A. Francois, R. Magni-Berton. Que pensent les penseurs? Les opinions des universitaires et scientifiques français.

(Avertissement préalable au lecteur : l’un des deux auteurs du livre dont il va être ici question n’est autre que mon collègue de bureau à l’IEP de Grenoble.)

img20160214_23165952Les recherches sur le monde universitaire ne sont pas très nombreuses en France, et il faut bien dire que l’accusation de nombrilisme n’est jamais loin lorsque des universitaires se lancent dans une telle aventure.  Abel François, un économiste, et Raul Magni-Berton, un politiste, se sont pourtant  lancés dans l’aventure. Ils ont publié cet automne le résultat de leur investigation commune sous le titre plutôt séduisant, Que pensent les penseurs? Les opinions des universitaires et scientifiques français (Grenoble : PUG, 2015).

Le protocole de recherche suivi pour saisir les convictions des universitaires et chercheurs  français  se veut simple et efficace : un questionnaire proposé au printemps 2011 aux répondants sur Internet, avec une prise de contact via les universités, les établissements de recherche (dont le CNRS), les listes professionnelles et les sections du CNU des différentes disciplines.  L’idée des deux auteurs était d’inciter à participer le plus largement possible. Il est vrai que le questionnaire était plutôt long – pas moins de 71 questions – et pouvait dégoûter les collègues concernés d’aller jusqu’au bout. Finalement, un peu moins de 1500 personnes ont répondu. Les auteurs ont cependant pu vérifier que leurs répondants constituaient un groupe dont la morphologie générale (âge, sexe, statut hiérarchique, discipline) correspondait d’assez près à ce qu’ils pouvaient savoir par ailleurs de la morphologie des universitaires et chercheurs du secteur public. Ils observent toutefois un premier écart : les spécialistes de sciences sociales furent moins enclins à répondre à leur enquête par questionnaire que les spécialistes de sciences dures. Ce premier résultat sera vérifié tout au long de l’enquête : les académiques (pour user leur anglicisme qui réunit les universitaires et les chercheurs) réagissent largement au monde en fonction de leur discipline d’appartenance, or les sondages d’opinion, les enquêtes par questionnaire, n’ont pas vraiment bonne presse auprès d’une partie au moins des pratiquants des sciences sociales ou des disciplines plus littéraires. J’ai moi-même répondu à l’enquête, tout en sachant bien par ailleurs que, pour certains de mes collègues, je participais ainsi à légitimer une pratique de recherche bien peu scientifique. A ce stade (qui correspond au chapitre 2, Présentation de l’enquête, p. 31-48), il faut signaler deux petits étonnements : d’une part, les auteurs précisent qu’ils ont exclu de leur champ d’investigation l’ensemble des « filières médicales (médecine, odontologie et pharmacie), car les chercheurs y ont des spécificités statutaires et organisationnelles telles qu’il était impossible de les intégrer dans le questionnaire commun » (p. 35). Je suis bien peu convaincu de cette exclusion, dans la mesure où ces collègues font eux aussi de la science à haut niveau et l’enseignent. Par ailleurs, il faut bien préciser que les académiques, dont il sera ici question, sont exclusivement ceux qui vivent de fonds publics (qu’ils soient fonctionnaires d’État comme les universitaires ou employés  à statut d’un établissement comme le CNRS). Tous les chercheurs, qui travaillent dans le secteur privé stricto sensu, par exemple pour une firme pharmaceutique ou une firme automobile, sont donc a priori exclu de l’échantillon. Est-ce à dire qu’ils ne pensent pas? Qu’ils ne sont pas des penseurs? C’est là une brèche dans le dispositif d’enquête, dont on verra qu’elle ne sera pas refermée et qui prédétermine largement l’un des principaux résultats obtenus (le philo-étatisme des répondants).

Le protocole d’enquête permet donc d’obtenir des réponses à des questions. Celles-ci sont de trois types : des questions de sociographie classiques, mais adaptées au cas des universitaires, avec par exemple, une question qui permet de bien situer chacun dans la hiérarchie académique officielle; des questions qui permettent de comparer les réponses des académiques avec celles des répondants français en général, parce qu’on dispose déjà des réponses du grand public (en particulier celles posées lors de l’European Value Survey de 2008, p. 35) afin de caractériser ce groupe par écart avec l’opinion commune; enfin des questions très liées au métier même de chercheur ou d’enseignant-chercheur et induites parfois par l’actualité du monde académique (comme celles portant sur les réformes universitaires de l’an de disgrâce 2009 – auquel l’auteur du présent blog eut l’honneur de s’opposer sans succès).

Les différents chapitres reprennent les différents thèmes abordés par le questionnaire : chapitre 3, Les universitaires et la science, chapitre 4, Les universitaires et l’économie de marché, chapitre 5, Les universitaires et la politique , chapitre 6, Les universitaires, la religion et la morale, et chapitre 7, Les universitaires et les réformes du système d’enseignement supérieur et de recherche français. Chaque chapitre, très clair et pédagogique, pourrait être lu indépendamment des autres, et, à chaque fois, les auteurs s’efforcent d’être aussi prudents que possible dans leurs conclusions. Pourtant, pour un esprit un peu tordu comme le mien, chaque chapitre pourrait être résumé par une caricature  :

  • Les universitaires et la science : « Ils y croient les bougres, dur comme fer, à cette Science avec un grand S qui permet d’avoir accès aux vérités universelles, et cela d’autant plus qu’ils pratiquent des sciences dures, et en plus, quand ils ne sont pas spécialiste du domaine concerné, ils croient (bêtement) que la Science y peut tout » (ce que les auteurs appellent le « biais de toute puissance », p. 61-66, et Conclusion, p. 199-204).
  • Les universitaires et l’économie de marché : « Un vil ramassis de stals et de gauchistes, étatistes en diable, infoutus de comprendre la beauté du Profit, de la Concurrence, et du Marché (sauf le petit réduit des économistes! pauvres diables dans un marais d’étatistes primaires prêts à tout nationaliser), des rêveurs qui voudraient que les revenus soient attribués en fonction des résultats aux concours de la fonction publique. Bref, des gens qui ne comprendront jamais Hayek, Nozick et Friedman! »
  • Les universitaires et la politique : « Ouh, là, là, tous de gauche ou presque! Et pourquoi je vous le donne en mille! Parce que ils constituent un cas particulier de fonctionnaires ultra-diplômés, et s’estimant du coup bien mal remerciés de leurs efforts scolaires par leur employeur bien aimé, l’État. Sans compter qu’en plus de croire comme des losers qu’ils sont à la méritocratie, et non pas au Marché,  ils sont progressistes et internationalistes (même la petite minorité d’extrême droite parmi eux se déclare à 95%[sic] pour la libre circulation des personnes, p.144). »
  • Les universitaires, la religion et la morale : « Bon, là c’est sûr, c’est tous des suppôts de Galilée et de G. Bruno, des athées déclarés pour 50% d’entre eux, contre seulement 18% de bons Français! Tout cela principalement, comme le montre l’analyse multivariées, parce que ce sont des gauchistes! des gauchistes, vous dis-je » (p.16-164)  « Et en plus, ces gens ne sont pas cohérents, ils suivent une morale rigoriste comme les Français les plus religieux, et ils semblent bien que cela soit lié à leur haine du marché, allez comprendre! » (p.164-169). « Il est même possible que tricher aux concours ou falsifier des résultats scientifiques soient contre leur morale » – aurais-je eu envie d’ajouter aux réflexions des auteurs sur ce point.
  • Les universitaires et les réformes du système d’enseignement supérieur et de recherche français : « Bon, là pas de surprise, ils sont contre, parce que c’est un brave gouvernement de droite qui a proposé d’introduire des mécanismes de marché dans leur petite vie de fonctionnaires pépères, et surtout de mémères. Ah, là, là, ces femmes dominées qui ne se sentent pas maitres de leur destin, mal payées, mais de quoi elles se plaignent ces grognasses, tudieu! Il n’y a bien que les meilleurs d’entre eux, les plus gradés, qui y comprennent quelque chose, parce que eux ils savent déjà se vendre ». 

Bref, même si nos deux auteurs prennent bien soin de démontrer toutes leurs affirmations (que je me suis amusé à caricaturer sous la forme d’une lecture « républicaine » ou « frontiste » de leur texte) et de bien souligner toutes les différences internes au groupe qu’ils étudient (ce que je n’ai pas précisé), leurs conclusions s’avèrent sans appel : les académiques, tout au moins ceux qui ont répondu à leur sondage, affichent des convictions  qui les éloignent très fortement de celles de la population générale de la France, et ces convictions sont en général bien moins fondées sur leur pratique de la science que sur leur statut socio-professionnel (cf. la Conclusion, p. 199-204). Fonctionnaires ou assimilés, ils ne peuvent majoritairement imaginer d’autre façon d’organiser la société que la méritocratie généralisée, et ils ne comprennent rien au Marché (sauf les économistes parmi eux!). En somme, les auteurs sont déçus: ces penseurs supposés, ce sont des fonctionnaires très ordinaires, et quand ils se détachent du lot, avec leur croyance en la toute puissance de la Science dans les domaines qu’ils ne connaissant pas bien, ils sont sans doute plus dangereux qu’autre chose pour la société. « Leur condition de cadres hautement qualifiés de la fonction publique, insérés dans l’institution universitaire et bénéficiant d’un prestige intellectuel, structure largement leurs opinions politiques, économiques et religieuses » (p. 205). Comme je l’ai dit de vive voix à l’un des auteurs, leurs conclusions sont ici en fait « bourdieusiennes » – au sens où les convictions des universitaires dépendent largement des conditions sociales d’existence des universitaires.

Cependant, le texte même de nos deux auteurs ne manquera pas d’énerver bien des lecteurs du monde académique. En effet, tout leur texte porte la trace d’un biais normatif en faveur de l’économie de marché (et accessoirement de la réforme de 2009). L’économie de marché est présentée (dans le chapitre 4 comme dans le reste de l’ouvrage) comme la norme de la bonne société, et l’étatisme des académiques et leur tendance à apprécier la répartition méritocratique des honneurs et des revenus sont considérés au mieux comme une conséquence de la spécificité de leur propre recrutement. Il est amusant de constater que ce biais normatif se trouve totalement cohérent avec le fait que l’un des auteurs soit lui-même un économiste bon teint, et que, pour lui, il ne saurait donc y avoir d’autre système d’organisation de la vie sociale qui soit juste et efficace  que l’économie de marché. Cela confirme du coup la conclusion générale de l’ouvrage  selon laquelle les universitaires sont des aveugles comme les autres citoyens, qui sont autant éclairés qu’aveuglés par leur pratique professionnelle et les conditions de cette dernière.

Mais, en raison de ce biais pro-marché, il me semble que, du coup, les auteurs ne comprennent pas certaines choses cruciales pour saisir la mentalité académique. En particulier, ils ont du mal à rendre compte du fait que les académiques sont majoritairement les tenants d’une morale intransigeante, alors même qu’il sont majoritairement athées. Ils parlent de « paradoxe moral des universitaires » (p. 164). Ils affirment, suite à une analyse multivariée, que l’hostilité au marché explique largement le choix d’une morale de principe : « l’adhésion à la morale de principe est associée aux attitudes économiques, caractéristiques de cette population » (p. 168). Ils ajoutent quelques lignes plus loin cherchant à inverser sans succès la causalité: (…) « il n’y a pas de raisons conceptuelles de croire que le rigorisme moral mènerait à l’opposition à l’économie de marché », et concluent que (…) « cette association entre l’hostilité à l’économie de marché et une morale fondée sur les principes n’est pas conceptuelle. » (p.169). Il me semble que les auteurs se trompent.

Qu’est-ce en effet que le succès dans une économie de marché? C’est vendre le maximum pour faire le plus grand profit. C’est faire de l’audience par exemple dans l’univers médiatique. Or il est bien évident que ce qui est vendu en soi n’a pas d’importance. Vous pouvez vendre un produit de très mauvaise qualité, comme vous pouvez vendre de la qualité, peu importe pourvu que la vente se fasse et que le profit soit là. L’économie de marché ne connait en effet que le succès ou l’échec des ventes, et le vendeur, comme disait Adam Smith, n’est pas intéressé par le produit lui-même, mais par le profit qu’il en retirera. La science, elle, ne devrait idéalement connaitre que la vérité, c’est-à-dire la qualité du produit, approuvée par les pairs sous des formes réglées institutionnellement pour éviter la triche, la surenchère, le vol de concepts, etc.. Le lien observé entre étatisme, méritocratie (scolaire), et morale rigoriste me parait en réalité trivial : dans son auto-présentation, un académique, c’est une personne qui veut que ses résultats scientifiques (par exemple ses calculs) soient vrais, tout au moins pour ses pair du moment, et pas qu’ils soient populaires. Il veut aussi sans doute que lui-même et ses pairs n’aient pas triché aux concours pour arriver là où ils sont – sinon à quoi bon être là à discuter de ces choses absconses pour le commun des mortels?  En fait, les deux auteurs manquent  complètement d’empathie avec leurs sujets d’analyse (un comble pour des universitaires!), et ils trahissent une certaine méconnaissance de la sociologie historique des sciences, qui, justement, montre à quel point cela n’alla pas du tout de soi de faire science. Le refus de l’économie de marché, le respect pour l’État, qu’ils semblent déplorer si profondément, correspond à la conscience de la plupart des universitaires interrogés que les conditions mêmes de ce qu’on appelle l’activité scientifique n’ont rien à voir avec une validation de marché de cette même activité. En somme, si le marché avait dû décider entre l’astrologie et l’astronomie, il ne fait guère de doute qu’il aurait choisi l’astrologie, qui se vend nettement mieux tout de même encore aujourd’hui auprès du grand public. (Il est vrai que, comme l’enquête a été menée début 2011, les auteurs ne baignaient pas dans le climat actuel qui souligne de plus en plus, y compris dans des médias généralistes, que l’introduction de mécanismes de marché ou la concurrence exacerbée depuis quelques années maintenant sont en train de provoquer une catastrophe sur la qualité même des publications scientifiques – pour ne pas parler de l’impact de tout cette débauche de concurrence sur la  vie des chercheurs.)

Le principal résultat des auteurs était d’ailleurs couru dès lors qu’ils excluaient de leur champ d’analyse tous les chercheurs qui travaillent pour le secteur privé. Il existe effectivement des gens qui sont prêts à vendre de la science, vraie ou fausse, au plus offrant. Mais il se trouve qu’en général, ceux qui ont choisi de rester travailler en étant mal payés dans le secteur public en France, veulent simplement découvrir et rendre publique la vérité telle que l’établit le consensus raisonné des pairs seuls aptes à juger de la pertinence d’une proposition. En ce sens, le texte des deux auteurs néglige totalement ce qu’un Bourdieu aurait pu leur apprendre sur le fait qu’il existe un « champ scientifique », où les relations ne peuvent pas être celles de l’économie de marché. Leur texte mériterait donc d’être révisé pour restituer la symétrie de dignité des modes possibles d’organisation d’une activité sociale. Les résultats ne changeraient guère, mais la lecture en serait moins irritante.

Par ailleurs, il faut noter que l’impossibilité d’avoir dans l’échantillon les disciplines médicales biaise sans doute le résultat en termes politiques. Je ne suis pas sûr en effet que ce monde se situe politiquement aussi à gauche que le reste des universitaires. En tout cas, il me semble qu’il existe pas mal d’entrées en politique de la part de ce monde hospitalo-universitaire qui se font sur la droite de l’échiquier politique. La prise en compte du monde médical aurait sans doute permis de raffiner encore l’analyse, en particulier le rôle de l’économie de marché dans les attitudes des académiques .

Enfin, une dernière remarque sur le titre de l’ouvrage. Les auteurs veulent s’intéresser aux « penseurs », mais ils se limitent au monde académique public, comme le précise d’ailleurs leur propre sous-titre, tout comme leur revue de littérature (chap. 1. De la sociologie des intellectuels à l’étude des opinions des universitaires, p. 13-29). J’aurais tendance à critiquer cette ambiguïté entretenue par le titre. En effet, dans la France contemporaine, si l’on cherche à identifier les personnes qui vont exercer une fonction de magistère intellectuel auprès de la population, je ne suis pas sûr du tout que les chercheurs et enseignants-chercheurs soient les seuls concernés. Un Pierre Rabhi, ou dans un genre proche, un Mathieu Ricard, ne sont-ils pas eux aussi des penseurs? des intellectuels?  et un Zemmour? ou un Finkielkraut? Justement, à mon avis, c’est justement le retrait du magistère intellectuel de l’académique sur la population qui devrait être interrogé, mais il est vrai que c’est là une autre question que celle que posent les auteurs.

Au total, cette enquête par questionnaire auprès des académiques vaut vraiment la peine de s’y intéresser – même si sa lecture par les responsables des Républicains ou du Front national promet après 2017 quelques autres très sombres années aux universitaires et chercheurs, désignés comme globalement comme d’irrécupérables gauchistes. Il ne faudra pas après s’étonner de crier misère… les preuves sont là. Nous sommes le mal.

 

4 réponses à “A. Francois, R. Magni-Berton. Que pensent les penseurs? Les opinions des universitaires et scientifiques français.

  1. A reblogué ceci sur Bruno Adrie, mon blog d'auteuret a ajouté:
    Où l’on découvre que des chercheurs bien pensants ne savent pas tirer les conclusions scientifiques de leur propre enquête scientifique à cause du barbelé néolibéral qui leur fait saigner le néocortex. Où l’on redécouvre que la compétence technique alimente la pensée, mais ne la remplacera jamais.

    • @ Bruno Adrie : effectivement, on pourrait dire les choses ainsi en radicalisant encore le propos. Et je parierai que beaucoup de collègues universitaires ne liront pas le livre à cause de cela, mais ils auraient tort.

  2. Merci Christophe pour ce compte rendu critique, très critique même, mais néanmoins intéressant et flamboyant. Certains points que tu soulèves sont forts, mais la critique centrale, qui vise l’intention des auteurs du livre (moi donc), ne tombe pas juste. Laisse moi te la résumer à ta façon (si j’y arrive) : « Comment donc ? Sommes-nous de gauche pour de vils motifs ? Seulement une paire d’immondes économistes néolibéraux et fascistes aurait pu écrire une telle sottise ! ». Pour répondre, en exclusivité sur ton blog, je te délivre mon message politique personnel que je vois dans mon livre : il existe une fonction publique instruite et globalement influente qui transforme la pensée de gauche en une défense à outrance de la méritocratie scolaire et d’une fonction publique élitiste qui n’a aucun compte à rendre à la population. Ce faisant – et malgré les meilleurs sentiments – elle pousse dangereusement les précaires, les chômeurs, et tous les outsiders du système vers l’extrême droite. Alors, j’ai envie de dire, soyons à gauche, soyons anticapitalistes, mais pour de bonnes raisons !

    • @ RMB : je ne suis pas choqué par le fait que tu dévoiles que les universitaires sont à gauche largement à cause de leur étatisme, mais que tu ne comprennes pas que, dans le monde capitaliste tel qu’il est, la science avec un grand « S » ne peut être qu’une activité « hors-marché » subventionnée par l’État. La science est une « market-failure » pour reprendre un vocabulaire d’économistes. Il me semble d’ailleurs que, dans l’histoire européenne, il y a eu des mondes académiques à la fois étatistes et bien à droite sur l’échiquier politique, je pense en particulier à l’université italienne avant et après 1922. J’aurais presque envie de dire que l’idée même d’université est consubstantielle à une idée du « hors-marché », qui doit donc vivre d’une extraction présente de ressources sur le reste de la population, mais pas du tout à un lien avec le gauche (au sens émancipateur du terme).

      Sur ton message politique personnel, je suis perplexe, parce que, justement, pour le coup, au sein de la haute fonction publique d’État, les universitaires et chercheurs constituent le sous-groupe des losers absolus et relatifs. Nos salaires relatifs baissent, nos primes sont insignifiantes, nos possibilités de pantouflage risibles, il suffit de regarder une photo du corps enseignant de l’IEP en 1968 et une photo prise aujourd’hui… Où sont aujourd’hui les attributs visibles du pouvoir, du statut, de l’élitisme? On nous confondra facilement avec un enseignant du secondaire, qui lui-même s’est « prolétarisé » ou disons pour être moins polémique, appauvri. Soyons donc réalistes : les universitaires et chercheurs ne sont ni l’Inspection des Finances, ni le Corps des Mines, ni même le corps des Commissaires de police…

      Par ailleurs, je refuse cette responsabilisation selon laquelle le cas des employés à statut de la fonction publique seraient la cause profonde de la montée de l’extrême droite, sans doute par une sorte de jalousie face à ces « nantis ». Là pour le coup, c’est très « Institut Montaigne »…

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