Italie: « et une crise gouvernementale, une! servie bien fraîche. »

C’est peu dire que je ne suis pas particulièrement étonné de l’ouverture formelle de la crise gouvernementale en Italie. A partir du moment où la Cour de Cassation avait confirmé définitivement la condamnation de S. Berlusconi pour fraude fiscale à 4 ans de prison (ramené en pratique à 1 an), il était certain que S. Berlusconi ne se laisserait pas faire, et cela d’autant moins qu’accepter ce verdict aurait impliqué la perte de son immunité sénatoriale à court terme. Or, en dehors des dégâts d’image qu’une telle condamnation peut lui poser (pas très grands en fait pour son propre électorat qui tolère la fraude fiscale comme une nécessité de la vie en société),  S. Berlusconi doit affronter d’autres procès avec des résultats éventuellement tout aussi désagréables… Depuis un mois, il a exploré toutes les voies possibles pour échapper à cette condamnation, sans choisir de partir en exil toutefois. Il prépare par ailleurs la transformation de son parti, le « Peuple de la Liberté » (PDL), en une nouvelle formation « Forza Italia »(FI) qui tiendrait un discours plus radical que ce dernier et qui reviendrait à l’esprit de 1994, il se prépare donc ostensiblement à revenir aux urnes.

La dernière réunion du gouvernement Letta aurait pu déboucher, d’après ce que j’ai pu lire, sur l’émanation d’un décret qui aurait sauvé encore une fois S. Berlusconi des foudres de la justice italienne – cela n’aurait pas été la première fois, c’est le cas depuis… 1985 (décrets dits de la « Saint-Sylvestre »). D’évidence, Enrico Letta n’a pas jugé bon d’émettre un tel sauf-conduit, qu’il aurait d’ailleurs été difficile de transformer en loi par la suite devant le Parlement. Du coup, c’est la guerre totale,  avec démission des cinq ministres berlusconiens du gouvernement Letta, et obligation de trouver une nouvelle majorité parlementaire pour ce dernier. A la Chambre des députés, c’est facile, mais au Sénat, les chiffres sont en principe contre E. Letta.

Le vote de confiance a été fixé à mercredi 2 octobre 2013. Je suppose que ce délai est destiné à montrer aux parlementaires hésitants du PDL, qui pourraient trahir leur leader, ce qui va advenir à l’Italie si le pays n’a plus de gouvernement : lundi et mardi, les marchés financiers devraient se déchainer en faisant voler le spread italien. De fait, il n’y a pas que les marchés financiers qui vont montrer d’ici mercredi qu’ils veulent un gouvernement fonctionnel. Toutes les réactions des corps constitués italiens (syndicats, Confindustria, autres associations professionnelles, Église catholique, grande presse, etc.) ont été jusqu’ici contre la tentative de S. Berlusconi d’empêcher le gouvernement Letta de poursuivre son action.

Tout va donc se jouer d’abord lors du vote de confiance au Sénat. A mon avis, si des sénateurs PDL quittent la barque, et permettent le vote de confiance à Letta, cela finira en bataille rangée, avec des larmes, des cris, et les huissiers pour séparer les deux camps du PDL. It will be a gread show.

Si E. Letta est sauvé cette fois-ci, probablement le PDL va ensuite se déliter, et le Sénat va voter dans la foulée la déchéance de son mandat de sénateur pour S. Berlusconi. Il sera alors un justiciable (presque) comme les autres.

Si E. Letta n’a pas de majorité, le Président G. Napolitano a déjà répété qu’il ne veut pas de nouvelles élections. Il pourrait donc tenter d’explorer les voies d’un autre gouvernement. En cas d’échec, il devra se résoudre à dissoudre les Chambres. Il pourrait d’ailleurs démissionner pour marquer son désaccord avec le comportement des parlementaires, et laisser à son successeur le soin de dissoudreles Chambres, mais je doute que G. Napolitano veuille compliquer encore les choses à ce point.

Si de nouvelles élections devaient avoir lieu, ma première réaction serait de bien regarder avec quel système d’alliance elles se feraient. Est-ce qu’on repartirait dans la configuration de février 2013, ou est-ce qu’on aurait une autre configuration? Avec le mode de scrutin actuel (le « porcellum »), cela peut changer très fortement le résultat, même si les électeurs italiens ne changent pas beaucoup leur choix par rapport à février 2013.

Un dernier mot sur B. Grillo, le leader du M5S : ce dernier réclame d’aller à de nouvelles élections, en prétendant pouvoir les gagner. C’est pour le coup fort improbable à ce stade. En cas d’élections anticipées, avec S. Berlusconi dans le jeu, il aurait en fait tout à perdre, puisque, inévitablement, ce dernier transformerait ce scrutin en jugement dernier sur sa personne, et qu’il est sans doute prêt à bien plus de coups de théâtre que l’ancien acteur comique lui-même.

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