Un ennui total…

Les 13-14 avril ont lieu les élections générales italiennes anticipées pour cause de dissolution prématurée de la coalition de centre-gauche qui avait gagné d’un cheveu en 2006. Je devrais me passionner pour ce nouveau développement, mais je me sens gagné par un ennui sans nom. Ce qui est étrange, c’est que beaucoup de commentateurs italiens expriment le même sentiment. Ilvo Diamanti, un grand nom de la science politique italienne, semble peiner à écrire ses commentaires pour la Repubblica, les « Mappe ». Il s’ennuie lui aussi, et surtout il semble douter de la pertinence de la science politique ordinaire pour expliquer ce qui se passe. La campagne actuelle n’est en effet pas le mieux en ce qui concerne l’affirmation de la rationalité politique : les deux camps ont explosé en plusieurs factions, ce qui contredit toutes les règles précédemment établies qui avaient si bien été confirmées en 2006 (après 1994, 1996, et 2001). Pour gagner, il faut réunir l’alliance la plus large possible. Cette fois-ci, les deux camps se sont réduits à leur partenaire principal et à de petits alliés, ce qui logiquement promet une défaite au camp le plus divisé, à savoir celui de l’ancien centre-gauche (Olivier). Pourtant, il fait semblant de pouvoir gagner sur la simple vertu de son leader « nouveau », Walter Veltroni, et en dépit du fait qu’il est le sortant au moment où les Italiens sont d’un pessimisme noir foncé sur leur avenir collectif.
I. Diamanti soupçonne qu’à droite au moins les considérations personnelles ont joué un rôle immense, ce qui est confirmé par le leader de l’UDC (catholiques du centre-droit), Casini, dans l’Espresso. La rupture selon lui serait due simplement à l’incompatibilité d’humeur entre lui-même et Silvio Berlusconi. Ce n’est plus de la politique, c’est une scène de ménage; et la situation n’est guère meilleure avec Gianfranco Fini, le leader d’AN, rallié à Berlusconi aprés avoir été fort désagréable avec lui cet automne.
La situation est donc la suivante : ce qui est l’ancien centre-gauche est sûr ou presque de perdre, et l’ancien centre-droit de gagner tout en étant parcouru de rancoeurs diverses et en étant affligé d’un leadership qui ne peut plus durer bien longtemps.
La situation est d’autant plus bloquée que d’aprés les sondages publiées, l’attrait du candidat de centre-gauche tend à baisser, encore plus vite que celui du candidat de centre-droit. En fait, tous les candidats voient leur attrait baisser auprés des électeurs. Ce n’est pas seulement un effet de la campagne qui radicalise les jugements, mais aussi de l’ennui de cette situation. Tous sont des animaux politiques à la longue carrière et tous prétendent incarner le renouveau. On est revenu à la situation d’avant 1992, les cheveux sont gris, les personnages sont des clowns tristes d’une vieille fête qui ne mène à rien, et trop les revoir dans les émissions politiques n’arrange rien.
Ceci étant, les camps en présence sont :
– « le Peuple de la Liberté », le PDL le parti-cartel qui rassemble FI, AN et quelques petits partis divers de centre-droit et d’extrême-droite (sic), allié à la Ligue du Nord au nord du pays et au « Mouvement pour les autonomies » en Sicile;
– le « Parti démocratique », qui fusionne les « Démocrates de gauche » et la « Margherite », allié seulement au parti-personnel « Italie des valeurs », d’Antonio Di Pietro, et ayant absorbé sur ses propres listes, le courant principal des Radicaux (M. Panella et E. Bonnino).
A gauche :
– le cartel « Arc-en-Ciel », qui regroupe les deux partis se revendiquant communistes (RC et PCDI), les Verts (de gauche), et un groupe de scissionnistes des DS ayant refusé le « Parti démocrate »; les plus radicaux de RC présentent en dehors de ce cartel des listes « communistes » maintenues et rénovées.
Au centre :
– le Parti socialiste, qui a refusé de se noyer dans le « Parti démocrate », et qui a un vieux contentieux avec A. Di Pietro et l’ex-majorité du PCI devenue le groupe dirigeant du « Parti démocrate » ;
– l’UDC, un allié historique de S. Berlusconi, ayant fini par rompre avec le dit leader, mais ayant réabsorbé une propre scission qui critiquait le fait de ne pas rompre (« la Rose blanche », sic) et ayant accueilli quelques anciens « populaires » (DC de gauche) insatisfaits du « Parti démocrate ».
A l’extrême-droite :
– un groupe de scissionistes d’Alliance nationale qui reprochent à G. Fini d’avoir renié le fascisme et ses valeurs éternelles (sic); ce groupe dit « la Destra » a été soutenu au départ par S. Berlusconi pour diviser AN et affaiblir G. Fini; aujourd’hui, ce groupe est en opposition frontale au PDL, et joue sa survie; il est à noter qu’ il est constitué de leaders ayant eu une expérience de pouvoir local; une partie de l’extrême-droite (petit-fille du Duce) est elle dans le PDL; les plus radicaux présentent encore d’autres listes séparées.
En fait, tout pourrait s’analyser comme une bataille entre deux systèmes politiques : un système à l’américaine avec deux partis attrape-tout aux programmes presque identiques, et auxquels personne ne peut rationellement ajouter foi, fortement liés à la personnalité « charismatique » de leur leader; un système à l’italienne où les vieilles identités politiques qui ont structuré le jeu depuis les années 1920 ne veulent pas mourir : communistes, fascistes, socialistes, démocrates-chrétiens sont toujours là sous leurs couleurs (parfois sans leur symbole historique : plus de « marteau et faucille » pour la coalition « Arc-en-ciel »), tout en n’ayant eux aussi pas grand chose à proposer de bien crédible au pays.
L’enjeu est donc de savoir si ces vieux partis sauveront encore une fois la mise au point d’empêcher l’américanisation du système politique.
C’est effectivement d’une importance historique en un sens, mais cela m’ennuie quand même. C’est peut-être qu’une telle évolution est promise au pays depuis le début des années 1990. En fait, dans les deux cas, le résultat sera piteux : si les deux grands PDL et PD s’affirment et deviennent à eux deux hégémoniques dans l’électorat, cela sera le triomphe de la politique-spectacle sans contenu et revenant à neutraliser l’arène électorale pour faire les grands choix en terme de politques publiques; si les petits survivent, le blocage qui peut en résulter ne sera guère propice aux avancées vers une Italie mieux gouvernée.
Suite au prochain numéro.
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