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B. Hamon l’européen, victime de ses soutiens académiques?

Si l’on en croit tous les sondages publics disponibles à quelques jours seulement du premier tour de l’élection présidentielle de 2017, le candidat de la « Belle Alliance populaire », désigné par une primaire ouverte, Benoit Hamon, va connaître dimanche prochain son Waterloo. Il est en effet maintenant situé en dessous de 10% des suffrages. La présence dans ce maigre total mesuré par les sondeurs de deux électorats d’appoint, celui écologiste fidèle à EELV ou celui radical au PRG, signale s’il en était besoin l’ampleur de l’écroulement du candidat officiel du PS. Or, paradoxalement, ce candidat en grande difficulté  se trouve être sans doute celui qui bénéficie des soutiens les plus forts parmi les dominants du champ académique marqué à gauche (Thomas Piketty, Dominique Méda, etc.). Ceux-ci ont investi dans sa campagne, en particulier parce qu’ils ont conçu le programme européen du candidat. Il existe même en librairie depuis un mois un ouvrage pour expliquer les détails de la proposition de ces intellectuels : Stéphanie Hennette, Thomas Piketty, Guillaume Sacristie, Antoine Vauchez, Pour un traité de démocratisation de l’Europe (Paris : Seuil, 2017), avec en bandeau Thomas Piketty pour bien attirer le chaland. L’ouvrage reprend et affine les propositions qu’a fait T. Piketty depuis quelques années déjà.

Ces intellectuels – dont on pourrait s’amuser à décrire leur position favorable dans le champ académique – ont donc proposé à B. Hamon d’effectuer une critique interne de l’Union européenne. Ils en décrivent ainsi les défauts et proposent des solutions réalistes à leurs yeux qui ne mettent pas à bas tout l’édifice, mais le modifient substantiellement. Celle qui a connu le plus de publicité n’est autre que la création d’une « assemblée parlementaire de la zone euro » fonctionnant sur des principes démocratiques plus classiques pour la gérer que ceux de l’actuelle situation. Or, sauf à tenir pour totalement anecdotique la position en matière européenne des différents candidats, force est de constater que cette option n’a pas beaucoup contribué à séduire l’opinion de gauche : l’option de l’adaptation à marche forcée à l’ordre européen existant (soit celle d’Emmanuel Macron), ou celle de sa critique radicale à grand renfort de bruit et de fureur (soit celle de Jean-Luc Mélenchon) fonctionnent, toujours selon les sondages disponibles, beaucoup mieux.

Il se peut bien en effet que, sur ce point, les électeurs soient plus rationnels que nos distingués collègues. En effet, dans un ensemble aussi vaste et divers que l’Union européenne actuelle, ou même que la seule zone Euro, il est sans doute déraisonnable de laisser croire qu’une réforme puisse être portée par un seul pays. De fait, toutes les grandes avancées des Communautés européennes, puis de l’Union européenne, ont été portées l’accord des élites politiques des principaux pays. Or, à suivre la campagne électorale, la proposition Hamon-Piketty apparait ainsi isolée, sans alliés européens bien précis pour l’imposer, ne serait-ce que sans alliés européens au niveau intellectuel, puisque nos braves penseurs ont oublié de mobiliser quelques intellectuels étrangers à l’appui de leur noble cause – ne serait-ce que dans leur livre.

Du coup, il parait plus simple de se plier à la règle commune comme propose de le faire le haut noble d’État E. Macron en faisant à marche forcée de la France un autre paradis néo-libéral – ou social-libéral si l’on veut – à l’image de l’Allemagne, ou de la refuser  comme le tribun de la plèbe Jean-Luc Mélenchon en se noyant dans une nuée de drapeaux tricolores tout en scandant « Résistance! ». En somme, en 2017, aux yeux de la plupart des électeurs de gauche sans doute instruits par l’expérience des dernières années, on ne peut pas changer l’Europe, on s’adapte ou on la quitte. Tertium non datur.

Des salauds en casquette… aux salauds en T-shirt.

Le conflit autour de la « Loi travail » suit imperturbablement son cours depuis des mois, et comme tout conflit d’une certaine ampleur, il permet de clarifier les positions des uns et des autres.

La récente sortie d’Emmanuel Macron face à deux syndicalistes sur leurs t-shirts qui ne lui font pas peur et les costumes qu’on doit s’acheter grâce à son travail n’a été que l’un de ces mots doux qui traduisent la réalité des luttes (de classe) dans la France (apaisée) d’aujourd’hui.

Bien sûr les grévistes de la CGT sont des sortes de « voyous » ou de « terroristes » pour le responsable du MEDEF. Of course, le chômage de masse, c’est la faute de ce même syndicat, selon ce même homme qui parle d’or. Bien sûr une grève qui gêne quelque usager ou une personne qui veut travailler, c’est « une prise d’otage » pour la Ministre (socialiste!) du travail. Et naturellement, pour la même Ministre, la « majorité silencieuse » est du côté de sa réforme – nonobstant les sondages indiquant le contraire, mais il est vrai que, pour répondre à un sondage, il ne faut pas par définition rester silencieux, CQFD. (Quand on connait un peu l’histoire de ce terme de « majorité silencieuse », on se dit que soit la Ministre en question n’a aucune culture politique et utilise les mots du sens commun conservateur sans réfléchir à l’énormité ainsi proférée pour une personne s’inscrivant à gauche, soit que, décidément, elle se situe en réalité très à droite et sait très bien manier la rhétorique conservatrice.)

Et puis ceux qui, à gauche, soutiennent les grévistes et autres protestataires  ne font, selon un autre Ministre, rien moins que « le jeu du Front National », et sans doute nous promettent le retour des heures les plus sombres de notre Histoire. Il faut que la gauche reste unie (derrière F. Hollande)… sinon cela sera… Hitler Marine Le Pen.

Un chouïa de violences policières, un peu excessives tout de même, pour donner un peu de corps  à ce brouet. Un Président de la Commission européenne qui vient ajouter son grain de sel en précisant que cette « Loi travail » est certes  bien sympathique, mais qu’elle ne va pas assez loin. Du coup, avec tout cela, il semble même aux dernières nouvelles qu’un Alain Touraine en soit sorti de la tombe où il s’apprêtait à entrer  pour se plaindre du sort fait aux acquis du mouvement ouvrier. Réussir à faire en sorte de reclasser A. Touraine à gauche de la gauche, il fallait le faire tout de même.

On en passe et des meilleures. Et le tout agrémenté du mot de « progrès » répété inlassablement pour justifier le tout.

Si F. Hollande compte vraiment sur cet épisode pour passer le premier tour de l’élection présidentielle à venir, c’est  vraiment là un pari fort intéressant. Il me semble surtout en bonne voie de réussir la « Pasokisation » ou la « PvdAisation » du PS. C’est la touche (finale?) à la grande œuvre commencée à l’été 2012 avec le refus d’aller à l’affrontement politique avec l’Allemagne conservatrice d’A. Merkel. Quelle meilleure démonstration pouvait-il offrir en effet pour finir son quinquennat aux électeurs encore de gauche  qu’en réalité la majorité du PS (qui le suit tout de même dans cette aventure) n’a rien rien d’autre à proposer qu’une version hypocrite de l’ajustement (néo-libéral) aux contraintes de la zone Euro? La régression nommée progrès.

Les électeurs de gauche n’avaient pas voté pour cela, et ils risquent de s’en souvenir, comme d’autres électeurs ailleurs en Europe..

Les vertiges du succès.

François Hollande a réussi un exploit avec son émission télévisée de hier soir. Il a réussi en effet à se faire traiter de nul par Bernard Guetta le lendemain matin sur France-Inter. Le géopoliticien maison a certes cru bon de nuancer son propos en soulignant que tous les exécutifs du monde étaient nuls en ce moment et largement dépassés par les événements, mais, tout de même, de la part d’un très légitimiste Bernard Guetta qui vient juste de se rendre compte que le « démocrate-musulman » Erdogan est un tyran en devenir, cela m’a fait tout drôle au petit déjeuner. Les Gorafistes auraient-ils pris le contrôle des ondes de service public?

Et, puis ensuite sur les mêmes ondes, il y eu le plus accommodant sondeur Jérôme Jaffré qui, tout en soulignant prudemment que cet entretien télévisé posait des jalons pour la possible reconquête de l’opinion publique par F. Hollande, a qualifié d’« anti-communication » la déclaration du Président  affirmant que « la France va mieux », tellement en effet les Français eux n’ont pas du tout cette impression.

Ce n’est pas très étonnant d’ailleurs. Il faut rappeler en effet que, si certains indicateurs s’améliorent (un peu) comme l’a dit F. Hollande (celui du déficit public par exemple pour l’année 2015), celui qui concerne la principale préoccupation des Français selon les sondages – le chômage – vient encore de battre un record le mois dernier. Le matin même, l’économiste Eric Heyer de l’OFCE affirmait sur une chaîne de télévision que, sauf événement économique contraire inattendu, le chômage allait baisser désormais lentement, mais qu’il faudrait 7 à 8 ans (sic) pour retrouver le niveau de chômage d’avant le crise de 2007-8. Autrement dit, vu du monde du travail, les perspectives de ce côté-là restent noires, et elles risquent bien de le rester encore longtemps – pour un temps tellement long, me suis-je dit, que quelque chose (de très désagréable) risque bien de se passer en France d’ici là.

Dans l’immédiat, je suis comme bien des gens persuadé que F. Hollande va au désastre s’il se présente à l’élection présidentielle. Il sera battu. Il faut dire que la « Belle Alliance populaire » , nom de scène du groupe de politicard(e)s rassemblés cette semaine par J. C. Cambadélis au nom du PS pour le soutenir, fait immédiatement penser au nom de la ferme de « Belle Alliance » qui fut longtemps le nom de la bataille de Waterloo en allemand (« Belle-Alliance Sieg »). Je serais un fanatique d’occultisme, j’y verrais d’ailleurs l’évident présage que F. Hollande et ses derniers grognards vont être écrasés par la mâchoire des exigences britanniques et allemandes sur l’Europe.

De fait, la question qu’on devrait se poser désormais, c’est quelle excuse F. Hollande peut trouver pour ne pas se représenter.

En effet, tous ceux qui appellent F. Hollande à ne pas briguer un second mandat sous-estiment le poids d’opprobre qu’une telle décision ferait porter sur le personnage. Sous la Vème République, tous les Présidents de la République se sont représentés s’ils en avaient la possibilité. De Gaulle, VGE, Mitterrand, Chirac, Sarkozy l’ont fait. Il n’y a bien que G. Pompidou qui ne l’ait pas fait pour cause de décès prématuré. Ne pas se représenter se serait admettre aux yeux des Français et du monde entier que l’on n’était pas, comme s’est lâché à le dire ce matin B. Guetta, « fait pour le job ». C’est donc perdre complètement la face, et rester pour quelques années ensuite le Président le plus mauvais que la Vème République ait connu. Un exemple définitif du célèbre « Principe de Peter ».

Il vaut donc mieux pour F. Hollande aller bravement au désastre électoral qu’il pourra toujours attribuer ensuite à la conjoncture économique, à la crise européenne, à la désunion de la gauche, aux écologistes, aux jeunes, aux vieux, à Bolloré, à BFM, à Marianne, au MEDEF, aux syndicats, aux intellectuels, aux blogueurs, etc.. La seule façon d’échapper à ce désastre serait de trouver une bonne excuse pour ne pas se représenter qui ne soit pas liée à son échec à mener une politique qui satisfasse une majorité de Français. Le plus simple serait de se déclarer malade (et de l’être vraiment), par exemple d’un cancer – cela ferait certes mitterrandien ou pompidolien, mais cela permettrait aux éditorialistes de gloser ensuite sur l’époque nouvelle où la transparence est reine. F. Hollande en sortirait grandi. Les malades ne nous gouverneront plus. Une maladie neurodégénérative, point trop invalidante tout de même,  serait aussi très bien vue. Des problèmes cardiaques me paraitraient un peu limite – faisant croire à une excuse foireuse du genre : « Désolé, j’ai piscine. » – sauf à faire un grave malaise en une circonstance publique, à l’étranger si possible pour prouver que c’est vraiment du sérieux. Avec une maladie déclarée, l’obligation d’exprimer de la compassion pour l’homme l’emportera dans l’espace public. J’entends déjà Marine Le Pen ou Nicolas Sarkozy souhaiter un bon rétablissement au Président et l’assurer de leur plus vif soutien dans cette terrible épreuve. Si la maladie est incapacitante, il faudra démissionner et le jeunot qui préside le Sénat se fera un plaisir d’assurer l’intérim.

Malheureusement pour F. Hollande, une maladie ne se décrète pas. Il faudra donc y aller bon gré mal gré, et composer avec les « vertiges du succès » dont nous avons eu un avant-goût hier soir. A ce train-là, on arrivera probablement quatrième au premier tour, mais l’honneur sera sauf.

Et, puis, avouons-le dans une bouffée de Schadenfreude : si F. Hollande se représente comme il semble s’y préparer, cela sera l’occasion de liquider électoralement tout ce beau monde qui se sera mis dans l’obligation de le suivre. Un magnifique nettoyage de printemps 2017. Patience donc. Et merci d’avance cher François.

Du triomphe de la droite pamphlétaire, et de l’échec du PS.

Depuis quelques semaines, si ce n’est quelques mois, la presse écrite qui se présente encore elle-même comme progressiste (Le Monde, Libération, le Nouvel Obs. Mediapart) se fait écho du triomphe  éditorial de tous les pamphlétaires qui se situent selon elle  dans le camp de la Réaction et donc, selon la formule consacrée, « font le jeu du FN ». Elle s’interroge d’un même mouvement sur le silence des « intellectuels de gauche ». Tout le monde y va de son explication ou de son incitation à la contre-propagande auprès du bon peuple (à ramener dans le « cercle de la raison », dans sa version de gauche si possible). Tout d’abord, comment ne pas remarquer que les formes de médiatisation de la pensée ont changé avec les transformations des médias? Il faut faire le « buzz » à coup de phrases « décomplexées », « sans tabous », mais pas trop quand même sinon, c’est le « dérapage ». Pour l’instant, sur ce terrain, il n’est que trop évident que la droite pamphlétaire dispose de l’avantage – justement parce que notre pays a été refondé en 1944-46 sur le refus même des valeurs de la droite d’avant 1940, et que, depuis les années 1970, le valeurs des citoyens et la législation y ont évolué en un sens libertaire. L’adultère n’est plus une faute légale, et les couples de même sexe peuvent se marier civilement. Les récents propos sur « la France pays de race blanche » d’une Nadine Morano n’ont d’impact dans les médias que parce justement le droit national et le droit européen ne raisonnent plus dans de tels termes. Ils les rejettent au contraire avec vigueur. D’autres font recours à l’histoire pour expliquer cet éternel retour de la Réaction dans le pays de la Révolution de 1789 – non sans aller chercher des causalités quelque peu étranges à mes yeux : comme ce journaliste du Monde, attribuant à l’heideggerisme de nos philosophes, le poids de la Réaction dans le monde intellectuel. Enfin, comment ne pas faire remarquer, comme l’ont fait divers représentants auto-institués de la corporation en question (de la jeune ou de la vieille garde!), que les « intellectuels de gauche »  continuent cependant à penser le monde, et même  à s’exprimer publiquement? Le magnifique article d’Alain Supiot, Pour un droit du travail digne de ce nom, dans le Monde du 16 octobre 2015 suffirait d’ailleurs à prouver qu’il existe encore des savants capables de penser l’avenir à partir d’une position de gauche.

Bien que non sans intérêt, ces débats entrelacés me semblent toutefois tronqués de quelques éléments de cadrage. En parlant de la situation française, la plupart du temps, nos commentateurs oublient le cadre européen plus général, voire occidental, dans lequel tout cela s’inscrit.

Tout d’abord, lorsque les commentateurs remarquent le succès en France de pamphlétaires comme Eric Zemmour ou de philosophes réactionnaires comme Alain Finkielkraut, ils isolent sans même s’en rendre compte notre pays de tendances plus larges qui opèrent en Europe. Dire du mal de l’Islam et voir  dans cette religion la menace ultime contre notre bien-être et nos libertés assure dans bien des pays européens un très solide succès de librairie. Et cela ne date pas désormais vraiment d’hier. Je pense par exemple au livre d’Oriana Fallaci, La Rabbia e l’Orgoglio (La rage et l’orgueil) publié en Italie au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 à New York. Ce fut un succès de vente extraordinaire dans la Péninsule, et, jusqu’à sa mort, en 2006, cette journaliste, de fait déjà fort célèbre bien avant ce livre (elle était née dans les années 1920), ne cessa de s’attirer des polémiques autour de ce sujet. Dans le même genre, on pourrait signaler le succès du livre de ce responsable socialiste (ouest-)berlinois, Thilo Sarrazin, Deutschland schafft sich ab (L’Allemagne se défait), publié en 2010 en Allemagne. Et comment ne pas rappeler que le néerlandais Pim Fortyun, l’un des premiers politiciens européens mettant clairement l’Islam à l’index à partir de positions libertaires (ce qui est en soi une formule paradoxale!), était, avant de devenir un politicien à succès, un sociologue confirmé? De fait, chaque Européen dispose sans doute désormais dans sa propre langue de pamphlets anti-islam correspondant à sa propre culture nationale, même si aucun de ces pamphlets n’a atteint un statut d’œuvre commune pour les Européens se sentant concernés par cette menace. Ce qui se passe sur la scène intellectuelle française ne doit donc surtout pas être séparé d’un contexte européen plus général de montée en puissance en Europe (et même plus largement dans le monde occidental) d’une rhétorique dirigée contre l’immigration en général et/ou l’Islam en particulier. Comme le montre la « crise des migrants » des derniers mois, les opinions publiques se polarisent en Europe sur la nature de l’accueil à accorder aux réfugiés,  parce que certains ne veulent les voir que comme des concurrents fort malvenus sur le marché du travail, ou encore comme des populations de religion musulmane, ou que, pire, ils les fantasment comme une « cinquième colonne » djihadiste. Un sondage paneuropéen (IFOP sur 7 pays européens, dont le Monde du 28 octobre 2015 rend compte sous le titre, Migrants : les réticences françaises) montre d’ailleurs que cette crainte se trouve fort loin de n’être le fait que de petites minorités paranoïaques (comme je le croyais d’ailleurs). Ce sont en effet de nettes majorités (64 à 85%) de répondants qui répondent aux sondeurs être d’accord avec l’affirmation selon laquelle « parmi les migrants qui arrivent actuellement en Europe se trouvent également des terroristes potentiels. » 69% des répondants français sont dans ce cas. No comment.

Ensuite, en dehors de cette grande vague anti-immigration (ou nativiste si l’on veut) observable dans la plupart des pays européens (et occidentaux),  il me parait logique, que sous un gouvernement de gauche (enfin officiellement de gauche, voir plus loin), la critique vienne surtout de la droite, et que Valeurs actuelles et Causeur se portent mieux que Libération et Alternatives économiques. Une bonne part des lecteurs ne paient pas pour lire des louanges du gouvernement en place et de sa politique, il préfèrent acheter des argumentaires pour entretenir leur bile. Des collègues politistes ont adapté à la France le « modèle thermostatique de l’opinion publique » inventé aux États-Unis : quand la droite est au pouvoir, l’opinion publique vire petit à petit à gauche à force de subir des mesures de droite, et inversement. Après trois ans de « hollandisme », il me parait du coup sans grande surprise que les succès publics de librairie aillent du côté de la droite. En effet, ce n’est pas que des livres de gauche ne soient pas publiés ces temps-ci, bien au contraire, mais le contexte de leur réception est rendu défavorable auprès du plus large public par la présence de la gauche au pouvoir. Plus généralement, quand on souligne le silence des « intellectuels de gauche », on suppose que seul l’émetteur et aussi les médiateurs se trouvent en cause, or les récepteurs ne doivent pas être négligés dans l’équation.

Par ailleurs, à cette situation si j’ose dire fort ordinaire, il s’ajoute la grande trahison que représente le « hollandisme » pour une bonne partie des électeurs de gauche. En effet, ce dernier est constitué par une rhétorique se situant bien à gauche lors du discours du Bourget de février 2012 pour gagner l’élection présidentielle en mobilisant les espoirs de ce camp (« Mon ennemi c’est la finance »), mais il adopte un fois arrivé aux affaires une politique qui se qualifie elle-même de « socialisme de l’offre » en 2013-14. Pour finir, le Président de la République « socialiste » finit par nommer un ex-haut responsable de la BNP comme Gouverneur de la Banque de France en 2015. Cette situation ouvre de fait un second front d’opposition, celui des gens de gauche bien énervés par cette situation – même si F. Hollande se défend de ne pas avoir affiché ses options par avance. Le choix du « socialisme de l’offre » revient de fait à sacrifier le sort présent de millions de gens au nom d’une reprise future de la compétitivité du pays. L’explosion du chômage de longue durée et surtout de celui des plus de 50 ans constituent deux illustrations de ce sacrifice consenti au nom de la compétitivité à retrouver. La palinodie autour du conflit social à Air France, où un jour le Premier Ministre Manuel Valls traite lors d’un interview martial en anglais les protestataires de personnes stupides, où, peu après, François Hollande, patelin lors d’une visite dans un chantier naval, finit par reconnaitre que licencier ce n’est pas très bien, et où enfin Michel Sapin, doctoral, fait bien comprendre que les pilotes d’Air France doivent accepter de travailler plus parce que la survie de l’entreprise l’exige vu les salaires pratiqués par les concurrents, ne peut qu’énerver encore plus toute cette gauche qui s’est sentie trahie dès l’automne 2012 pour les plus attentifs (dont les ouvriers à en croire les sondages) et en 2014 pour les autres (avec l’annonce du « Pacte de responsabilité »  en janvier et l’arrivée du gouvernement Valls-Macron à la fin de l’été). Ces derniers temps, ce sont en plus les écologistes qui semblent en prendre particulièrement pour leur grade, comme avec le projet de relance des travaux de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes à compter de 2016. En même temps, cette gauche des déçus ne devrait pas l’être, car les gens un peu informés savaient bien qu’il n’y avait rien d’autre à attendre d’un François Hollande. Un journaliste a même fait récemment un ouvrage pour établir à nouveaux frais ce fait: F. Hollande a toujours été un penseur de l’aile droite du PS. Cependant, cette situation de déception à gauche complique les choses. Un Michel Onfray, pourtant un libertaire qui n’aurait jamais rien dû attendre en principe du PS,  s’est indigné récemment que ce gouvernement néglige le (petit) peuple de France, « son peuple » dit-il emphatiquement, au profit des migrants ou d’autres minorités. Il s’attire du coup une longue réponse de Laurent Joffrin dans Libération. Cette dernière est d’ailleurs fort significative : le PS depuis 1983 a essayé de gérer au mieux de ce qu’il croyait être les intérêts populaires. Et il n’est pas responsable du chômage… Or il se trouve que toutes les campagnes du PS depuis 1981 ont prétendu qu’une solution au chômage pouvait être trouvée si les électeurs portaient ce parti au pouvoir. F. Hollande ne fait pas exception à la règle. Il a même promis de ne pas se représenter si ce dernier ne baisse pas avant 2017. De fait, à moins d’être totalement aveugle à toutes les données de l’appareil statistique de notre pays, il est évident que les classes populaires, dans toutes leurs composantes, natives ou immigrées, souffrent particulièrement de la crise économique ouverte en 2008. La France n’est certes pas la Grèce, mais le pouvoir actuel aura beaucoup de mal à prétendre qu’il défend tout particulièrement les classes populaires. Ou alors, s’il le fait avec sincérité comme le prétend son avocat, Laurent Joffrin, il est tout de même très maladroit. Euphémisme.

De fait, au delà du silence des intellectuels de gauche, les perspectives de la gauche, qu’elle soit politique ou intellectuelle d’ailleurs, sont plombées à court terme par une politique économique et sociale de F. Hollande qui n’apparait aucunement comme protectrice des salariés ordinaires – en dépit de toutes ces prétentions en ce sens. Le possible basculement de la nouvelle Région Nord-Picardie au profit du FN serait alors surtout une illustration de cette incapacité de la gauche (socialiste) à apparaître comme le parti de la protection contre les aléas du marché, ce qui pourtant avait fait son succès sur la longue durée (dès avant 1914). Mais, là encore, comme le montrent les évolutions plus générales en Europe, la France ne constitue pas un cas si particulier que cela : le socialisme traditionnel parait aux électeurs de moins en moins comme porteur de protections pour l’ensemble de la population des salariés réels et/ou potentiels. Les récentes élections polonaises confirment la confiscation par le PiS, conservateur, nationaliste et catholique, de ce thème de la protection au détriment de la gauche de ce pays, qui, même après des années d’opposition aux gouvernements libéraux de PO, n’arrive décidément pas à se relever de ses compromissions néo-libérales des années 1990-2000 (et de son arrière-plan communiste des années 1945-1989).

En résumé, j’aurais tendance à appeler chacun dans la vraie gauche à prendre son mal en patience. Les pamphlétaires de droite vivent effectivement leur grand moment. Une fois la droite revenue au pouvoir après 2017, il sera bien temps de faire revivre la figure de l’« intellectuel de gauche », qu’il soit d’ailleurs individuel ou collectif comme le préconisait Pierre Bourdieu à la fin de sa vie – en espérant en plus que le PS actuel ait sombré entre temps avec F. Hollande & Cie. En effet, même si les intentions du PS étaient bonnes comme le dit Laurent Joffrin, son échec ouvrira sans doute la voie à un nouveau parti de la gauche qui devra redéfinir complètement la stratégie de défense des classes populaires et des classes moyennes qu’il entend défendre. C’est à ce moment-là que les intellectuels, plus généralement les novateurs à gauche (pas ceux qui rabâchent le catalogue de la « réforme » façon années 1980 et qui aboutissent à un Emmanuel Macron, ministre de l’Économie), pourront se faire entendre des élus de gauche, parce que le PS des Hollande, Royal, Fabius, Cambadélis & Cie sera allé jusqu’au bout de sa logique politique et économique. Un vrai bilan de l’action de la gauche de gouvernement depuis 1981  s’imposera sans doute d’autant plus facilement que la défaite de 2017 sera cuisante et sans appel pour le « hollandisme », ce qui n’est pas sûr évidemment, mais tout de même fort probable.

Bilan (personnel) des départementales 2015 : la routine (éternelle?) de la Ve République.

Dans la métropole de Lyon, nous n’étions pas invité à voter pour les départementales de mars 2015, puisque ici les compétences du département et de l’intercommunalité ont été dévolues depuis le 1er janvier 2015 à l’assemblée intercommunale élue l’année dernière à travers les municipales. Je n’ai donc pas pu suivre en direct une campagne départementale, et je n’ai eu finalement accès qu’aux résultats de ces départementales tels qu’ils ont été diffusés par les médias nationaux.

Contrairement aux commentateurs qui en ont souligné les nouveautés (parité, percée du Front national au premier tour, implantation nationale de ce dernier, effondrement de la gauche en général, etc.), je reste frappé par la normalité des résultats si on les examine dans la perspective longue de la Vème République.

Premièrement, comment ne pas voir qu’il s’agit d‘élections intermédiaires classiques désormais pour une Vème République complètement incapable depuis la fin des « Trente Glorieuses » de mener des politiques publiques qui satisfassent des majorités durables d’électeurs ? Comme d’habitude, en particulier avec le chômage de masse qui persiste et embellit depuis des lustres,  le camp gouvernemental se prend une rouste (méritée), et l’opposition classique (en l’occurrence la droite républicaine) l’emporte (sans grand effort). L’alliance partisane UMP-UDI-Modem gagne en effet très largement l’élection en voix (33,3% des suffrages exprimés selon les calculs des collègues de Slowpolitix). La droite (y compris les divers droite) l’emporte largement en terme de sièges de conseillers départementaux (plus de 2400), et en terme de présidences de départements (67 sur 98). Le rapport de force droite/gauche à ce niveau est ainsi complètement inversé.  C’est d’autant plus remarquable qu’il y a quelques années, dans une conjoncture similaire pour les forces soutenant le gouvernement en place, des commentateurs de droite pleuraient dans le pages du Monde sur l’implantation locale perdue de la droite et du centre, et n’y voyaient pas de remède. Il suffisait pourtant d’attendre le retour du balancier. Quod demostrandum erat. Du coup, attribuer à l’action de Nicolas Sarkozy himself cette victoire constitue une affirmation bien héroïque à tous les sens du terme, elle résulte surtout du traditionalisme de l’électorat français -en fait du traditionalisme de la (toute petite) majorité de votants parmi les inscrits!  N’importe quel leader de la droite aurait sans doute gagné cette élection départementale. Ceux des électeurs qui se déplacent pour voter ne sont de toute façon pas prêts dans leur majorité pour essayer des nouveautés. Pas d’aventurisme surtout.

Deuxièmement, dans le camp de la gauche, si l’on observe le nombre de conseillers départementaux élus et encore plus les présidences des départements conservés (ou gagné), comment ne pas être frappé par la prééminence maintenue du PS? Même à cet étiage bas, le PS dispose encore selon les calculs des Décodeurs du Monde d’un peu plus de 1000 conseillers départementaux, alors qu’EELV plafonne à 48,  le PRG à 65 et le FG (PCF et PG) à 156.  Selon les collègues de Slowpolitix,  la proportion de voix obtenus par les partis situés à la gauche du PS au premier tour serait de 10,1% des suffrages exprimés, alors que le PS serait lui à 24,7%.  Les candidats du PS auraient donc réussi à mobiliser en leur faveur un électorat près de deux fois et demi plus important que celui de ses alliés (habituels) à gauche. Il reste en fait le seul parti de gauche à avoir un maillage territorial important (même s’il y a désormais des conseils départementaux d’où il est absent ou marginalisé), et presque le seul à conserver des présidences de conseils départementaux. Selon les calculs des décodeurs du Monde, le PS serait même le parti de gauche où le taux de survie des sortants se représentant serait le meilleur! 61% des sortants socialistes se représentant auraient retrouvé leur siège, contre seulement 46% des anciens élus divers gauche, 56% des élus communistes et 55% des radicaux de gauche. Les élus EELV qui se représentaient n’auraient été que 6 sur 22 à revenir siéger dans l’arène départementale, et les élus FG (non-PCF) seulement 4 sur 12. De fait, la modération du PS, autrement dit le fait de se situer à la droite de la gauche, lui permet de continuer à dominer de très loin les autres partis de gauche en terme d’élus départementaux. Dans la perspective de la « reconstruction de la gauche » après sa (à ce stade très probable) éviction (probablement fort méritée) du pouvoir national en 2017 (si le quinquennat va à son terme naturel), cette donnée – la prééminence de la gauche (très) modérée au niveau des élus locaux –  continuera à jouer à plein. Les autres partis de gauche connaissent eux, soit la poursuite de leur interminable déclin  (comme pour le PCF qui ne préside plus qu’un département), soit une implantation locale toujours très limitée et le plus souvent dépendante du bon vouloir du PS lui-même (EELV en particulier, qui lui ne préside toujours aucun département à ce jour).

Troisièmement, contrairement à l’image qu’en ont donnée les médias, il faut souligner que, envisagé du point de vue stratégique, le FN s’est pris lui aussi une rouste lors de ces départementales. Certes, il fait au premier tour de l’élection départementale son meilleur score pour ce qui concerne une élection locale (25,7% des suffrages exprimés toujours selon les collègues de Slowpolitix), mais, au second tour, c’est globalement la branlée. Il réussit certes à obtenir beaucoup plus d’élus qu’auparavant (68, il n’en avait que deux), mais il se fait battre dans la plupart des cas quand il s’avère présent au second tour. La logique du scrutin majoritaire à deux tours – au premier tour, on choisit, au second tour, on élimine – fonctionne donc encore à plein à son détriment. Et cela vaut aussi en cas de triangulaire : toujours selon les décodeurs du Monde, les binômes FN ne remportent que 5 triangulaires sur les 273 auxquels ils ont participé, soit un taux de succès (misérable) de 1,8%.  Cette logique, qui vaudrait d’ailleurs pour tout parti se situant à une extrême du système politique se retrouvant dans la même situation, est renforcée, d’une part, par l’absence totale de parti allié du FN qui soit de quelque importance (les autres partis d’extrême droite aurait recueilli, 0,1% des suffrages exprimés, et encore je parie que le gros de ces voix concernent le rival de la « Ligue du sud » de Bompard & Cie),  d’autre part, par la médiocre éligibilité des binômes proposés par le FN à l’attention des électeurs. Le Monde a publié un article cruel sur une candidate FN dans l’Aisne, soulignant à quel point le FN manque d’éligibles même là où il dispose a priori d’électeurs. Certes, il semble qu’une partie des électeurs de la droite le rejoignent en cas de duel FN/gauche, mais ce transfert de voix n’est pas appuyé par une consigne partisane en ce sens, encore moins par une alliance en bonne et due forme. Le FN peut bien se glorifier d’être (en suffrages exprimés) le « premier parti de France » (aux européennes de 2014), il reste le vilain petit canard de la politique française avec lequel personne ne veut patauger. Ce constat n’est sans doute pas étranger à la crise  au sein du FN autour des déclarations de J.M. Le Pen dans les jours qui ont suivi ces résultats. De fait, si aucun parti ne veut s’allier dans le futur avec le FN, ce reniement du fondateur par la direction actuelle du FN, dont sa propre fille,  ne servira pas à grand chose. En effet, s’il veut l’emporter, s’il reste sans allié, le FN doit nécessairement  être majoritaire à lui tout seul. Or, dans un scrutin majoritaire à deux tours comme les départementales, ce seuil lui est en l’état présent des rapports de force la plupart du temps inaccessible. En principe, les régionales lui sont un peu plus favorables, puisqu’au second tour, une majorité relative suffit pour emporter une région. Cela reste toutefois à vérifier, et ce mode de scrutin des régionales pourra toujours être modifié par les autres partis largement majoritaires à l’AN et au Sénat si besoin est s’il permettait trop souvent au FN d’accéder seul aux responsabilités régionales (ce qui a été déjà fait en 2004 suite aux élections régionales de 1998). En somme, le seul espoir pour le FN solitaire d’accéder au pouvoir  demeure l’élection présidentielle – et en imaginant que des (r)alliés viennent ensuite à la soupe une fois la victoire présidentielle acquise pour assurer une majorité parlementaire permettant de gouverner ensuite. Les départementales de 2015 tendraient pourtant à indiquer qu’il s’agit d’un espoir bien ténu. Le FN reste un tiers exclu de la politique française – tant que personne ne lui ouvre la porte.

Quatrièmement, au total, est-ce qu’on ne doit pas constater surtout l’inertie du système politique français? Nous sommes pourtant dans une crise économique majeure, le chômage est au plus haut, les sondages d’opinion montrent une insatisfaction massive de l’opinion envers les politiques, l’abstention persiste et signe, mais, finalement, pas grand chose de nouveau ne se passe. L’alternance régulière entre la droite républicaine et la gauche continue à s’effectuer, sans que le FN – qui occupe pourtant tant les médias  aux deux sens du terme – perturbe le jeu politique tant que cela. Il n’a même pas réussi à conquérir une présidence de département, et il n’a même pas réussi à bloquer par sa présence même le moindre conseil départemental. E la nave va.

Par ailleurs, aucune autre force politique alternative que le FN n’émerge au niveau national, en particulier à gauche, comme le note plus généralement le collègue Fabien Escalona, spécialiste des gauches européennes, sur Slate.  On reste toujours dans cette atonie de la gauche de gauche observable en France par comparaison depuis 2010 au moins – en dehors du feu de paille Mélenchon aux présidentielles de 2012. En effet, je veux bien que la situation grenobloise soit un signal important avec la victoire dans deux cantons de binômes du « Rassemblement citoyen » soutenant l’actuel maire de Grenoble, mais cet événement ancré déjà dans une longue histoire de la ville des Alpes  ne correspond pas à un bouleversement des rapports de force nationaux au sein de la gauche. Ce phénomène général d’inertie s’est trouvé sans doute renforcé par la caractéristique même de ces élections départementales. En effet, malgré leur nationalisation due à leur organisation en une seule fois sur la France entière, ces départementales restent destinées à désigner des élus locaux, dont les compétences (un peu floues en plus ces temps-ci…) ne sont susceptibles de mobiliser sur le fond des politiques publiques concernées qu’une part limitée des électeurs. La part de notabilité locale dans chaque élection n’est sans doute pas non plus à négliger – contrairement d’ailleurs à ce qu’avait pu faire penser le redécoupage des cantons et l’introduction des binômes paritaires. Surtout, dans ce résultat finalement si banal (en particulier si l’on observe « qui gagne à la fin »),  j’ai du mal à ne pas voir  le rôle central du mode de scrutin majoritaire à deux tours. En effet, ce scrutin oblige un parti nouveau qui veut avoir des élus, soit à attendre d’être à soi seul  majoritaire – ce qui n’a jamais pris qu’une bonne quarantaine d’années à un FN fondé tout de même en 1972… et encore le compte n’y est pas encore -, soit à s’allier avec plus centriste que soi, et donc à risquer de ne pas apparaître « nouveau » très longtemps aux yeux des électeurs. Pour prendre un exemple (facile, trop facile), avec ce que synthétise un personnage comme le sénateur Jean-Vincent Placé,  un parti comme EELV réussit à sembler aussi vieillot que le radicalisme de gauche, de droite ou du centre réunis, sans même en avoir l’histoire sénescente pour excuse.

Si les départementales avaient été organisées sur un autre mode de scrutin, proportionnel par exemple, les dynamiques observées auraient été sans doute différentes. Des partis comme DLF (Debout la France) ou Nouvelle Donne auraient eu leur (petite) chance. Pour l’heure, malgré les bruits qui courent d’un coup à la Mitterrand de F. Hollande en ce sens,  il faudra nous en passer sauf sous forme d’ersatz cache-misère, car le scrutin majoritaire à deux tours demeure trop bien favorable aux deux partis dominants, l’UMP et le PS, et à leurs annexes directes, l’UDI et le PRG, pour qu’ils décident d’un coup de s’en passer. Il n’est que d’observer leur presque parfaite harmonie quand il s’agit de légiférer ces jours-ci sur le renseignement au détriment des libertés publiques pour mesurer le caractère commun de leurs « intérêts professionnels ». Aucun des responsables de ces partis n’imagine même qu’ils pourraient être un jour durablement cantonnés dans l’opposition et en proie à un pouvoir devenu par malheur tyrannique et usant des outils qu’ils mettent en place.  Ils sont le pouvoir, et ne sauraient donc craindre ses abus. CQFD.

On sent déjà du coup le triste scénario pour 2017. Probablement, Marine Le Pen, candidate du seul FN, sera au second tour – sauf si les diverses affaires qu’on voit monter ces derniers temps la concernant auront réussi d’ici là à faire place nette de sa personne. Sauf bouleversement économique ou géopolitique (inimaginable à ce jour?), elle sera pourtant battue par n’importe quel candidat « républicain », de gauche ou de droite, qui ralliera une majorité (âgée et/ou éduquée) de citoyens craignant les aventures. On ne fait pas la (contre-)révolution par les urnes dans une maison de retraite qui, quoique décrépie, arrive encore à servir des repas encore tièdes, si ce n’est chauds, à la plupart des résidents. Cela va aviver les batailles à droite et à gauche pour être ce candidat « républicain », mais cela n’apportera rien de neuf en matière de réorientation générale des politiques publiques, parce qu’aucun des deux camps ne peut d’évidence se renouveler de l’intérieur, parce qu’aucun ne constitue plus depuis longtemps un vecteur portant un ou des mouvements sociaux défendant des besoins actuels des citoyens. Le système politique de la Vème République est bloqué, et bien bloqué, et ce ne sont pas à en juger par ces départementales les électeurs eux-mêmes qui risquent de le débloquer.

Et comme symbole de tout cela, un réacteur EPR à x milliards d’euros qui se moque de nos présomptions à la maîtrise technologique.

 Ps. Allez lire aussi l’excellent entretien avec mon collègue Pierre Martin, qui va plus en détail dans le cambouis électoral que je ne saurais le faire.  Nos conclusions se rejoignent, en particulier sur le FN. Selon P. Martin, le FN reste une « force impuissante » : « La conclusion est cruelle pour le FN : le PS et l’UMP conservent le quasi-monopole de la capacité à offrir des carrières politiques attractives. C’est un échec important pour la stratégie de Marine Le Pen et un facteur de crise pour ce parti car ceux qui espéraient trouver dans le FN l’opportunité d’accéder à des carrières politiques ont presque tous échoué. »  Une question accessoire se pose alors : si cette analyse du blocage du système politique français se répand largement dans l’opinion, que peut-il se passer? Est-ce que l’opportun (?) retour de l’idée du vote obligatoire n’a pas à voir avec ce constat dérangeant qui pourrait être (un peu trop) partagé?

Quelques remarques rapides sur les « intellectuels » dans la France socialiste de 2015

Manuel Valls s’est demandé il y a quelques jours où étaient les « intellectuels », pourquoi diable ne venaient-ils pas au secours du Parti socialiste affrontant des élections départementales en position pour le moins difficile face à la droite et au FN. Le journal Libération reprend le thème aujourd’hui vendredi 20 mars 2015 en titrant sur « L’éclipse des intellectuels ».

Face à cet appel de Manuel Valls, qui m’a passablement exaspéré, trois remarques me viennent à l’esprit.

Premièrement, Manuel Valls fait mine de croire que sa propre politique économique, sociale et culturelle vient de Sirius, qu’elle n’est pas elle-même inspirée par des idées créées par des « intellectuels », c’est-à-dire par des gens qui manient des théories, descriptives ou prescriptives, explicites sur le réel auquel nous avons affaire, et qui suggèrent fortement d’agir en en tenant compte. Le journaliste de Libération, Robert Maggiori, brode sur le thème de politiciens qui ne liraient plus rien d’intellectuel et qui ne consulteraient pas les intellectuels. Or la politique du gouvernement Valls, et plus généralement celle de ce quinquennat Hollande, possèdent à la fois des inspirations: le néo-libéralisme, et l’européisme, et un nom officiel : le « socialisme de l’offre ». Les bibliothèques sont de fait pleines de travaux qui démontent la généalogie intellectuelle des politiques publiques mises en œuvre depuis bien des lustres désormais dans notre pays (c’est, entre autre, le cas de la célèbre « approche cognitive des politiques publiques »), et le gouvernement Valls n’innove nullement en la matière. J. M. Keynes avait bien raison de souligner que les politiciens vivants ne sont que les esclaves de théoriciens morts. Toute la politique menée depuis mai 2012, ce n’est jamais dans le fond que du Hayek, du Friedman et du Schumpeter pour les nuls, mâtinée d’européisme au rabais. Bien sûr, tout n’est pas parfait de ce point de vue, comme dirait un Attali ou un Tirole, mais on progresse, on progresse. Emmanuel Macron, notre actuel Ministre de l’Économie, qu’est-ce d’autre qu’un « intellectuel » en ce sens-là? Les « réformes structurelles » qu’il entend mettre en œuvre, avec la bénédiction et l’encouragement des autorités européennes, ne sont rien d’autre que la mise en application, plus ou moins réussie par ailleurs, de théories économiques qui prévoient que certaines modifications du droit produiront certains effets économiques souhaitables. Ne prenons qu’un exemple : la libéralisation du travail du dimanche est censée créer de l’emploi et de l’activité – et ce lien est d’abord une construction intellectuelle.  Bref, cher Manuel Valls, ne vous plaignez pas. Certains intellectuels néo-libéraux sont avec vous, même s’ils vous trouvent bien tiède tout de même. Et certes le Dieu Marché vomit les tièdes!

Deuxièmement, Manuel Valls fait comme si les « intellectuels » devaient nécessairement être « de gauche », « démocrates », « républicains ». Bien sûr, les grandes heures de l’histoire de France telle qu’on la raconte aujourd’hui aux enfants des écoles ou aux retraités en mal d’activités culturelles mettent en valeur les « intellectuels » en ce sens-là. D’Émile Zola à Jean-Paul Sartre, Albert Camus ou François Mauriac, les « intellectuels » les plus en vue depuis l’apparition du terme à la fin du XIXe siècle furent du bon côté de l’Histoire. Cependant, c’est là une profonde erreur de perspective : depuis au moins la Révolution française, il existe des « intellectuels » au sens de penseurs, polémistes, pamphlétaires, théoriciens, etc. qui inspirent (ou qui servent) tous les partis de la droite à la gauche en passant par le centre. Un Drumont ou un Maurras n’étaient pas moins des « intellectuels » qu’un Zola ou un Péguy. Le combat des idées, des conceptions, des visions du monde, etc. n’a jamais cessé depuis 1789 – et encore est-ce là une simplification que de se limiter à cette période d’après la Révolution. La période la plus contemporaine voit simplement se terminer le rééquilibrage des forces intellectuelles entre les droites et les gauches entamé dès les années 1970. En effet, les polémistes, théoriciens, pamphlétaires de droite, surtout les plus conservateurs (maurrassiens par exemple), avaient été décimés  et déconsidérés par leur participation plutôt enthousiaste à la Collaboration (1940-44), souvent ancrée dans leur antisémitisme (comme un Céline par exemple). Désormais, le temps ayant passé, leurs héritiers, plus ou moins lointains, plus ou moins conscients d’ailleurs de l’être, peuvent s’exprimer, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne s’en privent pas sous un gouvernement de gauche.  Je ne vois pas en quoi un Premier Ministre d’un pays qui se veut pluraliste et respecteux de la liberté d’expression devrait cependant s’en plaindre particulièrement. Comme François Hollande est censé être le second Président de la République socialiste de la Ve République, il est en effet assez logique que cela soient les « intellectuels d'(extrême) droite » à la Eric Zemmour qui s’en donnent depuis 2012 à cœur joie. Ils auraient tort de se priver. Il s’agit de la logique de la situation : un intellectuel quand il s’exprime publiquement est largement là pour critiquer ce qui existe ou ce que fait le pouvoir en place, or, actuellement, le pouvoir politique national est censément  « socialiste ». Il est donc  tout à fait normal que Causeur, Valeurs actuelles, et le dernier Zemmour se vendent comme des petits pains.

Troisièmement, l’extraordinaire capacité de la gauche au pouvoir lors de l’actuel quinquennat à se plier à toutes contraintes du réel sans rien laisser finalement à l’idéal ne donne sans doute pas envie à beaucoup d’« intellectuels de gauche » de livrer leur petit mot tendre en faveur du pouvoir actuel. Que se soit individuellement (comme dans le présent blog) ou collectivement (par exemple les « Économistes atterrés » ou pour les intervenants du « Festival Raisons d’agir »), les critiques de la part des « intellectuels de gauche » se sont multipliées depuis mai 2012 sans qu’aucun effet ne soit observable sur l’orientation des politiques publiques suivies. Des ministres ont démissionné pour protester contre la tiédeur des mesures prises, des députés socialistes sont devenus « frondeurs ». De fait, la majorité actuelle a semblé parfaitement sourde à toute réflexion un peu « gauchisante » en matière économique et sociale – au sens de recherche d’un chemin vers l’idéal propre au socialisme historique. Il n’a pas donné non plus beaucoup d’espoirs aux tenants de l’écologie comme nouvel idéal. Le récent coup de massue sur la tête des agriculteurs bio, allié au sauvetage d’Areva, constitue aussi une belle illustration de cette surdité-là.  Il faut aussi dire que le très mauvais sort fait à l’Université et à la Recherche depuis mai 2012 par Madame Fioraso – sauf à quelques Présidents d’Université zélés – en aura refroidi plus d’un parmi ces  « intellectuels de gauche », qui se trouvent par ailleurs être de profession  universitaire ou chercheur. Il leur a en effet été (trop) facile  de constater (trop) directement dans leur vie professionnelle que le changement n’était pas pour maintenant, et que la différence Pécresse/Fioraso demandait de ce fait une étude approfondie du problème. ε est-il une différence? Oui, au sens mathématique, mais au sens phénoménologique? En dehors des intellectuels d’obédience néo-libérale, qui y trouvent sans doute au moins partiellement leur compte, les choix faits sous la Présidence Hollande dans la plupart des domaines de l’action publique paraissent donc tellement éloignés de ce que peut penser, écrire, lire, espérer la gauche sociale, économique, écologique ou humaniste, qu’il ne faut pas s’étonner qu’elle réagisse finalement comme une bonne part des électeurs de gauche en général, par l’abstention ou par l’opposition à l’encontre du pouvoir. Pour ma part, je n’aurais vraiment aucun regret si la droite ou le FN emportaient tous les départements sans exception lors de ces élections départementales. Je sais bien pourtant qu’en raison de l’inertie de l’électorat, cette disparition du PS dans les départements, seule à même de faire (un peu) réfléchir F. Hollande & Cie, n’arrivera pas. Je soupçonne aussi que l’annihilation progressive du PS dans les collectivités locales n’est pas ressentie au sommet de son appareil, parce qu’aussi lourdes soient-elle, ces défaites laissent espérer un retour de balancier par la suite en faveur de ce parti, vu la nature des nos mécanismes institutionnels et des rapports de force à gauche. Le PS s’achemine donc vers une déroute qui, comme l’a dit d’avance François Hollande dans le magazine Challenges, ne changera rien à sa politique. Et ne comptez pas sur les « intellectuels de gauche » pour s’en plaindre. Que cela soit donc. La droite et le FN vont donc se gaver. Bon appétit, messieurs! Que la fête commence!

L’austérité, la nier toujours et encore.

Au risque d’ennuyer mes lecteurs, je ne résiste pas à l’envie de souligner encore une fois à quel point le mot « austérité » se trouve refusé par les gouvernement successifs de ce pays au risque évident de se faire prendre en flagrant délit de mensonge par les citoyens – il ne faudra pas s’étonner ensuite du  manque de confiance de ces derniers envers les politiques en général.

Manuel Valls, en tant que Premier Ministre, vient d’annoncer hier toute une série de mesures qui font partie de l’attirail habituel de toute politique d’austérité qui se respecte (blocage du point d’indice des fonctionnaires, blocage de la revalorisation des retraites, blocage de celle de la plupart des aides sociales, etc.; diminution des dépenses de l’État, des agences publiques, et des collectivités locales, etc.). Certes, jadis, dans les années 1970-80, un plan d’austérité visait aussi à maîtriser le dynamisme de la demande interne et à juguler l’inflation. Pour l’heure, nous sommes au bord de la déflation, et parler de dynamisme excessif de la demande parait désormais du dernier comique. Désormais, l’austérité vise d’une part  à satisfaire (au moins en principe) les attentes des marchés financiers et à préserver ainsi le crédit du pays auprès des investisseurs internationaux (alias le grand, moyen et petit capital), et, d’autre part, à obéir fissa fissa aux obligations européennes à laquelle les gouvernements français successifs ont souscrit.

Il reste que les mesures de politique économiques qui ont été annoncées hier par M. Valls ne peuvent décemment recevoir d’autre nom que celui d’austérité. Certes, en stricte orthodoxie néo-libérale, on pourrait aller plus loin, plus fort, plus vite. Par exemple, on ne fait que continuer à bloquer le point d’indice des fainéants de fonctionnaires, on ne diminue pas d’un coup leurs traitements de nababs surpayés de 5% ou de 20% comme dans d’autres pays européens depuis 2008. Idem pour les retraites de ces inutiles de vieux ou les aides sociales des assistés. Certes, l’austérité pourrait donc être faite à la mode lettone, mais il reste que la politique économique  suivie vise bel et bien à limiter autant que possible toutes les dépenses publiques en s’en prenant directement aux revenus de ceux qui dépendent des budgets publics ou étatisés.  Pourquoi refuser le terme d’austérité alors? Pourquoi continuer à dire que ce n’est pas de l’austérité, au risque d’apparaître comme insincère?

A mon sens, par le même réflexe, qui fit nier l’évidence au moment de la « Guerre d’Algérie », ne parlait-on pas en effet des « événements »? Refuser de dire qu’on se trouve désormais en plein dans l’austérité, c’est refuser d’admettre que F. Hollande a enfermé la France dans le même piège que celui qui s’est refermé sur l’Espagne, le Portugal, la Grèce et l’Italie. Et que de ce piège, dans le cadre actuel de la zone Euro, on ne pourra pas sortir sans une diminution des salaires, des retraites et des droits sociaux d’une ampleur inédite pour la France. Puisqu’on veut jouer au grand jeu européen de la « dévaluation interne », ce qui est bien l’objectif du « pacte de responsabilité », il va falloir s’aligner, remettre au pot.

Paradoxalement, si Manuel Valls refuse le terme d’austérité, il affirme dans le même mouvement que la France a vécu au dessus de ses moyens depuis 30 ans, or c’est là le postulat fondamental de toute politique d’austérité contemporaine : il supposerait que la France se trouve effectivement en déclin productif, et que tout le progrès scientifique, technologique, intellectuel depuis 30 ans est en fait nul et non advenu! Les Français sont selon les statistiques plus éduqués qu’il y a 30 ans, mais ils seraient moins productifs en général et donc vivraient au dessus de leurs (petits) moyens, conclusion logique : soit les statistiques par niveau d’éducation sont fausses, soit l’éducation rend idiot et improductif! (La preuve : je suis éduqué et je critique le gouvernement!)

Maintenant, il ne nous reste qu’à observer, avec sadisme ou commisération au choix, les contorsions de ces pauvres députés de la majorité parlementaire. Pour ceux qui disposent d’un minimum de lucidité, ils ont désormais le choix entre voter une politique d’austérité qui mènera à terme leur propre parti au désastre électoral (et moral) en 2015 et en 2017 sans doute à la manière du PASOK, ou ne pas la voter et provoquer dans la foulée une destruction en vol du PS. Je ne doute pas un instant que les très courageux députés socialistes qui se plaignaient déjà avant les annonces de M. Valls, comme  Laurent Baumel et autres Christian Paul, sauront au moment opportun avaler leurs grosses couleuvres avec la dignité qui convient à des élus de la République « responsables », et se dire pleinement satisfaits des quelques modifications (symboliques) apportés aux propositions de Manuel Valls.

Avec tout cela, il sera fort intéressant de voir quelles seront les catégories d’électeurs qui voteront pour le PS aux européennes, quel sera la nature et l’ampleur du noyau dur des croyants de ce parti, qui domina les institutions de la France en 2012. Les paris sont ouverts.

Ps. Sur cette même idée que l’austérité, c’est maintenant, voir aussi Pascal Riché, « Alors l’austérité, ce serait couper un doigt à chaque Français? », sur Rue 89 (qui oublie toutefois dans sa présentation pédagogique le sens ancien du terme, de ralentissement voulu de la demande pour freiner l’inflation), ou Martine Orange, « Ce que Valls devrait apprendre de l’expérience Zapatero »,  sur Médiapart qui fait le lien avec l’expérience espagnole en la matière.  L’économiste de l’OFCE, Xavier Timbaud, sous le titre, « Hollande fait ce que Sarkozy voulait faire« , mise lui toujours sur le calcul selon lequel F. Hollande voudrait faire croire qu’il fait effectivement de l’austérité selon les souhaits de  la Commission européenne (ce qui nous mènerait droit dans le précipice), mais qu’en réalité,  notre très subtil et machiavélique Président en fait bien moins qu’il ne le prétend publiquement (tout en le niant par ailleurs), et que, de ce fait, cela ira moins mal que s’il faisait vraiment ce qu’il dit faire à la Commission (vous avez compris?).  Quoiqu’il ne soit, il restera à expliquer cette incapacité des dirigeants socialistes à penser autre chose que leurs petits camarades de classe libéraux et conservateurs. Apparemment, selon les Echos, Martin Schulz, le candidat du Parti socialiste européen au poste de Président de la Commission européenne, veut faire campagne sur le thème du refus de l’austérité. « L’austérité de Bruxelles est une erreur. Par un autre vote, imposons une nouvelle croissance. », serait le slogan du PSE.  Cela va tout même faire un drôle d’effet à l’électeur français que de constater ce chiasme parfait entre les politiques suivies, ou au moins annoncées, en France au nom de l’Europe par le PS au pouvoir et les discours tenus à propos de l’Europe par le PSE. C’est peut-être aussi pour cela que M. Valls & Cie s’évertuent à nier faire de l’austérité en France, et nient que cela ait rien à voir avec les obligations européennes de la France. Il aurait peut-être mieux valu être honnête au niveau du PSE, avec un slogan plus honnête du genre : « L’austérité, oui, mais dans la justice sociale », ou « Vers l’abîme économique, oui, mais dans la justice », ou « La croissance, c’est fini pour longtemps, mais la justice sociale c’est maintenant! »