrage observent en France (le succès du livre ‘La Rage et l’orgueil’ d’O. Fallaci dès le début des années 2000 vaut bien celui des Zemmour actuels), alors même que le gros de l’immigration contemporaien n’y a aucun rapport  avec une situation directement « post-coloniale ». (En effet, dans les années 1990, ce ne sont pas les immigrés d’Éthiopie ou d’Érythrée ou leurs descendants directs à la peau noire qui furent les cibles les plus évidentes du racisme italien, mais bien plutôt les « marocchini » [marocains]- arabes en général -, les « vu’cumpra » [litt. ‘vous achetez’] – sénégalais en particulier-, et surtout les  Albanais, Roumains et autres balkaniques, dont bien sûr les Tsiganes de diverses nationalités).  Évidemment, on pourrait rétorquer que tout l’Occident (Hongrie et Pologne compris) souffre d’un syndrome de stress « post-colonial » lié à la décolonisation des années 1950-60, syndrome qui se trouverait encore renforcé par son déclin relatif actuel face aux « puissances émergentes » de l’ex-Tiers Monde, mais du coup, en quoi le cas français demeurerait vraiment spécifique? Quels preuves les auteurs donnent-ils que le débat identitaire est vraiment pire en France qu’ailleurs? Aucune, puisqu’ils ne se posent même pas la question. Ce qui est tout de même gênant dans un monde où un Trump, un Orban, et autre personnages de ce genre, tiennent le haut de l’affiche.

Sur le plan directement politique par ailleurs, le livre ne fait en plus que constater une impasse. Il décrit finement la montée en puissance en France de la question identitaire au fil des années (en s’appuyant en particulier sur des ouvrages précédents de la même équipe d’auteurs). Comme deux des directeurs de l’ouvrage sont des historiens, on voit bien qu’ils se trouvent coincés entre deux options : constater froidement l’impossibilité actuelle en France d’une histoire partagée et surtout objective de la colonisation et de la décolonisation, et l’espérer en même temps, à la fois comme signe que les conflits à ce propos se calmeraient et comme remède à ces derniers. Pour ma part, je ne vois pas en quoi une histoire objective de la colonisation pourrait aider de part et d’autre. Pour avoir lu au fil des années quelques livres d’histoire sur l’Algérie et sa lutte pour l’indépendance (pas ceux écrits par les partisans de l’Algérie française…), je soupçonne fort qu’en tant que brave descendant de Français métropolitain, sans aucune attache avec l’Algérie, j’y ai vu bien autre chose qu’un descendant du même âge que moi de l’immigration algérienne. Mon implication émotionnelle se trouve sans doute moindre. Je ne sens guère en tout cas en quoi mon destin personnel en a été en quoi que ce soit impacté. En tout cas, je ne vois guère comment raconter cette histoire d’une manière qui soit possible et apaisante pour à la fois – mettons les choses au pire – un « Indigène de la République »  d’un côté et un « militant du FN » de l’autre, et cela d’autant plus que les interventions des autorités françaises dans l’histoire de l’Algérie indépendante ne sont pas non plus complètement innocentes et ne ferment pas le dossier en 1962. La colonisation n’a pas aidé, et la décolonisation encore moins.

Au total, ce livre intéressera sans aucun doute le spécialiste des « French studies », qui se délectera des méandres de nos débats hexagonaux et de leur insularité foncière, mais il n’apportera rien à l’habitant un peu informé de ce qui se passe au jour le jour dans ce beau pays de France.

Enfin, sur ces propos négatifs,  il me reste tout de même à vous souhaiter une Bonne année 2017!

9 novembre 2016

Je ne sais pas ce que le destin trouve de si passionnant aux 9 novembre, mais je soupçonne qu’il commence à se moquer sérieusement de nous. Le 9 novembre 1918, l’Empire allemand s’écroule. Le 9 novembre 1938, c’est la « Nuit de Cristal ». Le 9 novembre 1989 tombe le Mur de Berlin. Et, le 9 novembre 2016, on annonce l’élection à la surprise et stupeur générales comme Président des États-Unis d’un lointain descendant d’immigrant allemand, d’un outsider absolu de la politique. C’est vraiment, semble-t-il, le « Schicksaltag der Deutschen » , le jour du destin des Allemands, et, par là-même, de nous-mêmes.

Comme beaucoup de gens pourtant bien informés a priori, je n’avais pas venu venir cet événement. Ou plutôt ai-je espéré jusqu’au dernier moment que les sondages diffusés par les médias ne se trompent pas. Je trouvais pourtant que le slogan choisi par Donald Trump était excellent : « Make America Great Again », une telle forfanterie de sa part ne pouvait que le porter à la Maison blanche. Ce n’était pourtant là qu’une simple intuition (esthétique?) de ma part.

En effet, l’un des coups de massue de cet événement, c’est bien sûr l’écroulement de la crédibilité de l’instrument sondagier. Les spécialistes du domaine chercheront à se dédouaner en plaidant la marge d’erreur, l’évolution de dernière minute, et surtout l’électeur chafouin refusant obstinément de répondre à quoi que ce soit de ce genre. Il restera tout de même que la plupart des sondages allaient dans le même sens, et ce jusqu’à la fin (même s’ils avaient perçu un frémissement de toute dernière minute pro-Trump). Un seul baromètre sondagier donnait régulièrement Trump en tête. Quel échec! Que penserait-on par exemple d’une méthode chirurgicale en médecine qui ne réussirait qu’une fois sur dix ou bien moins encore?  Quant à l’agrégation de résultats de sondages sur les swing states pour estimer le résultat final en grands électeurs, l’échec s’avère là aussi complet. On ne souligne guère en plus que les sondages n’avaient pas vu venir non plus la vague républicaine au niveau des élections de la Chambre des représentants. Contrairement à ce qui avait été craint à un moment de la campagne par les responsables républicains eux-mêmes, la candidature Trump n’a pas eu un effet repoussoir sur les électeurs qui se serait répercuté sur les chances d’élection ou de réélection des représentants de son propre camp, bien au contraire, il les a menés à la victoire aussi à ce niveau-là. Il est en plus assez cruel pour l’image publique de ma propre discipline qu’à la fin ce soit un article de Michael Moore, le cinéaste d’extrême gauche, paru dans le Huffington Post l’été dernier, qui paraisse à l’applaudimètre le plus prémonitoire de ce qui a fini par arriver. Il est vrai cependant que, comme le souligne François dans Polit’bistro, que, sur les fondamentaux de ce qui ferait l’élection de Trump en novembre 2016, la science politique a bien des choses pertinentes à dire. De fait, les raisons qui expliquent la défaite d’Hillary Clinton sont largement les mêmes que celles qu’évoquait alors M. Moore. La carte régionale des progrès électoraux des Républicains, avec cette immense tâche de progression autour des Grands Lacs, la désormais célèbre Rust Belt, confirme en effet  son analyse selon laquelle les électeurs de ces régions n’en pouvaient plus d’un candidat démocrate leur promettant encore plus de libre-échange. Face à un Donald Trump choisi officiellement par les Républicains (et non pas opérant en tiers parti, comme Ross Perot en 1992), Michael Moore avait aussi bien perçu le problème posé aux Démocrates par la candidature de Madame Clinton, une ploutoucrate moralisante à souhait (on se souviendra longtemps de sa saillie de fin de campagne sur les « déplorables »!). Cette dernière ne pouvait qu’énerver un peu plus encore les blancs peu éduqués des classes moyennes inférieures – tout au moins ceux qui sont allés voter. Surtout elle semble avoir réussi à démobiliser son propre camp, puisque, selon tous les chiffres que j’ai vu passer, c’est surtout le vote démocrate qui s’écroule entre 2008 et 2012, en dépit même des tendances socio-démographiques favorables à ce vote (éducation, poids des minorités). Même si elle devait rester lors du décompte final légèrement majoritaire en suffrages à l’échelle du pays, il n’est pas difficile de voir a posteriori qu’il s’agissait là du pire candidat possible à un moment où les électeurs des États-Unis aspirent à du changement (après tout c’était déjà là l’un des ingrédients de la victoire de B. Obama contre elle lors de la primaire démocrate de 2008…). Or, par définition, elle représentait comme démocrate, le candidat sortant pour la Présidence après les deux mandats démocrates d’Obama. Force est de constater qu’elle a  raté l’opération qui avait si bien réussi chez nous à N. Sarkozy en 2007 où il se présenta comme l’homme de la rupture, alors même que son propre parti (RPR puis UMP) était au pouvoir depuis douze ans. Il faudra se demander d’ailleurs pourquoi lors de la primaire démocrate de 2015-16 seul Bernie Sanders a osé la défier. Les historiens feront sans doute un jour toute la lumière sur les accords pris au sein du Parti démocrate pour ouvrir la voie de la victoire défaite à Madame Clinton. Il restera toujours un doute : que se serait-il passé si les Démocrates avaient choisi un équivalent de Sarkozy? Pas nécessairement Sanders, probablement trop à gauche, mais un Obama bis? Enfin, cette élection tend à prouver que les grands indicateurs économiques habituels donnent désormais une vision erronée de la situation réelle des habitants d’un pays comme les États-Unis et ne définissent plus vraiment l’ambiance y prévalant. On avait déjà vu cela lors du vote britannique sur le Brexit.  La croissance du PIB et les taux de chômage et d’inflation ne veulent donc plus dire grand chose politiquement : il y a désormais des majorités de mécontents  à soulever dans l’électorat des pays développés malgré ces bons indicateurs. Enfin, suite au mouvement « Black live matters », il n’était pas tout de même pas très difficile de se rendre compte qu’il existait plus que jamais un solide fond de sauce raciste et xénophobe dans la population et les institutions américaines. Cependant, cet échec à prévoir, qui ne correspond sans doute pas à toute la science politique mais seulement à sa marge la plus dépendante des sondages pour son appréhension de la réalité,  n’a guère d’importance dans le fond : seule la victoire de Trump importe pour l’histoire à venir. Le meilleur du pire reste à venir.

Et là, je ne serai guère original, bien au contraire: il y a vraiment de quoi s’inquiéter. Sans doute parce que je ne fréquente pas trop les sites d’extrême-droite (c’est un tort je sais), je n’ai pas lu un seul article ou billet de blog depuis l’annonce de la victoire de Trump qui laisse le moindre espoir que cela ne se passe pas très mal au final. There will be much blood.

Sur le plan du personnage que représente Donald Trump, comme je suis spécialiste de la vie politique italienne, il m’est très difficile de ne pas le comparer avec celui de Silvio Berlusconi. Or, en 1994 au moins, le dit Silvio était infiniment plus présentable que le dit Donald. Au contraire, à l’époque, avec son air de gendre parfait et ses costumes et cravates à l’anglaise, Berlusconi représentait le leader modéré qui garantissait qu’il saurait gérer au mieux des intérêts de la bourgeoisie libérale et anti-communiste ses deux alliés remuants d’extrême droite (la Ligue du Nord d’Umberto Bossi et les néofascistes du Mouvement social italien de Gianfranco Fini). Surtout, les biographes de S. Berlusconi, même très critiques à son égard, étaient beaucoup plus positifs sur ses capacités intellectuelles et même sur son sens moral. Par contraste, le contenu de la table-ronde organisée par PoliticoMagazine entre certains des biographes de Trump m’a frappé : au delà de leur carrière immobilière/médiatique, de leur capacité à parler au grand public et à leur charme dans les relations privées qu’ils ont en commun, aucun ne prétend que D. Trump  travaille dur, qu’il est capable de se concentrer (?!?) ou d’un minimum d’altruisme. Au contraire, personne n’a expliqué en 1994 que S. Berlusconi n’avait pas une grande  capacité de travail, un solide sens stratégique, et surtout quelques collaborateurs et amis prêts à tout pour lui qu’il savait fort bien fidéliser – un vrai patron avec des clients en somme. Il faut rappeler ici que le machisme, les blagues racistes et homophobes, la réhabilitation du fascisme, les propos contre la démocratie parlementaire, etc. sont venus ensuite. En 1994, S. Berlusconi, certes bien plus jeune que Trump en 2016, savait se tenir – son priapisme et son goût pour les jeunes filles n’est venu couronner le tout que quelques années plus tard. Je rejoins donc là un commentaire assez général sur le cas Trump : il n’existe sans doute pas dans l’histoire récente d’exemple comparable d’un candidat victorieux à une élection majeure dans une vieille démocratie dont les défauts moraux ont été aussi clairement étalés aux yeux du  grand public par les médias au moment même de son élection. Il ne lui manque que la pédophilie, le cannibalisme et les messes noires, pour être le pire du pire. Cela aussi Michael Moore le pressentait en citant d’autres exemples où les électeurs américains avaient choisi d’élire des unfit for the job pour cette raison même.

Par ailleurs, du point de vue de la politique française, cette victoire outre-atlantique de la droite la plus dure, pour ne pas dire de l’extrême droite, n’annonce vraiment rien de bien sympathique. Avec bien d’autres indices qui s’accumulent depuis au moins dix ans, la victoire de Trump semble pour le coup définir vraiment un sens de l’histoire: une ère du « néo-nationalisme », comme l’a appelée immédiatement un collègue écossais, Mark Blyth. L’effet le plus courant à moyen terme de la crise économique ouverte en 2007/08 semble désormais évident : les droites autoritaires, nationalistes et xénophobes progressent, et les gauches modérées qui ont essayé de jouer le business as usual sombrent les unes après les autres.  Sur un plan très (trop?) général, on dirait bien avec le recul du temps que la Russie des années 1990 fut le véritable laboratoire du futur : choc néo-libéral dans un premier temps qui traumatise les 9/10ème de la population russe, chaos économique et bientôt politique, et enfin choc en retour autoritaire, nationaliste et xénophobe, qui préserve toutefois si j’ose dire les acquis du capitalisme.   Par ailleurs, au delà de ce contexte général, qu’on observe de manière trans-civilisationnelle n’en déplaise à S. Huntington (en Chine, au Japon, en Inde, en Turquie, etc.) à des degrés divers avec la montée en puissance de la formule « nationaliste-autoritaire-machiste-religieuse-capitaliste » un peu partout,  il m’est difficile de ne pas voir comme beaucoup de gens que  les situations de la France et des États-Unis se ressemblent mutadis mutandis par bien des côtés.Deux pays de vieille industrialisation et de vieille démocratie où les classes populaires qui se considèrent elles-mêmes comme « de souche » sont en train de basculer – quand elles votent! – à l’extrême droite ou à la droite de la droite. Comme l’explique bien  le politiste néerlandais Cas Mudde, leur désarroi économique se traduit par une xénophobie qu’exploiteront ceux qui ont investi dedans depuis des décennies. Il est donc illusoire à ce stade de séparer le bon grain de la plainte économique et sociale de l’ivraie du ressentiment xénophobe et des aspirations autoritaires.

Par ailleurs, comme je l’ai rappelé plus haut, la défaite de Madame Clinton rappelle que les indicateurs socio-économiques ordinaires de réussite sont désormais un leurre. Notre gauche de gouvernement sera elle aussi écrasée l’an prochain – malgré ses « bons chiffres ». Eh oui, mon bon François. la courbe du chômage baisse, les comptes de la Sécurité sociale sont presque à l’équilibre, « Cela va mieux »,  tous les espoirs te sont permis : tu peux donc te présenter à la primaire de la « Belle Alliance populaire » pour la perdre probablement, et celui qui t’aura battu (Montebourg? Macron? Valls?) perdra lui-même l’élection présidentielle.

Anticipant sans doute cette issue, une Dominique Méda pousse un cri de colère dans un article du Monde en remontant le fil des erreurs de la gauche jusqu’en 1983, et en allant jusqu’à regretter l’élection de F. Hollande en 2012 qui n’a fait qu’empirer les choses pour la gauche française. De fait, il faut bien  constater en effet qu’il n’est plus temps de renverser la vapeur. En ce début du mois de novembre 2016, le temps manque pour prouver aux électeurs des classes populaires et moyennes que la gauche de gouvernement peut vraiment faire quelque chose pour eux. Ce n’est pas un petit avantage social par là, et une petite baisse d’impôt direct par là, qui changera quelque chose à l’image déplorable de changement qui n’est décidément pas pour maintenant qu’a donné la présidence Hollande depuis 2012. Ce n’est pas après avoir fait voter une « Loi travail » contre la volonté des deux des principaux syndicats de salariés (la CGT et FO) et des centaines de milliers de manifestants que cette gauche de gouvernement-là risque de séduire de nouveau le bon peuple. De même, après huit années de « Yes We Can », une bonne part des classes moyennes inférieures et classes populaires nord-américaines en a conclu qu’il n’y avait rien à attendre de ce côté-là de l’échiquier politique. Ce fut donc l’abstention ou le vote Trump. En France, les électeurs ne croiront jamais non plus qu’un représentant de cette gauche de gouvernement qui les a tant et tant trahis dans leurs espoirs depuis le début des années 1980, et encore plus depuis 2012 va être là pour eux. Certains espéreront certes que Mélenchon, séparé du PS depuis 2008 et clairement à l’extérieur de BAP, ou Montebourg ou Hamon au sein du PS et donc à l’intérieur de la BAP,  relèveront le flambeau de la gauche qui sait parler aux classes populaires. Je n’y crois guère parce qu’aucun d’entre eux ne dispose d’une vraie base locale ou  d’un modèle étranger pour exemplifier et crédibiliser ce qu’ils veulent faire, et qu’ils restent en plus divisés sur le statut de l’Union européenne. Et surtout, à en juger par les dernières élections locales, la gauche est de toute façon devenue très minoritaire dans le pays. Une remontée subite de cette dernière en 2017 défierait vraiment toutes les tendances à l’œuvre depuis 2012. Peut-on être de gauche, donc rationaliste, et croire aux miracles?

Du coup, qu’en sera-il de cette prochaine élection présidentielle? Comment un électeur de gauche va-t-il faire pour choisir au second tour entre la Peste xénophobe d’une Le Pen et le Choléra néo-libéral d’un Juppé, Sarkozy ou Fillon? Les candidats les plus probables de la droite sont en effet à ce stade de la campagne des primaires de la droite presque parfaitement « anti-sociaux » dans leurs propositions économiques. Certes Sarkozy va se précipiter in extremis de la campagne des primaires de la droite pour faire du Trump en prônant le protectionnisme de manière outrancière, mais avec quelle crédibilité auprès des électeurs auquel il a déjà chanté ce refrain entre 2007 et 2012? Il y a une droite républicaine  tenant un tel discours (N. Dupont-Aignan, et H. Guaino), mais justement, elle n’a pas son champion crédible au sein même de la primaire de la droite.  Certes le candidat investi de la droite peut changer de discours pour la campagne présidentielle, mais cela lui sera difficile d’être crédible. Au total, cela veut dire que le candidat de la droite républicaine va être dépourvu face à une candidate FN qui pourra appuyer à l’envie sur cet aspect. J’en ris jaune d’avance. Et là, franchement, je crois que je vais essayer de me préparer moralement au pire.