Et Hollande fit du Sarkozy sur l’Europe…

Les réalités structurelles de la politique française ont la vie dure. Sur le rapport à l’Union européenne tout particulièrement : quand on se trouve au pouvoir, comme dirait Flaubert, toujours  attribuer aux technocrates apatrides de Bruxelles la faute de ce qui ne va pas dans le pays et toujours s’attribuer en revanche le mérite de ce qui y va bien; se présenter toujours comme le brave gars, plein de bon sens, qui défend le peuple français et son bonheur contre ces fous dangereux, utopistes, incompétents, ou les deux, de Bruxelles; et surtout ne jamais admettre la réalité des transferts de souveraineté qu’on a soi-même accepté à ces mêmes fous. Selon l’historien Laurent Warlouzet au vu des archives (cf. Le choix de la CEE par la France. L’Europe économique en débat de Mendès France à de Gaulle[1955-1969], Paris : Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2010, en particulier les dernières lignes de la conclusion p. 507-508), ce double jeu a commencé sous le Général de Gaulle lui-même en 1958-69. Il continue toujours en 2013.

Ainsi, comme prévu par les nombreuses dispositions adoptées depuis 2010 à la suite de ce qui a été conceptualisé par les pays dominants (dont la France), la Commission européenne et la Banque centrale européenne comme la « crise des dettes publiques » des pays européens, la Commission européenne a rendu hier publique ses recommandations aux différents pays afin d’améliorer leur sort économique et social et de faire progresser ainsi l’ensemble européen vers ce bonheur terrestre et matériel que l’Europe  promet depuis si longtemps  à ses ressortissants.  On ne peut pas dire que le Parti socialiste français n’ait pas été partie prenante de cette montée en puissance d‘un devoir d’injonction attribué à la Commission européenne à propos des politiques économiques nationales. On ne sache pas que ses députés au Parlement européen aient occupé l’hémicycle bruxellois ou strasbourgeois en hurlant que c’est la souveraineté du peuple français qu’on assassinait ainsi; on ne sache pas non plus que la majorité parlementaire de gauche, élue en juin 2012, essentiellement socialiste, ait fait obstacle à la ratification du nouveau Traité européen signé au départ par un certain Nicolas Sarkozy.  Et voilà que François Hollande, dans une posture toute gaullienne, une fois reçues les recommandations de la Commission européenne, déclare tout de go que la France n’a pas à recevoir d’ordres sur les réformes à faire et que seul le solde budgétaire compte. En tout cas, c’est ce qu’en rapporte l’estimé quotidien parisien, le Monde, dont il serait malicieux de douter de la compétence en matière de transmission des propos présidentiels à la population.

La manœuvre politicienne au sens le plus ordinaire du terme est évidente : il ne faudrait pas que le bon peuple de France se rende compte que, désormais, les grandes lignes de l’ensemble des politiques économiques sont prises à Bruxelles, et que ces lignes sont parfaitement alignées sur l’habituel « consensus de Bruxelles ». De fait, le « gouvernement économique de l’Union européenne » (ou de la seule zone Euro) que le Président Hollande appelle de ses vœux pour l’avenir existe en fait déjà, et il a lui-même fait ratifier par la France un Traité qui l’entérine (sans compter la loi organique sur les finances publiques qui met en œuvre les dispositions de ce Traité).  Il se trouve que je suis l’actualité italienne, j’ai donc pu lire à peu prés les mêmes recommandations de la part de la Commission européenne pour l’Italie. Le Corriere della Sera, journal  qui incarne pourtant le sel de la bourgeoisie italienne la plus traditionnellement capitaliste et libérale, commentait d’ailleurs non sans une légère pointe d’ironie les mesures ainsi préconisées par Bruxelles. Ce sont en effet toujours les mêmes : libéralisation du marché du travail, réforme des retraites, maîtrise du déficit public, diminution des dépenses publiques inutiles, mais investissement public dans les secteurs d’avenir, tout en diminuant les impôts et les charges sociales, ouverture de nombreux secteurs protégés à la concurrence.  Il faut bien dire que, vu d’Italie, même un journal bourgeois peut commencer à se demander si tout cela sert vraiment à quelque chose… Où s’arrête d’ailleurs la libéralisation du marché du travail souhaitée par la Commission européenne? Sans doute à la précarité de l’emploi pour 100% de la main d’œuvre, mais, alors, comme le montre déjà l’exemple italien, qui va faire des projets d’avenir dans de telles conditions, qui va acheter son logement, qui va s’installer dans la vie, qui va renouveler les générations, qui va renouveler son abonnement annuel au Corriere?

La sortie de François Hollande m’a d’autant plus paru s’inscrire dans une vieille tradition de double langage sur l’Europe – dont N. Sarkozy n’avait pas été avare non plus – qu’en réalité le gouvernement français a obtenu de ne pas respecter tout de suite (en 2013 et en 2014)  ses engagements en terme de solde des dépenses publiques, et qu’en contrepartie, il s’est engagé à aller plus loin dans les « réformes structurelles » que la Commission européenne juge nécessaires. Il est certes certain que ce n’est pas dans les bureaux de la Commission que les détails de la future réforme des retraites vont être écrits, mais, pour ce qui concerne sa conception générale et sa nécessité même, il ne fait pas non plus de doute que la France s’aligne ainsi sur le « consensus de Bruxelles ».

On peut se demander pourquoi le Président Hollande, donnant par ailleurs des gages de fidélité à la ligne européenne « néo-libérale » de sortie de crise (comme avec son discours de Leipzig pour le centenaire du SPD), refuse d’informer les Français de la situation réelle du pays en la matière. Qui croit-il donc tromper? C’est à dire vrai une question montante en science politique : avec l’élévation générale du niveau d’éducation de la population, avec la transmission d’informations entre les différentes arènes dans lesquelles un politicien s’exprime, y compris entre pays différents, pourquoi s’entêter à nier l’évidence?

Sans doute, y a-t-il là une simple et banale raison électoraliste. On sait depuis 2005 que les groupes populaires de ce pays sont majoritairement hostiles à l’Europe  – tout au moins quand ils expriment une opinion à ce propos. Si je ne me trompe pas, la part la plus populaire de l’électorat du futur Président Hollande en avril 2012 se déclare déjà majoritairement hostile à l’Europe. Le Président socialiste ne peut donc pas officialiser devant le grand public français qu’il suit en fait la ligne définie en commun à Bruxelles, cela serait faire un trait sur cet électorat, ou du moins, donner à ses adversaires sur ce segment de l’électorat populaire un argument pour le (re-)détacher du PS (comme en 2002). En même temps, comme le montrent les sondages quand on dispose des répartitions socio-démographiques, c’est déjà fait! Les ouvriers et employés ont déjà compris que c’était « European business as usual », et qu’en tout cas, le changement promis en 2012 ne serait pas dans le sens espéré par eux.

Malheureusement, en essayant de s’en tirer par le double langage, par l’ambiguïté des propos, F. Hollande passe par pertes et profits la possibilité d’un choix éclairé de l’électorat. Comme par une heureuse communication des bons esprits, Bernard Guetta fit de même ce matin sur France-Inter tout un sermon sur le même thème : la France ne doit pas se laisser imposer les mauvaises réformes libérales par des Commissaires européens irresponsables car non élus, cela risque de désespérer Billancourt et Maubeuge. D’évidence, la couleuvre néo-libérale que propose Bruxelles à l’attention du gouvernement français et à la gauche pro-européenne dont B. Guetta représente le porte-voix journalistique sur France-Inter est un peu trop grosse à avaler, mais ne serait-ce pas plus sain pour l’avenir d’y aller franco de port?

En effet, le résultat de tout cela sera que, lorsqu’il faudra changer les Traités européens – ce qui ne manquera pas d’arriver du train où vont les choses, si on donne raison à nos partenaires allemands – pour sauver la zone Euro, le Président Hollande n’aura pas d’autre choix que de passer par la seule voie parlementaire de révision constitutionnelle, et ne pourra pas faire appel à un référendum pour légitimer ces transferts de souveraineté. Ce n’est pas en effet en faisant croire aux citoyens – qu’on suppose là bien niais tout de même – que la France a encore seule la main sur ses grands choix de politique économique qu’on pourra éviter à terme une mobilisation massive en sens inverse.

Ps. La prise de position idiote (au sens antique et nouveau du terme) de F. Hollande a fait la une du Monde le vendredi 31 mai 2013 : Hollande brandit la souveraineté de la France face aux demandes de Bruxelles. Le chef de l’État craint d’apparaître assujetti à la Commission européenne en ces temps d’euroscepticisme titre le journal du soir. Pour une fois, je suis entièrement d’accord avec le sous-titre analytique. (Cela me coûte.) Les prises de position de membres de l’UMP et du Modem, relatées par le journal,  ne sont pas glorieuses non plus.  Je ne suis bien sûr pas le seul à m’être rendu compte de la « grosse ficelle » bien usée utilisée par F. Hollande, cf. l’interview croisé dans Atlantico de Nicolas Goetzmann et Sylvie Goulard.  On appréciera toutefois la chute de l’interview où l’eurodéputé Modem,fédéraliste, bras droit de R. Prodi en son temps, S. Goulard, prend position contre un futur référendum sur le traité qui en finira avec les atermoiements actuels pour aller vers le fédéralisme de la zone Euro. Une question trop compliquée… mais, bien sûr, ma bonne dame, ils sont trop bêtes pour comprendre ces veaux de Français…  (Je blague, mais cela ne me fait pas beaucoup rire moi-même.) On retombe toujours sur le même problème : rationnellement, les élites pro-européennes (que ce soient S. Goulard ou F. Hollande) croient savoir – qu’il est impossible désormais, du moins à court/moyen terme, de convaincre la majorité du peuple français dans un débat ouvert que la « fin de la France souveraine » (à l’image de ce que connaît le canton de Genève dans la Confédération helvétique… pour être positif) au profit de l’Europe souveraine serait au final une bonne chose pour eux. Chacun à son poste réagit donc en conséquence.

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16 réponses à “Et Hollande fit du Sarkozy sur l’Europe…

  1. Bonjour – j’aurai quand même tendance à penser que si l’on estime que la France peut sortir de l’euro c’est qu’elle a à tout le moins la possibilité de suivre la politique économique qui lui plaît. La France ne subit pas le consensus de Bruxelles, elle le construit. En ce sens donc, la remarque du Président Hollande est tout à fait légitime.

    • @ odp : je suis d’accord que la France, en tant qu’Etat, co-construit avec ses partenaires la politique économique européenne, et cela depuis longtemps, mais ce qui me choque, c’est que F. Hollande fasse semblant de s’offusquer que la Commission européenne donne ses recommandations à la France comme c’était prévu par les textes.

  2. J’ai beaucoup aimé cet article. Merci d’ailleurs pour le blog en lui-même, dont je suis un lecteur assidu.

    Mon questionnement porte sur un point de détail, non sur le message général de ce post, clair et bien argumenté. Par rapport à ces lignes : « cela serait faire un trait sur cet électorat, ou du moins, donner à ses adversaires sur ce segment de l’électorat populaire un argument pour le (re-)détacher du PS (comme en 2002) ».
    L’attention à sa base électorale, voire une tranche de celle-ci, comme explication de l’action d’un homme politique revient souvent dans vos analyses (dans toute analyse de politiste d’ailleurs).
    C’est l’une de leur préoccupation, indéniablement. Pour autant, pensez-vous que ce soit réellement leur focalisation de tous les instants ? C’est-à-dire, dans ce cas, pensez-vous que François Hollande ait préalablement effectué un calcul électoraliste – intégrant la variable spécifique de la frange de l’électorat ouvrier – avant de délivrer au parterre de journalistes les propos selon lui les plus à mêmes de maximiser son impact électoral dans la perspective d’une réélection future ?

    J’imagine de mon côté qu’il livre tout simplement la vision qu’il a de l’Europe et de la France : celle d’une Europe qu’il souhaite plus intégrée et capable de répondre collectivement aux défis auxquelles elle doit faire face ; celle d’une France de type gaullienne, bien assez responsable pour décider seule de la manière de gérer ses problèmes internes.
    L’incompatibilité de ces deux positions ne relevant pas d’un calcul électoraliste, plus simplement d’une position ambivalente de notre président sur ce sujet.

    Qu’en pensez-vous ?

  3. @ Rémi : merci tout d’abord pour votre appréciation positive de ce blog.

    Si l’on imagine qu’il tient une position réellement une position ambivalente, c’est à dire qu’il croit vraiment qu’on peut être pleinement souverain au sens ancien du terme, tout en ayant délégué l’exercice du plus gros des compétences économiques à des institutions fédérales (BCE) ou communautaires (Commission et Parlement) ou intergouvernementales (Conseil européen), ce serait là lui prêter un aveuglement inquiétant, c’est certes possible, mais ce serait un peu comme un maire de grande ville, comme Strasbourg, qui croirait vraiment aujourd’hui au mythe de la ville libre à la façon du Moyen-Age, et qui n’en ferait pas simplement un oripeau symbolique pour affirmer auprès de ses administrés l’importance de sa ville et de la personne qui se trouve à sa tête.
    Donc, à mon sens, comme politiste, je vois plutôt l’intérêt de ne pas choquer une partie de l’électorat, populaire avant tout, dont il ne faudrait pas qu’il se détache définitivement de la gauche de gouvernement pour aller paître dans les herbes de l’abstention, de l’extrême gauche ou plus probablement de l’extrême droite. Il est d’ailleurs remarquable que les porte-parole de l’UMP et du Modem (selon toujours le Monde) ont repris la même antienne que F. Hollande : la Commission n’a pas à nous expliquer ce que nous devons faire, or tout montre que, pour les grandes politiques économiques, il existe un « consensus de Bruxelles » que tous les pays membres ont construit ensemble et qu’ils cherchent à respecter en fait via les injonctions de la Commission. Aucun grand parti français ne veut assumer devant les électeurs la situation réelle de complète co-décision (pour rester poli) de la politique économique avec la Commission et les autres grands Etats européens.

  4. Pouvez-vous donner une référence pour Warlouzet ? Merci.

    • @ tyx : je l’ai rajoutée dans le cœur du post. Eh oui, parfois je suis un peu flemmard pour mettre la référence qu’en bon universitaire, je devrais mettre. Ce livre de L. Warlouzet (Le choix de la CEE par la France) est par ailleurs excellent, je le conseille vivement.

  5. Oui, j’attendais un article du blog sur ce sujet. Ce qui m’étonne, c’est que tu choisisses de te focaliser sur l’aspect double-jeu, alors que je me serai plus penché sur le pourquoi de l’aspect triomphateur dans la présentation de cette décision de la Commission. Il me semble qu’un peu partout (même dans le FT) on présente la décision de la Commission de donner des délais supplémentaires dans le « redressement fiscal » des Pays-bas, de la France et de l’Italie, comme un infléchissement de la politique d’austérité et un retour à des préoccupations de croissance…heu, il me semlbe plutôt que la Commission sait pertinemment que ces objectifs ne sont plus atteignables, qu’elle essaye de sauver ce qu’elle peut de la crédibilité de ses avertissements et recommandations (bien mises à mal par la Grèce et par elle-même) mais que la substance, comme tu le dis, de la potion est toujours la même. On prendra juste du mauvais sirop un peu plus longtemps…

    • @ clementfontan:
      De fait, je commence à trouver la rhétorique de F. Hollande assez insupportable, et aussi assez prévisible : il tend à dire une chose, tout en la démentant dans le phrase suivante, ou inversement. C’est une façon bien sûr d’entretenir le flou, mais, dans le cas présent, c’est tellement gros que cela en devient ridicule. Du coup, c’est donner au FdG ou surtout au FN les moyens d’appuyer leur propre rhétorique sur la vérité objective. Si je dis qu’il fait une beau soleil, alors qu’il neige et que tout le monde le voit, je me rends ridicule, et je donne l’avantage à celui qui affirme qu’il neige. Et, en plus, si c’est moi qui ait donné le feu vert à l’utilisation du canon à neige… Cette façon de ne pas « assumer l’Europe » tout en annonçant dans le même temps de grandes initiatives franco-allemandes pour relancer la croissance et l’emploi par l’Europe ne peut que désorienter encore plus l’électorat. C’est peut-être le but, mais, à la fin, les gens vont aller au plus simple, et haro sur l’Europe!

      En effet, la vague « austéritaire » semble être sur le recul, sans doute parce qu’il est inutile d’aller plus loin, en effet le programme « maximum » sous-jacent du néo-libéralisme est déjà presque réalisé ou en voie de l’être, puisque que même la France de F. Hollande – qui aurait pu au lendemain de l’élection s’opposer au mouvement général – s’est engagé à continuer toutefois les « réformes structurelles » qui partent des mêmes a priori. J’attends avec impatience la suite : la réinvention d’une forme d’emploi spécifique aux jeunes devrait bien nous amuser dans les temps qui viennent… La réforme des retraites, cela sera plus convenu sans doute.

  6. Merci pour ce post. Je serai curieux d’avoir votre opinion quant au rôle des idées dans l’idiotie des politiques menées actuellement. Convient-il de privilégier une bonne vieille interprétation marxiste façon “stratégie du choc” (ne jamais laisser passer l’occasion d’une bonne crise pour doubler la mise sur les reformes structurelles…), et donc l’intentionnalité cynique d’une classe dominante européenne (et pas qu’en Allemagne…)? Ou bien faut-il au contraire insister sur la force de la croyance collective néolibérale, d’autant plus forte qu’elle signe l’appartenance au groupe dominant? Pour avoir parlé à de nombreuses reprises avec de jeunes haut fonctionnaires du Trésor, je suis fortemente enclin à privilégier le deuxième type d’explication: ils sont réellement pénétrés de la gravité qu’il y aurait à dépasser les 3% de déficits courants! Mais qu’en pensez-vous vous même?

    • @ Pierre-Louis : je ne donnerais pas une réponse « personnelle » à cette question, mais plutôt au regard de ce que j’identifie comme le courant dominant des sciences politiques à ce sujet : il me semble que c’est bientôt plutôt l’importance des idées (économiques) qui se trouve pointée. Même s’il a eu un bref regain, en 2008-09, le keynésianisme reste dans les limbes en terme de politique économique, au profit d’une vision « économie de l’offre » assez inadéquates à la situation européenne à court terme. La situation britannique est aussi fort illustrative à cet égard. Le plus fort dans le situation actuelle, c’est que ces idées sont tellement démenties par le déroulement des événements que les institutions économiques internationales – en particulier le FMI – en viennent à les démentir empiriquement (comme avec le désormais célèbre « multiplicateur », calculé par les chercheurs du FMI, qui n’a pas la valeur attendue par les « austéritaires » en temps de récession). On peut toutefois faire remarquer que la recherche en science politique, si elle peut saisir facilement des idées qui sont publiées, des institutions inspirées de ces idées, voire si elle peut supposer par simple logique des intérêts matériels à certains individus ou groupes (par exemple, les intérêts des créditeurs) qui les amènent à agir en un certain sens se trouve très démunie pour apporter directement la « preuve » empirique d’un complot type « stratégie du choc ». Il faudrait que le chercheur écoute à des portes bien fermées pour avoir vraiment une preuve en ce sens. A une petite échelle, cela peut exister : au lendemain du tremblement de terre de l’Aquila en Italie, une écoute de la magistrature italienne a pu saisir une conversation privée entre un entrepreneur en bâtiment et un haut fonctionnaire en charge des situations de catastrophe naturelle, où les deux personnages se félicitaient de tout ce bel argent qu’ils allaient se faire par les multiples détournements qu’ils sauraient organiser grâce à cette belle catastrophe naturelle. Leurs rires saisis au téléphone avaient beaucoup choqués les Italiens qui en ont vu d’autres certes. C’est toutefois rare d’avoir une telle preuve que les malfaisants savent saisir les occasions que la vie leur offre…

  7. On sait depuis 2005 que les groupes populaires de ce pays sont majoritairement hostiles à l’Europe  – tout au moins quand ils expriment une opinion à ce propos.
    Et quand ils expriment une opinion majoritaire ( 55%) , le PS continue son alliance avec l’UMP, le Modem et EELV pour imposer le Traité de Lisbonne -clone du traité constitutionnel – par une manipulation constitutionnelle, qui, si elle est légale au pied de la lettre, n’en constitue pas moins une forfaiture dans l’esprit. Le label « de gauche », revendiqué par le PS, est une tromperie sur la marchandise ; Hollande est un petit tâcheron en la matière, qui s’évertue à copier son grand maitre Mitterrand , virtuose de l’arnaque idéologique ; beaucoup parlent de trahison ; ils ont tort : comme le dit Tahar Ben Jelloun : « mais enfin, pourquoi parlons-nous de trahison? L’ennemi ne trahi pas ».

    • @ JMP : c’est bien en effet l’enjeu pour F. Hollande et le PS en général, il ne faudrait pas que la réflexion de T. Ben Jelloun se généralise… au « peuple de gauche ».

  8. C’est pas très gentil pour Bernard Guetta…
    En tout cas, ça fait un drôle d’effet de se retrouver dans une situation proche de celle des peuples soumis aux injonction du FMI. Finalement, je commence à mieux comprendre leur réaction agacée.
    Cela dit, est-ce vraiment nouveau, ce double langage sur l’Europe ? Angela Merkel a récemment fait un lapsus en parlant de François Mitterrand à la place de Hollande. Mais ne sont-ils pas un peu interchangeables ?

    • @ vince38 : bien sûr que non, ce n’est pas nouveau ce double langage sur l’Europe, il me semblait d’ailleurs l’avoir dit d’entrée dans mon post, avec mon allusion à De Gaulle, qui travaillait en harmonie avec la naissante « technocratie » bruxelloise tout en la fustigeant devant le peuple français par ailleurs. Par contre, ce que je souligne – et je ne suis pas le seul loin de là (cf. F. Fressoz dans son éditorial du Monde disant à peu près la même chose) , c’est que ce double langage devient difficile à tenir après tant de transferts de souveraineté au moment même où s’apprête à en faire encore d’autres. Le « truc » est éventé, le bon « petit peuple de gauche » ne s’y fait plus prendre, et il faut passer à autre chose. Je sais bien que le rôle des politiques est aussi de louvoyer avec les contraintes (dont celles de l’opinion publique), mais là c’est ridicule, et d’autant plus qu’on se dirige en plus vers une initiative européenne à fondement franco-allemand pour le prochain Conseil européen. On ne peut pas dire dans le même temps : malheur, l’Europe nous contraint et, bonheur, l’Europe est la solution!

  9. A la suite de mes corrections de copie, je pense qu’on peut poser une hypothèse très simple à ta question : et si les conceptions des citoyens séparaient l’Europe des Etats? C’est à dire était fondées sur un oubli que les Conseils Européen et Conseil Ecofin sont constitués des représentants d’États pour ne voir dans l’Europe qu’une armée de bruxellois résolus à découdre les spécificités nationales? Ainsi Moscovici et Hollande disparaissent à Bruxelles dans le grand tout des délibérations et réapparaissent sur la scène nationale. Ceci ne dupe pas leurs partenaires, mais peut-être que leurs électeurs si. J’aimerais vraiment savoir combien savent que les Etats ont le dernier mot in fine sur la gouvernance économique de l’Europe.

    • @ clementfontan : eh oui, le moment de la correction des copies est toujours un grand moment de vérité… on se rend compte que le message n’est pas nécessairement passé autant qu’on le voudrait, ou qu’il a été autrement interprété qu’on l’aurait voulu. Il est effectivement probable que la plupart de nos concitoyens se laissent prendre à ce double jeu de marionnettiste qui désigne comme d’habitude le coupable bruxellois, mais en même temps, on a assez parlé ces dernières années du tandem « Merkozy » pour qu’on puisse supposer que certains au moins soient au courant du rôle des Etats dans les choix faits finalement. En somme, cela est encore censé duper une partie des électeurs, les moins informés, les plus basiques dans leurs réflexions, et encore… mais, pour les autres, la ficelles est tellement grosse qu’elle en devient franchement ridicule. D’ailleurs, F. Hollande s’est bien gardé ensuite de surenchérir sur sa déclaration, puisque toute la presse ou presque s’est moqué de lui ensuite pour son évident double jeu (cf. dessin assassin de Plantu en couverture du Monde quelques jours après). Il me semble que F.Hollande n’ose pas tenir le discours « du sang, de la sueur et des larmes » à propos de la situation de la France dans la zone Euro, parce qu’il craint qu’une telle justification soit inacceptable pour la plus grande part de l’électorat.

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