Deutschland 09- 13 kurzen film zur lage der Nation.

D09_PlakatLe film « Deutschland 09 – 13 kurzen film zur lage der Nation » (Allemagne 09 – 13 courts-métrages sur l’état de la nation) a été projeté hier soir à l’Institut Lumière de Lyon dans le cadre du « Week-end du cinéma allemand ». Les germanistes (et les autres) trouveront le site officiel du film ici pour se faire une idée de son contenu. Ce film ambitionne de présenter par une vision artistique de 13 réalisateurs différents sur l’état actuel de l’Allemagne. C’est un mélange plutôt réussi de styles visuels très différents, qui vont d’un réalisme proche d’une série policière (à l’allemande) ou de l’extrait de documentaire à des approches expérimentales, en passant par des morceaux de bravoure totalement foutraques qui rappellent le cinéma de Jean-Pierre Jeunet. Dans tout ce kaléidoscope, on retrouvera toutefois, quoiqu’en disent les réalisateurs, une « ligne générale », et je dois dire que celle-ci m’a  frappé par son extraordinaire pessimisme, son absence de toute perspective un peu positive. C’est un film à déconseiller aux suicidaires et aux déprimés. Même le court-métrage consacré à l’apprentissage de la décision démocratique par les élèves d’une école primaire laisse de fait une grande amertume.  Le spectateur a l’impression d’être convoqué à un constat : la vision de l’avenir filmée par Terry Gillian dans Brazil serait en train de se faire réalité dans l’Allemagne de 2009.  Au sortir de ce film, on n’a pas vraiment l’impression que ce pays doive demeurer encore longtemps un État de droit : entre l’indifférence, pour ne pas dire plus, des autorités allemandes face au sort d’un détenu turco-allemand de Guantanamo, et la dénonciation d’une manipulation policière visant à « inventer » un chef terroriste dans la personne d’un banal universitaire, on se sent plutôt très mal à l’aise – ce qui correspond d’évidence à l’intention politique de certains réalisateurs.  Le dernier court-métrage raconte une fable sur un exode lunaire d’un peuple allemand qui ne saurait plus qu’il est venu d’Allemagne sur fond d’images d’appartements abandonnés, et, de fait, on dirait bien que les réalisateurs, dans leur diversité, sont d’accord pour exprimer leur incommensurable insatisfaction vis-à-vis du présent. Les seuls aspects un peu positifs résident dans les paysages, dans la nature, dans les choses, dans les anciens bâtiments: un court-métrage  particulier redonne à ces derniers d’ailleurs toute leur dignité, rappelant au spectateur français tout l’effort de réfection / reconstruction dont notre voisin se trouve être le lieu depuis 1989 et qui ne va pas elle aussi sans désorientation.  Dans ces courts-métrages, presque personne ne parait un tant soit peu heureux. On se trouve dans la post-modernité, l’égarement,  la perte de tout sens, ou, dans certains courts-métrages « foutraques », dans le  franc n’importe quoi qui ne saurait durer et qui m’a fait penser à l’art expressionniste d’un Grosz. On se trouve  à cent lieux de « Berlin, symphonie de la grande ville »(1927), la boucle est bouclée : la modernité a pris son essor, mais qu’est-elle devenue?

Comme français et européen, j’ai aussi été frappé de l’enfermement dans l’Allemagne elle-même de ces courts-métrages. La logique du thème choisi veut  sans doute cela, mais il est étonnant de ne pas voir apparaitre vraiment que bien rarement les voisins européens. Le monde extérieur apparait seulement dans le périple autour de la planète, proprement effrayant dans sa banalité, d’un manager allemand, bien propre sur lui,  entre Hôtels Marriott et Cafés Starbucks…, ou dans la folie d’un homme d’affaires autrichien bien décidé à ce que rien ne change dans le conservatisme du F.A.Z., ou encore dans le récit « mythique » d’un tenancier iranien de bordel sur les mœurs de ses clients. Les mânes de l’américaine Susan Sontag sont elles aussi invoquées. En dehors de ces quelques exemple, on dirait un peu que, selon tous ces réalisateurs, les Allemands se retrouvent désormais  seuls au monde face à un univers qui n’a plus de sens.

Je doute que ce film puisse passer longuement dans les circuits normaux de distribution du cinéma en France tant il fait appel à des idiotismes germaniques, mais,  en même temps, comme cela serait nécessaire! Ne serait-ce que pour pouvoir s’apercevoir que bien des choses se rejoignent…

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