Notre ami le satrape (IV)

Je suis désolé d’ennuyer mes lecteurs éventuels avec encore un court post sur la crise libyenne, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que cette dernière menace au fil des jours de tourner à l’humiliation publique  pour l’Union européenne. Les réactions de cette dernière sont poussives,  pleines d’arrière-pensées diverses de ces différents pays-membres, incohérentes sur le fond (se donne-t-on  vraiment les moyens d’abattre le régime du satrape?), et surtout complètement en décalage avec les nécessités de l’affrontement sur le terrain. A ce train-là (de sénateur??? mais je ne veux pas insulter notre Sénat qui saurait être  au cas où plus rapide que cela!), j’attends de voir ce qui va se passer quand notre ami le satrape va reconquérir dans la joie des retrouvailles  la région de Benghazi… Il a déjà apparemment repris une ville au moins à l’insurrection.  Un député européen (UMP-PPE) lui aussi s’étonne, voir son interview pour le blog Bruxelles 2. Lui aussi cite les promesses – à ce stade risibles! – du Traité de Lisbonne.

Un rattrapage est peut-être encore possible dans les décisions collectives de l’Union européenne à prendre aujourd’hui et demain, mais j’en doute fort.

Enfin, une fois que notre ami le satrape aura réglé la question manu militari, nous pourrons (nous politistes intéressés par l’Union européenne)  publier des articles dans des revues à comité de lecture pour décortiquer ce magnifique fiasco…

Puissé-je avoir complétement tort!

Ps 1. Lors du Conseil européen du 11 mars 2011, les dirigeants des pays membres se sont tout de même mis d’accord sur une formulation forte de condamnation du régime du satrape (voir point 7 du texte officiel) . C’est déjà cela, sans doute pour fêter dignement le recul des insurgés sur tous les fronts. En quelque sorte, l’Union européenne se lie les mains, brûle ses vaisseaux, en qualifiant ainsi « le colonel Khadafi », en s’obligeant dès lors à le traiter en paria de la « communauté internationale » (ou bien,  à se déjuger lamentablement en subissant  dans quelque temps les humiliations que les Khadafi – père et fils – jugeront bon d’exiger pour prix de leur bonhomie retrouvée…),  ce qui constitue une menace à moyen terme, mais à moyen terme seulement. D’ici là, tout cela m’a fait penser à la phrase d’une marionnette de  Balladur aux Guignols de l’Info : « Je vous demande de vous arrêter. »

Ps2. Pas de nouvelles des révélations gênantes que Khadafi avait annoncé à l’encontre de notre Président de la République. Qu’il le fasse donc, cela motivera encore plus les autorités françaises.

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2 réponses à “Notre ami le satrape (IV)

  1. Oui, mais qu’est-ce que vous proposez que l’UE fasse ? Car la situation est quand même compliquée, et, d’ailleurs, les Etats-Unis, qui n’ont pas ce problème européen de prise de décision , tergiversent aussi sur ce qu’il faut faire.

    Car, pour que le satrape (bizarre quand même ce mot) parte, il ne suffira pas qu’on reconnaisse le conseil de Benghazi (de plus, est-il vraiment légitime ? N’est-il pas l’expression d’une tribu libyenne et non l’expression de la rue ?), ou qu’on prenne des sanctions économiques (on fait ça avec Gbagbo, pour l’instant ça marche assez mal). Il faudrait une intervention militaire. Or, c’est compliqué à mettre en place, et c’est impossible sans les Etats-Unis (même une interdiction de vol serait compliquée, obligerait à bombarder le matériel anti-aérien, serait un casus belli, et pour l’instant personne ne parle de poser les pieds sur le sol libyen, alors même qu’empêcher les avions de voler n’empêchera pas les massacres).

    Ajoutons à cela que l’Europe sera dans tous les cas accusée de colonialisme du fait de son passé (en particulier l’Italie vu son passé en Libye, ainsi que la GB et la France vu leur passé dans le monde entier, alors même que ce sont les deux seules puissances militaires du continent et que ce sont les deux qui siègent au conseil de sécurité de l’ONU de manière permanente).

    Disons donc à décharge de l’UE que ce n’est pas que le Traité de Lisbonne, qui est en cause. C’est également la situation qui est extrêmement délicate (on me répondra peut-être que toutes les crises internationales sont extrêmement délicates). Juppé était il y a quelques jours contre la mise en place d’une non-fly zone, et maintenant il est pour. Le conseil de Benghazi a mis aussi quelques jours à demander une telle non-fly zone. Si je reconnais que les institutions communautaires n’aident pas, cela n’est tout de même pas le nœud du problème.

  2. @ champagne : j’utilise le mot « satrape » pour me moquer et expliquer à la fois. Un satrape, c’est le nom du responsable régional dans l’Empire perse de l’Antiquité, et par allusion un homme vénal, méchant et cruel, comme tout bon gouverneur de province dans un empire de cette nature. Bien sûr, en usant du mot de satrape, je veux aussi signaler que le régime libyen faisait partie depuis sa réintégration de la « communauté internationale », de l’Empire en quelque sorte, qu’il faisait mine d’en partager les combats (cf. ses déclarations selon lesquelles il est attaqué par les islamistes d’al-Qaida). Il a été bon « client » pour l’Occident jusqu’ici.

    Par ailleurs, vous avez peut-être raison d’exonérer les institutions européennes en elles-mêmes, elles correspondent en effet aussi à l’usage qu’on veut en faire. Cependant, lorsque les dirigeants européens ont vendu aux populations (plus ou moins réticentes ou enthousiastes) ce nouveau Traité, une de ses nouveautés était justement de créer soit-disant les conditions légales et institutionnelles d’une « vraie » politique étrangère commune, en lien avec une « vraie » politique de défense commune. (Tous ces discours existent depuis plus longtemps que vous!) Cela devait en plus nous mener à maintenir le statut de l’Europe comme « puissance » dans le monde. Or, comme est en train de tourner la crise en Libye (qui n’est tout de même pas à l’autre bout de la terre), toutes ces promesses sont de fait en train de se dégonfler à la vitesse d’un char du satrape écrasant sous sa chenille un insurgé. De fait, vu la distance et les précédents, les Etats-Unis pourraient légitimement se désintéresser de ce bourbier supplémentaire, l’Union européenne vu ce qu’elle raconte d’elle-même à l’envi ne peut pas, et aurait dû être prête à une telle éventualité. Mais visiblement rien n’est prêt, et l’on ne sait pas décider dans les temps nécessaires en cas de crise de ce genre. Pour moi, cette situation ne tient nullement à la complication particulière de la situation, mais seulement à l’incapacité décisionnelle de l’Union européenne, qui n’est pas prévue pour cela et qui ne correspond pas à une volonté politique bien ferme en la matière. Au train où vont les choses, je crois bien que je vais revivre l’humiliation que j’avais ressentie au début des années 1990 au moment des guerres de Yougoslavie. L’éditorial du Monde de ce jour ressent d’ailleurs la même menace. En même temps, quelques nouveaux massacres à nos portes, cela nous rappellera la vacuité de nos valeurs.

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