Quelques réflexions sur le conflit des retraites version 2010

A l’heure où j’écris le conflit des retraites version 2010 parait largement plié. A moins que, demain, jeudi 28 octobre, divine surprise, les manifestations fassent plus que le plein, c’est-à-dire, doublent, sans contestation possible entre les chiffres de la police et ceux des syndicats, le nombre de manifestants par rapport aux journées d’action précédentes, l’épuisement semble des plus probable. Les « autres formes d’action », promises par certains syndicalistes, risquent bien de n’être qu’une manière codée d’annoncer le repli général. Il serait aussi souhaitable pour le gouvernement que, demain, les forces de l’ordre ne tuent pas à la suite de quelque maladresse imprévisible un ou plusieurs manifestants… En dehors de ces cas de figure (un sursaut de la mobilisation incontestable même pour le Figaro , ou bien un drame clairement attribuable même par TF1 à l’action des forces de l’ordre), je ne crois pas à des formes de rebond de cette vague de protestations. Je souhaite me tromper, mais tous  ceux qui annoncèrent plus ou moins quelque chose façon 1968, y compris quelques collègues lyonnais, s’illusionnent donc. La particularité de l’époque en effet, c’est bien ce contraste entre une insatisfaction très élevée exprimée lorsque les individus sont questionnés par un institut de sondages et le niveau réel des mobilisations. Ce qu’on constate ainsi, ce sont, d’une part, les effets de la structuration actuelle de l’économie (de plus en plus de lieux de travail ne regroupant qu’un nombre très limité de salariés), et d’autre part, ceux des mesures de contournement légaux  (appel à des importations de carburants par exemple) ou à la limite de la légalité (appel à des réquisitions de grévistes dans les raffineries ainsi mises au rang d’un service essentiel) des blocages éventuellement provoqués dans l’économie par les salariés dans le cadre des  grandes structures qui demeurent en place.

Surtout ce mouvement social contre la réforme des retraites version 2010 s’inscrit dans une série de défaites syndicales, à la fois françaises et européennes. Sur les retraites, depuis 20 ans, les syndicats  arrivent parfois à effectuer de grandes mobilisations (comme déjà en 2003), mais ils n’arrivent jamais à enrayer radicalement la machine. Les gouvernements prennent toujours bien soin d’assurer dans leur réforme une forme de progressivité dans la mise en place des nouvelles conditions de départ en retraite. Plus le départ probable en retraite d’un salarié  se trouve lointaine au moment de la réforme, plus les conditions lui sont défavorables, et en même temps, plus elles apparaissent de fait à ce même individu dans le fond irréelles. Je me suis aperçu ainsi que, pour ma génération (milieu des années 1960),  certains paramètres (durée de cotisation ) restaient en suspens, il est vrai qu’à un quart de siècle ou plus de la retraite (45 + 25 = 70, seuil des plus probables déjà à ce stade, puisque  la limite de mise à la retraite d’office a été relevé à 70 ans pour le privé et que l’alignement pour le public ne saurait trop tarder) , il est difficile de s’en soucier sur des bases concrètes et rationnelles. En effet, y compris du côté de l’opposition socialiste, j’ai entendu des propositions d’allongement de la durée de cotisation, qui, au vu de ce que je sais de mon âge d’entrée sur le marché du travail, me mène directement vers les 70 ans comme âge de départ en retraite. Et je ne dis rien ici de ce que cela veut dire pour mes propres étudiants. Cette progressivité de la réforme émousse nécessairement la préoccupation des personnes concernées. Ainsi le gouvernement a su lâcher du lest sur les parents de trois enfants qui devaient partir dans l’année qui vient, il a donc évité la panique de personnes qui auraient dû changer au dernier moment leurs calculs. Bien joué. Toute cette réforme parait d’ailleurs à l’avenant – comme d’ailleurs celles menées dans la plupart des pays européens. Le gouvernement aurait toutefois tort d’en conclure que tout lui sera désormais permis en matière sociale: la question des retraites se prête très bien à ce jeu de lissage dans le temps, bien moins par exemple l’abolition des 35 heures que certains souhaitent dans les rangs de la majorité (sauf à supprimer les 35 heures uniquement pour les nouveaux embauchés…).

Sur un plan plus général, cette réforme, contrairement aux précédentes  se trouve cependant en revanche la première qui officialise une immense régression sociale à travers la suppression du symbole du départ possible  en retraite dès 60 ans. Avec Nicolas Sarkozy, tout devient possible, y compris l’enterrement de première classe du progrès social. Le gouvernement aura beau souligner que l’espérance de vie s’allonge, et qu’il faut en tenir compte à due proportion, il reste que cette réforme ne manquera pas d’être perçue comme une preuve de la régression sociale en cours. Ce n’est pas un hasard si Nicolas Sarkozy s’était bien gardé de mettre cette proposition d’un recul de l’âge de la retraite dans son programme présidentiel de 2007, alors même qu’elle appartient au bagage intellectuel de la droite de gouvernement depuis le début des années 1990 au moins, comme d’ailleurs n’ont cessé de le clamer les membres du gouvernement actuel en accusant le PS d’impéritie sur ce point.

Plus généralement, la « réforme » apparaitra désormais de plus en plus aux populations concernées comme la forme élégante pour dire qu’on se replie sur des positions préparées à l’avance comme lors d’une débâcle militaire. La diminution de la durée du travail au cours de la vie était en effet un des effets principaux de la Révolution industrielle sur la très longue période. Reculer l’âge de la retraite revient au moins à contrecarrer cette tendance longue.

Je vois toutefois un avantage paradoxal à ce recul de l’âge de la retraite. Plus les salariés voient ce seuil s’éloigner d’eux, plus l’espoir d’une échappatoire à leur condition actuelle leur échappe, plus cela tendra à réunifier les différents âges du salariat. Depuis je ne sais combien de temps, lorsqu’il est question en France de diminuer les effectifs, il est question de « mesures d’âge ». Avec une retraite qui s’éloigne dans les brumes de la vieillesse, cela ne sera plus possible, cette façon de diviser le salariat en tranches d’âge aux destins différenciés va devenir impossible. D’une certaine façon, c’est l’effet recherché par le gouvernement qui a beaucoup répété, sur la foi d’une analyse économique du marché du travail,  que, si l’âge de la retraite se déplace bien au delà du seuil de la soixantaine, les gens de 50 ans et plus en paraitront de ce fait plus employables. Que cela soit, je n’en sais rien, je ne peux qu’espérer que cet effet de rajeunissement social des cinquantenaires sur le marché du travail se produise, mais, par contre, je prévois que ces derniers n’auront plus d’échappatoire dans l’attente de la retraite, et que cela peut avoir aussi des effets inattendus sur l’ambiance au sein du salariat.

Enfin, sur un plan plus spéculatif, la dite réforme des retraites va être suivie par une réforme concernant la « dépendance », mot poli pour dire : que faire pour financer la vie de ces  masses de séniles, grabataires et autres vieillards en phase plus ou moins terminale que notre système de santé, si efficace n’est-ce pas, va produire à grandes proportions grâce aux progrès, bien imparfaits cependant, de la médecine dans les années qui viennent? On voit bien que, si nous sommes tous destinés à finir « dépendant », le coût de cette dépendance va exploser. Si nous vivions d’aventure centenaires, mais si nous passons les dix dernières années de notre existence dans la « dépendance », la répartition de l’utilisation des richesses que nous produisons au cours de notre vie devra changer radicalement – en tout cas, quelque instance devra payer les bons soins qu’on nous prodiguera.  A ce rythme (si l’on suppose que travailler produit des richesses),  c’est tout bonnement vers la suppression de la retraite (en bonne santé) vers laquelle on s’achemine au profit du financement d’années de « dépendance ». Il y a d’ailleurs déjà un embryon de cette situation dans la réforme actuelle des retraites puisque certains pourront partir en retraite avant les autres sur le seul (bon) motif qu’ils sont hors d’état de travailler. A terme, il suffira d’inverser le mécanisme : on ne partira en retraite que lorsqu’on sera déclaré médicalement inapte à tout travail. C’est là un « choix social » (le terme de choix est peut-être excessif) qui se profile à l’occasion et qui n’est pas sans énormes conséquences, ne serait que parce qu’être « dépendant », c’est permettre à des tas de gens, plus ou moins bien  intentionnés, de profiter de la situation. Une collègue universitaire, donc  non dépourvue de ressources intellectuelles, m’a raconté les affres qu’elle vivait avec sa mère en maison de retraite.  Je voyais récemment dans un magazine qu’un groupe de maisons de retraite privées en pleine expansion faisait de la publicité pour sa nouvelle résidence « spéciale Alzheimer », je dois dire qu’à cette vue, j’ai ri jaune. Quelle  belle trouvaille! Lors du journal de France-Inter de ce midi, à l’occasion d’une  prévision démographique de l’INSEE qui prévoit une marée de centenaires à l’horizon 2060 (je ne tiens pas du tout à en être!), un professeur en médecine, gérontologue en chef, s’exaltait à cette idée : ah quelle belle évolution pour l’humanité que ces centenaires en relative bonne santé, entretenus pour moitié à domicile par des nuées d’assistants de vie bien formés (et je suppose bien payés?) ou résidant pour l’autre moitié dans des maisons de retraite « à visage humain » , ah quelle source extraordinaire de création d’emplois il y a là, se gargarisait notre bon docteur Pangloss (non sans d’ailleurs susciter quelques réserves chez les journalistes de la station). Mais, foutredieu de cornecul, qui va payer? Compte-t-on par je ne sais quel miracle que tout d’un coup d’immenses ressources apparaissent, alors même que déjà la France est déclarée depuis 3 ans déjà par son Premier Ministre en faillite?  Je veux bien que l’allongement de la durée de la vie constitue presque par définition un objectif politiquement consensuel, mais est-on prêt à assumer toutes les conséquences qui en résultent? Il ne faut pas compter beaucoup sur les financements publics, sauf à supposer que la « révolte fiscale » deviendra sous peu un concept dépassé en Occident (je blague!); quant  aux financements privés, genre assurance-dépendance, avec l’inégalité qu’ils induisent de toute façon entre ceux qui pourront épargner à cette fin et les autres, avec l’inégalité aussi  que ne manquera pas de produire l’usage inévitable par les assureurs de la génétique pour prévoir la probabilité de « dépendance » de chacun, ils se révéleront bien souvent comme il se doit comme de beaux miroirs aux alouettes (puisque c’est rarement lorsqu’on est devenu « dépendant » qu’on peut lutter à armes égales contre un assureur indélicat…) Quelle belle société tout de même on nous prépare ainsi, quelle belle source de profits pour certains, quelle belle fin pour l’humanité occidentale. Le « parc humain » est en pleine expérimentation…

Dans le fond, voulons-nous travailler jusqu’au moment où nous serons déclarés finalement « dépendants »? N’y a-t-il pas d’autres hypothèses possibles? N’y a-t-il pas d’autres façons de voir les choses? Ne faudrait-il pas repenser radicalement nos hypothèses éthiques?

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11 réponses à “Quelques réflexions sur le conflit des retraites version 2010

  1. Ma méthode de calcul peut paraître un peu tordue, mais, d’un autre point de vue, on peut considérer qu’on ne s’éloigne pas de la tendance de la Révolution industrielle: si on fait le ratio des heures passées à travailler dans une vie sur les heures totales vécues, cela continue de baisser. En gros, comme on gagne davantage d’année d’espérance de vie qu’on ne gagne d’année à travailler, le pourcentage « temps de travail »/ »temps de vie » continue de diminuer.

    Par ailleurs, vous semblez considérer que, quand on vit plus vieux, on est plus dépendant. Mais il me semble que certains biologistes disent qu’au fur et à mesure que l’espérance de vie augmente, on est aussi en forme plus longtemps (en 1950, on était complètement usé à 60 ans au moment de prendre sa retraite, alors que, maintenant, un bon nombre de personnes peut encore courir un marathon à 80 ans.)

    Et la solution que vous proposez, c’est de se retirer dans une caverne quand on estime qu’on n’est plus utile à la société, pour mourir tranquillement ?

  2. @ champagne : vous avez peut-être raison sur le rapport « temps de travail » / »temps de vie », encore qu’il existe, tout au moins pour l’ensemble des travaux très qualifiés, aussi la tendance à l’augmentation du temps de travail (ou du moins du temps d’attention au travail via les nouvelles technologies où l’on reste tout le temps connecté).Il faut aussi tenir compte de la pression des entreprises qui aimeraient augmenter de nouveau nettement le temps de travail hebdomadaire, et même diminuer le temps de vacances (cf. propositions en ce sens des petits patrons allemands). En même temps, il existe du temps de vie plus ou moins agréable selon l’âge qu’on a, je doute foncièrement du mythe de la jeunesse éternelle qu’on nous propose. Allez donc voir le dernier Woody Allen (plutôt facile d’ailleurs) pour voir ce que cela signifie en pratique. Le viagra, c’est bien, mais bon, c’est quand même un pis aller. Pour moi, toute cette idée de la jeunesse éternelle n’est largement qu’une occasion de profits pour ceux qui vendent ce rêve, y compris aux gens qui en ont les moyens. Certes, l’espérance de vie, y compris en bonne santé, augmente, mais, malgré toute cette bonne santé à des âges avancés, il reste que l’être humain ne s’est pas encore extirpé des lois générales du vieillissement qui le régissent. Essayez donc d’apprendre le chinois à 70 ans… il vaut le faire entre 15 et 30 ans. De même, le marathonien de 80 ans, cela existe bien sûr, mais je n’en ferais pas partie même si je passais les 10 prochaines années de ma vie à essayer d’atteindre une telle performance, croyez-moi! Bref, l’on est sans doute en meilleure santé, mais du point de vue de la performance pure, sur bien des points, on perd inexorablement, ce qui pose un problème économique (les économistes montrent d’ailleurs qu’après un certain âge,sauf à adapter vraiment les postes de travail, la productivité baisse, il serait donc logique que les salaires aussi, cet écart pouvant être une source du chômage élevé des plus de 50 ans) et social (il y a des choses qu’on peut réaliser plus facilement tout de même à 60 ans si l’on a du temps plutôt qu’à 80 ans). Par ailleurs, à ce train-là, in fine, après toutes ces belles années en bonne santé à des âges avancées, arrive le temps de la dépendance, qui, selon les critères actuels, coûte très cher.

    Ce que je propose déjà, c’est de ne surtout pas marchandiser la « dépendance ». Cela doit rester entièrement du ressort d’une économie publique ou sociale à but non lucratif. C’est aussi de laisser chacun libre de sa fin de vie (en permettant par exemple le suicide assisté). C’est aussi d’encourager toutes les activités non lucratives qui aident à retarder l’âge de la dépendance (sport, vie sociale et associative, jardinage, etc.), bref il faut surtout lutter en amont de la dépendance, et une fois qu’elle se produit, ne pas hésiter à offrir à ceux qui le veulent des moyens rapides d’en sortir dignement.

  3. Monsieur Bouillaud,

    J’ai eu le plaisir de suivre vos cours à Sciences Po, je vous sais loin de mon orientation politique, mais cependant, je suis purement sidéré par vos propos.

    Que vous soyez contre la réforme, menée par un président de droite, OK, c’est de bonne guerre.

    Mais que vous parliez de régression sociale parce que l’on arrête le départ à 60 ans me sidère vraiment. On ne fait pas de politique sur des symboles. Ce pays meurt des  » symboles » : la retraite par répartition : PAS TOUCHE, la retraite à 60 ans : PAS TOUCHE, le déremboursement des médicaments : PAS TOUCHE, les régimes spéciaux : PAS TOUCHE, la réforme de la représentativité syndicale : PAS TOUCHE

    On ne peut rien faire, rien dire sans faire appel aux vieilles lunes d’un autre age.

    Je veux un pays qui avance, qui se modernise, et qui ne suit pas bêtement les hurlements primaires de quelques syndicalistes anchylosés dans leur bibliothèque poussiéreuse.

    Vous êtes un homme de culture, comment ne pas reconnaitre qu’il faut changer et cessez de s’accrocher à des acquis dépassés ?

    Pire, le PS, s’il revient au pouvoir en 2012, reviendra-t-il sur la réforme ? Non parce qu’ils savent très bien que l’on a pas le choix. Tout ceci c’est pour amuser la galerie.

    Alors on peut faire comme si de rien n’était. Ne rien voir, ne rien entendre aux bruits assourdissants du monde qui nous entoure. On ferme les yeux, et on accélère….dans le mur.

    Que l’on condamne certains éléments de la réforme, pas de problèmes, j’ai des reproches à faire à ce « package », mais considérer que c’est un recul social de dépasser les 60 ans me sidère !

    M.Bouillaud, vous êtes encore jeune et l’avenir universitaire devant vous ! Vous ne serez pas grabataire à 62 ans, je vous le promet !

  4. @ Jean-Baptiste : vous aurez remarqué que je ne parle pas des détails concrets de la réforme des retraites proposé par le gouvernement actuel, réforme qui en soi n’est pas du tout révolutionnaire et qui ne comporte à mon sens aucun élément particulièrement choquant, mais que j’insiste sur l’aspect symbolique, de lien avec l’idée que l’on se fait du « Progrès » (avec un grand P).

    Je ne parle pas vraiment du symbole au sens strictement politique, à savoir qu’il s’agissait d’un acquis du gouvernement d’Union de la gauche de 1981. De ce point de vue là, il faut quand même espérer que la main d’œuvre arrive en moyenne moins usée par le travail à 60 ans en 2010 qu’en 1980 (ne serait-ce que parce que l’économie s’est depuis tertiarisée), et il faut bien admettre que sur le plan strictement physique (pas nécessairement mental), 62 ans aujourd’hui ne diffère guère de 60 ans jadis. Je ne crois pas non plus que le PS ferait beaucoup mieux… et je suis largement persuadé qu’une nouvelle réforme des retraites par le PS, revenu au pouvoir, suscitera une vague d’indignation populaire comme la présente réforme.

    Mon indignation se situe sur un autre plan, peut-être en avance sur la musique comme on dit : si l’on considère que vivre 140 ans constitue un objectif réaliste à terme (cf. les propos du Président d’AXA dans le Monde, qui cite ce chiffre, qui traine du côté de certains scientifiques…, ou les projections démographiques qui prévoient de nombreux centenaires à l’horizon 2050 en France), il va de soi effectivement que l’âge de la retraite doit s’éloigner fortement des 60 ans, même pas d’ailleurs seulement pour des raisons de financement des retraites, mais parce qu’il serait idiot d’éloigner de la vie productive de l’économie cette immense masse de personnes adultes. Je vois bien le décalage entre la vie de l’économie telle qu’elle est actuellement et la perception que peuvent en avoir certains retraités.

    Ceci étant, ce que je conteste, mais là c’est vraiment un énervement qui m’est sans doute très personnel, c’est cette croyance même que vivre jusqu’à 140 ans, nécessairement avec mille et mille prothèses, plus ou moins bien pensées par la science, pour vivre bien jusqu’à ce stade constitue un objectif pertinent pour l’espèce humaine. Et cela d’autant plus que cela implique une modification profonde de la répartition de l’utilisation du « revenu permanent » au cours de votre vie. Si l’on veut réaliser ce type de Progrès, il faudra épargner de plus en plus au fil de notre vie active, travailler de plus en plus longtemps, pour payer les coûts des dernières années marginales et des diverses prothèses qui nous permettront de durer jusque là.

    Bien sûr nous n’allons pas vivre tout de suite jusqu’à 140 ans, mais, en revanche, nous allons dépenser de plus en plus pour cet objectif… nous allons travailler plus longtemps, plus dur, dépenser plus d’énergie, etc. Ma prédiction est du coup, je le répète, une disparition à terme de la retraite telle que l’on l’entend aujourd’hui, au profit d’une période d’invalidité finale (la « dépendance »). C’est du coup un peu paradoxal : ainsi, certaines générations, qui vivront tout de même moins longtemps que les suivantes, auront connu dix ou quinze ans de temps libre en bonne santé (la fameuse retraite), et les suivantes, à la longévité extraordinaire, auront droit de partir seulement quand elles seront « dépendantes ». Étrange Progrès tout de même…

  5. Je parcours un peu votre blog depuis ce matin, ceci ayant commencé par votre article sur le livre de Dadot et Laval (La nouvelle raison du monde).
    Je n’ai pas votre parcours ni vos connaissances en économie et en politique, mais mon regard horrifié sur le monde tel qu’il tourne me fait rechercher des réponses, des idées.
    J’aimerais savoir si vous avez lu ou entendu (vidéos nombreuses) Bernard Friot.
    Il répond peut-être à l’une de vos interrogations de fin d’article.
    Je serais très heureuse d’avoir votre avis, aussi argumenté que vous semblez avoir l’habitude de l’avoir.

    Bernard Friot : L’enjeu des retraites.

  6. Ayant modifié et réécrit ce commentaire, j’y trouve au moins une faute. Merci de la corriger (regard horrifié qui me fait…), et merci de votre réponse !

  7. @ Florence : honnêtement, je n’ai pas lu ou entendu des vidéos de Bernard Friot, tout simplement parce que je suis plutôt un lecteur qu’un « regardeur ».

  8. Bernard Friot est chercheur, et c’est à la suite de son dernier ouvrage, L’Enjeu des retraites, qu’il est intervenu, avec force conviction et enthousiasme à de nombreuses rencontres autour des retraites, au moment de la énième réforme… D’où mon indication de vidéos également disponibles, ce qui permet parfois de donner un premier aperçu vivant et pour autant rigoureux de cet absent des médias dominants.
    Je reste très curieuse de votre avis.

  9. Décidément, je truffe mes textes de fautes !
    Peut-être, le complexe du « citoyen », que dis-je, de la « citoyenne ordinaire », en référence ironique à votre dernier billet sur le référendum grec, m’y vautre – et m’apprêtant à lire le livre de Jacques Rancière sur la question démocratique par sa haine, m’y voilà plus encouragée encore !

    J’en profite, puisque vous ne corrigez pas mes bévues orthographiques (alors qu’il ne s’agissait pas de commentaire, précédemment, mais d’une demande de correction avant parution et que je recommence à « fauter – peu pratique votre fenêtre de commentaire, sans pré-visulaisation de plus) pour préciser que Bernard Friot, ayant pour dernier objet d’étude les retraites, met de côté l’acceptation de « revenu différé », et analyse le système de redistribution à la française si positivement qu’il l’envisage, avec le plus grand sérieux, comme a-capitalistique (pardonnez encore mon inculture économique qui pourrait me faire abuser du terme) et ouvert à ce qu’il appelle le « salaire à vie ».

    C’est parce que j’ai décelé dans votre blog une position à la fois en dedans et en dehors du main-stream critique, et de solides savoirs, que j’ai sollicité votre possible intérêt, puis votre analyse avisée.

    Ce serait pour moi absolument passionnant ! Mais la curiosité ne vient-elle pas d’un éveil personnel par trop égo-centré ?
    Bien cordialement, et pleine d’espoir !

    L’éditeur de Friot est La Dispute, l’édition date de 2010.

  10. @ Florence : j’ai corrigé les fautes… mais elles ne sont pas bien graves vu les conditions d’écriture que j’impose de fait. Je préfère modérer les commentaires a priori, pour ne pas me trouver dans des complications indésirables. Mes collègues sont parfois susceptibles.

    Je vais essayer de jeter un coup d’œil au livre de B. Friot, qui doit sans doute être disponible dans la bibliothèque de mon institut.

  11. Alors merci ! Et au plaisir de vous lire.

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